Le contexte macroéconomique actuel confronte les investisseurs à une volatilité accrue, due aux changements structurels, mais aussi aux tensions géopolitiques persistantes et à l’évolution des politiques monétaires. Si les méthodes traditionnelles de diversification ont historiquement apporté des avantages notables, la dynamique des marchés au fil du temps a mis en évidence les limites d’une diversification exclusivement fondée sur des allocations d’actifs classiques. Les investisseurs détenant déjà des portefeuilles diversifiés explorent de nouvelles opportunités pour renforcer leur résilience et optimiser leurs rendements à long terme.
Les marchés privés semblent constituer une solution d’investissement attractive, offrant des caractéristiques de décorrélation des marchés financiers et une performance ajustée au risque. Ils viennent compléter une répartition classique, telle que le 60/40 entre actions et obligations, elle-même basée sur la corrélation négative entre les actions et les obligations. Cependant, cette décorrélation s’est considérablement estompée ces dernières années, remettant en question l’idée que l’une servirait à couvrir l’autre. Par conséquent, l’intégration des marchés privés dans ces allocations constitue un moyen de favoriser diversification et résilience pour aider les portefeuilles à naviguer dans un contexte d’incertitudes géopolitiques persistantes, d’enjeux environnementaux élevés et de risques de marché.
Une demande forte de la part
des investisseurs
Un article issu des Capital Market Assumptions (CMA), hypothèses annuelles d’Amundi sur les marchés financiers, soutient cette analyse. Ces dernières reflètent la vision à long terme d’Amundi Investment Institute sur plus de 40 classes d’actifs1. Publiées en mars 2025, les dernières CMA mettent en lumière les différences de corrélation existantes entre certaines classes d’actifs et identifient les opportunités inhérentes en termes de contrôle des risques et de préservation des rendements.
Les marchés privés, ou actifs non cotés, englobent un large éventail de classes d’actifs. Chacune présente des opportunités et des caractéristiques uniques pouvant répondre à différents objectifs d’investissement. Parmi les principales classes d’actifs, Guy Lodewyckx a pu citer les ressources naturelles, l’immobilier, le private equity, l’infrastructure et la dette privée. Ces trois dernières occupent une position dominante sur le marché : elles jouent donc un rôle central dans la construction des portefeuilles modernes. Selon Preqin2, les actifs sous gestion du private equity devraient atteindre 12 000 milliards de dollars d’ici fin 2029, et les actifs sous gestion de la dette privée et des infrastructures non cotées devraient s’établir respectivement à 2 600 et 2 400 milliards.
10 % de rendement
attendu pour le private equity
Le private equity est particulièrement attractif pour les investisseurs désireux d’améliorer les rendements de leur portefeuille grâce à la création de valeur stratégique et opérationnelle. Le CMA d’Amundi prévoit que le private equity générera un rendement annualisé légèrement supérieur à 10 % net de frais au cours de la prochaine décennie, soit environ 400 points de base de plus que les rendements prévus pour les actions cotées en bourse. Évidemment, ces rendements prévisionnels ne sont pas nécessairement indicatifs des performances futures : elles pourraient différer considérablement. Toutefois, selon les données de Preqin, les fonds de private equity ont systématiquement surperformé les indices de référence des marchés cotés de 1 000 points de base en moyenne au cours des 20 dernières années3. La surperformance ne fut que de 400 points de base lors des pics de haut rendement sur les actions cotées !
La dette privée offre également des opportunités intéressantes en termes de génération de revenus et de diversification. En effet, elle est particulièrement attractive dans le cadre de stratégies de crédit à volatilité moyenne, offrant généralement des rendements supérieurs au marché de la dette publique. Sur la période 2013-2023, l’indice Cliffwater Direct Lending le confirme, avec près de 9 % de rendements annuels glissants sur cinq ans, soit près du double des rendements de dette publique4. Le marché de la dette privée devrait continuer à se développer à mesure que les opérations de fusions-acquisitions reprennent en Europe.
