Pédagogie

Premiers pas en capital investissement : leçon n° 1

Créé le

23.09.2025

-

Mis à jour le

25.09.2025

Les particuliers sont de plus en plus sollicités
pour souscrire du private equity. Voilà ce qu’il faut apprendre à la base quand on va à l’académie !

Depuis la mise en vigueur de la loi Pacte, ensuite la loi industrie verte, et depuis janvier 2024 avec le Règlement européen ELTIF 2.0, l’accès au non-coté pour le grand public est notablement facilité. Il ne se passe pas une semaine sans que nous soyons sollicités, en tant qu’investisseurs individuels, à profiter des mêmes opportunités d’investissement que les investisseurs professionnels ou très fortunés. Private equity, actifs non cotés, dette privée, projets d’infrastructure, voilà autant de concepts qui demandent à être expliqués pour un investisseur débutant ou un actionnaire classique sur les bourses réglementées.

Le private equity consiste à investir dans des entreprises non cotées, souvent dans une optique de transformation ou de croissance, via plusieurs stratégies : capital-risque, capital-développement, LBO... Il est considéré comme une classe d’actifs distincte, comme les actions cotées, les obligations, ou l’immobilier. Mais comme toute classe d’actifs, il présente des spécificités qui lui sont propres.

Un investissement généralement bloqué

Longtemps réservés aux investisseurs institutionnels (fonds de pension, family offices), les tickets d’entrée peuvent être élevés (souvent à partir de 100 000 euros, voire plus). Aujourd’hui, certains acteurs s’organisent pour proposer des parts minimales à 500 euros, voire 100 euros. Un néobroker vient même de lancer une offre à partir de 1 euro !

Les capitaux sont bloqués pour huit à dix ans, sans possibilité de retrait anticipé dans la majorité des cas. Contrairement aux actions cotées qui peuvent être achetées ou vendues tous les jours, la revente anticipée de parts d’un fonds de private equity n’est pas aisée, même si des solutions tendent à se mettre en place pour organiser un marché secondaire et permettre des sorties à périodicité régulière.

Des frais à regarder de près

Le marché des actifs non cotés fait intervenir un plus grand nombre d’acteurs que sur les marchés boursiers : gestionnaire, distributeur... Il est donc important de se familiariser avec les appellations et le rôle de chacun de ces intervenants pour ne pas se sentir perdu dans une jungle inextricable. La multiplicité des intermédiaires est souvent synonyme de multiplication des strates de frais à mettre en regard de la performance espérée.

Il est indispensable de se familiariser avec toutes les catégories de frais pour ne pas avoir de surprise : droits d’entrée, frais récurrents de gestion et de fonctionnement, frais de rétrocession distributeur, frais de constitution, frais non récurrents de gestion et de fonctionnement et frais de gestion indirects. Il faut également bien comprendre les services que rémunèrent ces frais. Le travail d’un gérant d’un portefeuille de titres non cotés est bien différent de celui d’un gérant investissant dans des actions cotées.

Attention aux comparaisons de performances

Côté mesure de la performance, là aussi, le non-coté a ses spécificités. Notamment en raison de la courbe en J : la performance a vocation à baisser initialement, car les frais sont payés alors que les participations n’ont pas encore commencé à se valoriser (voir infographie).

Le cycle de vie d’un fonds implique qu’un fonds jeune ne peut être évalué sur les mêmes bases qu’un fonds mature. Il faut donc toujours replacer les indicateurs dans le contexte de la courbe de vie du fonds. Il existe plusieurs façons de calculer la rentabilité d’un investissement en private equity. Citons le taux de rendement interne (TRI). Indicateur central du private equity, il mesure la performance d’un investissement en intégrant le facteur temps.

Le TVPI (Total Value To Paid-In), lui, est un multiple mesurant la valeur totale générée par un fonds – à la fois ce qui a été distribué aux investisseurs et ce qui reste dans le portefeuille – rapportée au capital effectivement appelé. Un TVPI de 1,8 signifie que 1 euro investi s’est transformé en 1,80 euro de valeur, en cumulant la part déjà perçue et la valeur estimée des participations encore en portefeuille. Contrairement au TRI, le TVPI ne prend pas en compte le temps, mais il donne une vision consolidée de la performance à date. À ne pas confondre avec le Multiple on Invested Capital (MOIC). Il donne une lecture brute de la rentabilité : combien a été généré pour chaque euro investi, sans tenir compte du temps ni des frais.

Des atouts indéniables pour les particuliers

L’intérêt des particuliers pour le non-coté est soutenu par trois grandes motivations. D’abord, la diversification. L’investissement en private equity permet à un investisseur de financer et de parier sur la création de valeur d’une grande variété d’entreprises non cotées en Bourse, car souvent insuffisamment matures pour s’introduire sur les marchés financiers. Ainsi, les particuliers ont la capacité à financer des petites et moyennes entreprises et entreprises de taille intermédiaire sur tout le territoire. Les fonds de private equity offrent aux investisseurs individuels une grande diversité de stratégie d’investissement, innovation, croissance, technologie...

Second critère justifiant l’appétence : la captation d’un potentiel de rendement supérieur sur le long terme. Les historiques de rendement offerts aux investisseurs institutionnels sont plutôt attractifs, même s’il faut considérer que les frais pour les investisseurs individuels seront plus importants et viendront impacter le rendement. Enfin, il y a la recherche d’une décorrélation avec les marchés cotés.

Une académie pour faire de la pédagogie

En conclusion, c’est une bonne chose que les particuliers puissent avoir accès à des classes d’actifs supplémentaires, et particulièrement au monde du non-coté. Même si l’on reconnaît une plus grande complexité à cette classe d’actifs, l’investisseur individuel doit se poser toujours les mêmes questions. C’est là que l’on peut parler de convergence entre coté et non-coté.

Le particulier doit alors interroger. Mon épargne de précaution pour les accidents de la vie quotidienne, soit 3 à 6 mois de salaire, est-elle sécurisée ? Si oui, quels montants puis-je investir au-delà de cette épargne ? Quel est mon objectif/projet ? Quel est mon horizon de temps par rapport à ce projet ? Quel niveau de risque suis-je capable d’accepter ? Mon patrimoine financier est-il bien diversifié ? Ai-je toutes les informations à ma disposition pour investir ? Comme pour toute démarche un minimum d’investissement en temps personnel est à prévoir avant d’investir dans une nouvelle classe d’actifs. C’est pourquoi, Place des Investisseurs et un collectif de quinze acteurs des secteurs privé et public ont lancé Place des Investisseurs Academy, une plateforme d’éducation financière indépendante et gratuite.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº015
Pourquoi les fonds commencent par baisser
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