Stratégie

Pourquoi la convergence entre coté et non-coté est une opportunité

Créé le

22.09.2025

-

Mis à jour le

25.09.2025

Une opportunité pour les entreprises, pour la croissance, pour les investisseurs, pour les sociétés de gestion, et pour l’Europe !

La 12e édition de l’Université d’été de l’Asset Management a confirmé une évolution majeure : la convergence entre actifs cotés et non cotés n’est plus une hypothèse théorique, mais bel et bien une réalité tangible. Cette dynamique est portée par la faveur des politiques publiques, les évolutions réglementaires et les innovations technologiques. Pour l’économie et l’industrie financière, elle redessine en profondeur les contours du financement des entreprises et des choix d’investissement.

La volonté des pouvoirs publics est déterminante : elle constitue un moteur essentiel. Dans un contexte où le capital bancaire est plus contraint, il devient impératif de diversifier les solutions de financement. Les actifs non cotés répondent à cette nécessité, en offrant des relais de croissance pour nos entreprises. Car ne nous y trompons pas : sans financement, aucune entreprise, de la très petite entreprise au grand groupe, ne peut innover, créer des emplois et de la valeur. Ensuite, la réglementation s’adapte progressivement. Certes, elle reste parfois lourde et sa temporalité n’est pas toujours celle du marché. Mais nous voyons se multiplier les ajustements de doctrines et de règles favorisant la diffusion des actifs non cotés.

C’est un signe encourageant : l’Europe et la France comprennent que la compétitivité passe par des marchés plus diversifiés. La technologie, elle aussi, joue un rôle majeur. Collecte et traitement de données, intelligence artificielle et outils numériques de plus en plus sophistiqués permettent une approche quasi industrielle de l’investissement dans le non-coté. Là encore, une révolution silencieuse est en marche. Enfin, nous assistons à un renouveau culturel et sociologique. La « start-up generation » réhabilite l’entrepreneuriat, la prise de risque, l’envie de bâtir. En France notamment, ce mouvement est salutaire : il contribue à replacer l’entreprise au cœur de notre modèle de croissance.

La nécessaire remise en cause
des marchés cotés

Mais ne nous voilons pas la face : cette dynamique peut être perçue comme une conséquence symptomatique des marchés financiers que certaines tendances ont détourné de leur vocation initiale. Quand la vente à découvert prend le pas sur l’investissement de long terme, quand l’approche indicielle de plus en plus systématique accroît la volatilité perçue des indices, quand certaines règles prudentielles comme Solvency II induisent des comportements procycliques, est-il étonnant que les investisseurs, épargnants comme entreprises, se tournent vers des alternatives telles que le non-coté ?

Dans cet environnement, les sociétés de gestion sont en première ligne. Pendant longtemps, notre univers était segmenté : d’un côté la gestion d’actifs cotés, de l’autre la gestion du non-coté. Cette frontière est en train de s’estomper. Les produits hybrides qui se développent obligeront demain chaque société à maîtriser deux compétences : gérer la liquidité et piloter le long terme.

L’enjeu de la tokenisation

La tokenisation apparaît dans ce contexte comme une avancée technologique majeure : bien utilisée, elle peut rapprocher les mondes du coté et du non-coté. Comment ? En comblant le chaînon manquant entre actifs illiquides et liquides et en permettant de créer des marchés secondaires pour les actifs illiquides. C’est une révolution dans la manière de penser la liquidité. Mais elle suppose des investissements considérables en technologie, en expertise et en gouvernance. À l’association française de la gestion financière (AFG), nous accompagnons déjà nos membres dans cette transformation, car nous savons que c’est véritablement là que se joue leur compétitivité future.

Soyons lucides : il ne s’agit pas seulement de techniques ou de technologies, mais d’un changement de paradigme. Le rôle du gérant ne sera plus d’opérer uniquement une allocation entre classes d’actifs, mais de penser la continuité du financement entre coté et non-coté, en lien avec les cycles de vie des entreprises et les besoins des épargnants.