Protection contre l’inflation
pour l’infrastructure
L’investissement en infrastructures assure, lui, une stabilité essentielle aux portefeuilles d’investissement grâce à des flux de trésorerie prévisibles et contractuels, généralement garantis par des contrats long terme ou des cadres réglementaires étatiques. Face aux besoins croissant en financement de ce secteur, estimés en février 2025 par Global Infrastructure Hub à près de 80 000 milliards de dollars d’ici 2040, l’infrastructure offre des perspectives de croissance stables, ainsi qu’une génération de revenus importante. De plus, les revenus générés par ces investissements sont souvent directement liés aux indices d’inflation, ce qui renforce leur attractivité dans des scénarios de pression inflationniste ou d’incertitude liée à la politique monétaire. Si on compare les rendements en infrastructures à ceux des actions et obligations, ils maintiennent une performance toujours positive dans de multiples scénarios économiques, notamment en cas de hausse et baisse des taux d’intérêt, ou d’accélération et ralentissement de la croissance du produit intérieur brut.
Des solutions de plus en plus innovantes
Alors que les marchés privés ont traditionnellement été associés à de longues périodes de blocage et à des tickets d’entrée élevés, le paysage est aujourd’hui en pleine évolution. En effet, les récentes innovations structurelles et les changements réglementaires ont considérablement démocratisé l’accès à ces marchés et les options de liquidité pour les investisseurs non institutionnels. Parmi les solutions évoquées par Guy Lodewyckx devant l’audience de l’Université d’été de l’Asset Management : les fonds evergreen. fonds evergreen. Ces structures ouvertes offrent des fenêtres de souscription et de rachat continues dans des conditions prédéterminées. Ces véhicules d’investissement offrent une plus grande flexibilité et permettent de bénéficier de certains des avantages de la prime de complexité5 tout en maintenant une exposition aux stratégies à long terme.
L’introduction au niveau européen d’ELTIF 2.0 vise à faciliter l’accès aux marchés privés pour les particuliers. En abaissant les seuils d’investissement et en améliorant les options de liquidité, la nouvelle réglementation permet à un plus grand nombre d’investisseurs d’accéder à des classes d’actifs qui étaient auparavant essentiellement réservées aux institutionnels.
La multigestion pour diversifier les risques
Responsable de cette expertise chez Amundi PEF, Guy Lodewyckx a également évoqué les aux solutions de multigestion, avec des fonds investissant dans d’autres fonds, qui offrent un accès diversifié aux marchés privés et à ses stratégies, tout en proposant des structures plus flexibles que les véhicules traditionnels à stratégie unique. Dans certains cas, ce modèle peut améliorer les conditions de liquidité, car la mise en commun des capitaux et les calendriers d’investissement échelonnés créent des opportunités de sortie plus régulières. Outre une diversification plus large en termes de zones géographiques et de secteurs, cette approche permet aussi aux investisseurs d’accéder aux marchés privés avec un profil de risque et de liquidité plus équilibré. Entre 2017 et 2023, les actifs sous gestion des fonds en multigestion ont augmenté de 67 %, indiquant un élargissement du spectre d’investissement6.
L’impact sur les portefeuilles
Les CMA d’Amundi mettent en lumière l’importance stratégique de l’intégration d’actifs réels et alternatifs dans un portefeuille déjà diversifié. Par exemple, un investisseur libellé en dollars américains avec un profil de risque modéré bénéficiera de 5,6 % de rendements sur les dix prochaines années en investissant uniquement dans des actifs traditionnels, contre 6,0 % en incluant des actifs réels et alternatifs dans son portefeuille (voir infographie). Cette analyse montre également que l’intégration d’actifs réels et alternatifs peut contribuer à améliorer le ratio Sharpe du portefeuille en réduisant le risque de perte et en augmentant la résilience face aux événements imprévus.
Guy Lodewyckx n’a pas manqué de préciser que les investisseurs doivent toutefois être conscients que si l’exposition aux actifs alternatifs offre des avantages en termes de diversification, de risque et de rendement, elle comporte également des risques importants liés à leur illiquidité et complexité, qui nécessitent une certaine expertise technique. Ces facteurs doivent être pris en compte lors de la conception et la gestion des portefeuilles.