L’année 2025 a connu deux temps : un début d’année dynamique en matière de levées de fonds, puis un effondrement des levées au second semestre. La cause ? Un environnement plus contraint avec des taux durablement élevés, des incertitudes géopolitiques, ainsi que l’entrée en vigueur de textes structurants comme MiCA, pour les cryptos, DORA sur la résilience numérique, ou l’Instant Payment. Les investisseurs ne se désengagent pas : ils deviennent plus sélectifs, privilégiant les modèles éprouvés – souvent B2B – capables de démontrer leur solidité opérationnelle et leur trajectoire vers la rentabilité. Dans ce contexte, le marché se rééquilibre : la levée de fonds start-up ralentit, tandis que les fusions et acquisitions s’installent comme un mode dominant de structuration, avec une multiplication d’opérations de consolidation, de rachats stratégiques ou de rapprochements visant des gains d’échelle, l’accès à des licences, ou l’intégration de briques technologiques clés.
Au-delà des chiffres, 2025 marque ainsi un changement de cycle : la Fintech française entre dans une phase plus industrielle, où la qualité d’exécution, la conformité et la résilience financière priment sur la seule dynamique de croissance. Dans un environnement réglementaire plus dense, 2026 s’ouvre sur une innovation davantage ciblée, et une montée en puissance des acteurs capables d’industrialiser, de se conformer et de démontrer une performance durable. Nous revenons en détail sur ces tendances, métier par métier.
Investissement : retour d’intérêt
En 2025, l’investissement est devenu le premier segment en levées avec 254 millions d’euros, porté notamment par 73 Strings et Flowdesk. Le besoin en capitaux demeure réel, mais orienté vers des infrastructures, la donnée, la tokenisation et des solutions d’épargne/gestion plus sophistiquées. Karen-Laure Mrejen, fondatrice et CEO de Swaive, note que « 2025 ouvre l’ère du taux neutre, révélant les modèles durables ». Parmi les faits majeurs de l’année, Mon Petit Placement rejoint Malakoff Humanis, et Aplo est acquis par Coincheck Group, illustrant l’intérêt des acteurs institutionnels pour des briques technologiques et des canaux d’acquisition.
Financement : « année de tri »
Le financement demeure sous tension, impacté par la fin des taux bas et des exigences accrues sur le risque. Le secteur reste capitalistique, mais l’accès aux ressources devient plus difficile et les modèles fragiles sont écartés. Les levées totalisent 204 millions d’euros, largement tirées par l’introduction de Younited (153 millions), tandis que le reste du marché apparaît plus contraint. Jordane Giuly, CEO de Defacto, résume : « 2025 n’est pas une année de transition, mais une année de tri ». Les fusions et acquisitions se font de manière sélective entre cession d’actifs et stratégies de consolidation, avec Lumo cédée à Enerfip, et opérations structurantes autour des plateformes et de l’accès au refinancement.
Services aux acteurs financiers : toujours un pilier
Le segment des services aux institutions financières reste un pilier avec 159 millions levés. Le besoin en capitaux dépend du modèle, mais la demande est forte : cybersécurité, Intelligence artificielle, infrastructures, conformité, ESG. Alexis Normand, CEO de Greenly, souligne une structuration accélérée liée au durcissement réglementaire et à l’explosion des données extra-financières. Les opérations sont variées : tours de croissance, consolidation de solutions critiques, intégrations à des suites existantes. Le secteur bénéficie d’une logique « B2B récurrente », attractive dans un marché où la rentabilité redevient centrale.
Assurtech : recentrage B2B
L’assurtech lève moins qu’en 2024, avec 127 millions, mais le segment se recentre : plateformes B2B, assurance-crédit, assurance pro, tarification, automatisation et fraude. Le besoin en capitaux reste présent, mais orienté vers des solutions générant de l’efficacité chez les assureurs. Alexandre Rispal, de l’Observatoire de la Fintech, souligne que « le B2B, la data et le SaaS ont pris le pouvoir... ». Stoïk acquiert CyberContract et Santévet prend une participation majoritaire dans Tedaisy, montrant une consolidation autour de la distribution, de la donnée et des expertises de niche.
Blockchain & cryptos : priorité à la conformité
Après la volatilité, le segment retrouve une dynamique plus lisible : 96 millions levés autour de cas d’usage matures (infrastructures, tokenisation, custody, sécurité), désormais encadrés par MiCA. Les besoins en capitaux persistent mais se concentrent sur la robustesse (sécurité, gouvernance, conformité). Rémi Vialette, expert blockchain & cryptos chez KPMG, souligne que « la qualité technologique ne suffit plus ». Peu de rapprochement en 2025, mais la consolidation se poursuit : les acteurs recherchent crédibilité institutionnelle, licences et capacités de mise à l’échelle dans un cadre régulé.
Middle & back-office : consolidation rapide
Les solutions middle/back-office s’imposent comme infrastructures clés des directions financières (comptabilité, trésorerie, réconciliation, performance). Le besoin en capitaux est réel, mais concentré sur des plateformes capables d’industrialiser et d’intégrer. Le segment lève 105 millions en sept opérations, dominées par Pennylane (75 millions), puis Cryptio et Hyperline. Wasfy Tajmout, DAF part-time chez TECHFIN Consulting, souligne « le rôle d’infrastructure clé » de ces acteurs qui deviennent indispensable aux directions financières des entreprises. Onze opérations de fusions ou acquisitions avec, entre autres, N2F (FTV Capital) ou Serensia (Quadient). Cet environnement actif traduit une consolidation rapide du marché.
Paiement : des capitaux plus rares
Le paiement atteint en 2025 une maturité avancée : les leaders sont établis, les barrières à l’entrée se renforcent avec la régulation, la pression sur les marges et la sophistication technologique). Les besoins en capitaux se concentrent sur l’optimisation B2B (fraude, IA, instant payment), plus que sur la conquête. Stéphane Dehaies, CEO de Spendesk Financial Services, souligne que « les frais de transaction passent de 2–3 % à 0,3–0,5 %, et les virements de 3 jours à 10 secondes ». A 50 millions d’euros, les levées reculent et l’innovation devient plus incrémentale. Les quelques des opérations de consolidation comme Assoconnect (Team.blue) ou Toporder (myPOS) illustrent la recherche d’échelle et de synergies.
Banques digitales : quoi de neuf à part Swan
Les banques digitales entrent dans une phase où le besoin de capitaux est plus limité : plusieurs acteurs ont déjà été consolidés, et certains — comme Qonto ou Nickel — sont rentables. Les levées 2025 atteignent 43 millions (dont 42 pour Swan !), illustrant un financement ciblé davantage qu’une course à la croissance.Pour Thomas Courtois, Président de Nickel, « l’enjeu est désormais la conversion des clients en utilisateurs actifs et rentables ». Côté rapprochements, le rachat record de Shine par Cegid pour plus d’un milliard d’euros symbolise la convergence entre banque intégrée, banking-as-a-service et solutions de gestion / comptatech, accélérant les logiques de plateforme.
Regtech : dopé par DORA et MiCA
La Regtech devient une brique stratégique sous l’effet de DORA et MiCA : surveillance, gestion des risques opérationnels, LCB-FT, sécurisation des process. Les levées restent limitées à 31 millions, mais la traction est structurelle : les clients paient pour réduire le risque et industrialiser la conformité. Christian Le Hir, fondateur de Regmind, rappelle que « la Regtech n’est plus une niche : elle est devenue un pilier stratégique ». Côté fusions & acquisitions : l’acquisition de Kanta par Visma illustre l’intégration de solutions de conformité dans des suites logicielles plus larges.