Pluralité des financements, nerf de la guerre de la croissance

Pour les entreprises, cette convergence ouvre de nouvelles perspectives. Elle signifie qu’elles peuvent trouver des solutions de financement plus souples, mieux adaptées à leurs besoins spécifiques et à leurs différentes phases de développement. Au démarrage, ce sont souvent des financements directs en capital ou en dette. Plus tard, l’accès aux marchés permet un élargissement de la base d’investisseurs, une possible ouverture à l’international et une liquidité accrue.

Une nouvelle fois, l’opposition entre coté et non-coté est stérile : considérons plutôt les différents schémas comme une palette adaptée aux phases de vie de l’entreprise. Encore faut-il fluidifier ce chaînon de solutions pour que du financement privé à l’appel plus large à l’épargne, des ponts existent et permettent l’émergence et le développement des champions économiques de demain, en France et en Europe. C’est précisément l’esprit de notre initiative PME 2030, lancée au printemps 2024 par l’AFG. Elle vise à réhabiliter la cotation des entreprises, notamment les petites et moyennes capitalisations. Avec les pouvoirs publics, les émetteurs et les investisseurs, nous devons reconstruire des passerelles. Trop d’entreprises hésitent encore à franchir le pas de la cotation, perçue comme contraignante. Nous devons changer ce regard et simplifier les règles du jeu. Car financer des projets à des conditions de marché reste le seul garant d’une croissance robuste alimentée par des entreprises performantes.

Le besoin de penser « long terme »

La convergence des actifs a également des conséquences directes pour les épargnants. Elle élargit l’éventail des solutions disponibles. Mais au-delà de l’abondance de produits, la vraie question qui demeure : cet investissement est-il adapté à mes objectifs, à mon horizon, à mon appétence au risque ? C’est là que l’approche inspirée de l’Asset Liability Management (ALM) prend tout son sens.

Les besoins d’un ménage sont pluriels : court terme pour l’épargne de précaution, moyen terme pour les projets de vie, long terme pour la retraite. À chaque horizon doit correspondre une solution appropriée, et non une logique marketing de « produit d’appel » ou de « tête de gondole ». C’est aussi ici qu’intervient le débat sur la capitalisation. Nous le savons : notre système de retraite par répartition montre ses limites. Il s’agit d’un constat clairvoyant, imposé par des faits démographiques et économiques. Le développement d’une retraite partiellement capitalisée, bien encadrée, constituerait une réponse pertinente aux besoins d’épargne longue. Elle permettrait aussi une diffusion plus large des actifs non cotés, au-delà du seul segment des investisseurs fortunés.

Un atout pour l’union de l’épargne
et de l’investissement

En définitive, ce mouvement de convergence entre coté et non-coté est une chance. Mais pour qu’il produise pleinement ses effets, il nous appartient de construire un écosystème favorable. Cela implique un travail collectif : avec les pouvoirs publics, élus et régulateurs, pour garantir une stabilité et une lisibilité réglementaire, avec les entreprises, pour encourager l’investissement productif, et avec les investisseurs institutionnels et particuliers, pour élargir la base d’épargne longue.

Nous devons aussi replacer ce sujet dans un cadre plus large : celui de la compétitivité européenne. Les rapports Letta, Noyer et Draghi ont souligné l’urgence de bâtir une véritable Union de l’épargne et de l’investissement. À l’AFG, nous soutenons cette ambition. Car il ne s’agit pas seulement d’orienter des flux financiers, mais bien de redessiner notre tissu industriel, de financer les transitions énergétique, écologique et technologique, et de garantir notre souveraineté économique.

Le retour de la confiance

Coté et non-coté ne doivent donc pas être opposés. Ils sont complémentaires, au service des entreprises, des épargnants et de l’économie. Notre responsabilité collective est de bâtir les passerelles, de simplifier les règles, d’innover dans les produits et d’investir dans les technologies qui permettront cette convergence.

L’AFG est pleinement mobilisée pour que l’épargne des Français et des Européens soit « bien investie » : au bénéfice de leur avenir, au service de la croissance, et au rendez-vous des grandes transitions qui nous attendent. Enfin, je suis convaincu qu’il s’agit également d’une question de confiance : il est temps d’avoir confiance dans l’entreprise, confiance dans l’épargne, confiance dans l’Europe. C’est sur cette confiance que nous devons bâtir l’avenir.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº15