Depuis le début des années 2000, de nouveaux critères dits « extra-financiers » ont gagné en importance dans le secteur du private equity et dans les stratégies de sélection d’actifs d’investisseurs institutionnels et privés (LPs), ainsi que de gestionnaires de fonds (GPs). Connus sous l’acronyme ESG (environnemental, social et de gouvernance), ces critères sont définis par chaque investisseur, sur la base de normes, de mesures d’impact de l’activité d’une société et de ses démarches de responsabilité sociétale et environnementale (RSE). Ils viennent donc s’intégrer dans la grille d’indicateurs de performance qu’un investisseur analyse afin de valider une thèse d’investissement.
L’émergence des fonds à impact
En 2022, d’après une étude d’EY1, 42 % des plus grands gestionnaires de fonds de private equity déclaraient prendre en compte les questions ESG de manière sérieuse ou très sérieuse dans leur processus de sélection d’investissement.
En effet, les LPs qui allouent leurs capitaux dans ces fonds de private equity ont accru leurs attentes à l’égard d’approches d’investissement durable et responsable, amenant ainsi les GPs à redéfinir leurs stratégies pour intégrer des indicateurs de performance ESG à part entière. Selon le baromètre Edelman Trust Institutional Investors, 88 % des LPs utilisent ces indicateurs au sein de leur processus de sélection d’investissement2. Pour les GPs, l’ESG a donc un impact au-delà de leurs stratégies d’investissement et de gestion de portefeuille, et il devient même un facteur essentiel pour attirer des LPs et remplir leurs objectifs de levée de fonds.
Cette évolution d’attentes de LPs a également donné naissance à des fonds spécialisés en « impact ». Ceux-ci se consacrent à investir du capital dans des entreprises durables pouvant générer des résultats environnementaux et sociaux positifs, en plus d’un rendement financier. Au sein de ces fonds à « impact », l’ESG a une place centrale dans la stratégie globale du GP et chaque thèse d’investissement. De fait, une grande partie de ces fonds reversent une partie de leurs rendements à des œuvres caritatives.
Contrairement aux sociétés cotées en bourse, il existe peu de normes standardisées permettant d’évaluer tous les risques ESG d’un actif non coté. Chaque investisseur doit donc élaborer une grille d’analyse ESG globale, adaptée à son propre contexte et qui se base premièrement sur une analyse détaillée des risques environnementaux et sociaux spécifiques à chaque secteur et sous-secteur auquel il s’expose. Ensuite, pour chaque opportunité passée en revue, les entretiens avec équipes de direction et panel d’experts apportent des éléments qualitatifs spécifiques et complémentaires, qui permettent de faire des comparaisons éclairées d’un actif évalué à un autre et de prendre des décisions fondées.
Enfin, la pertinence d’une stratégie respectueuse de normes et critères ESG va plus loin que le processus de sélection d’actifs. Elle a le potentiel d’aider à réduire des risques systémiques ou idiosyncratiques et éviter des scénarios de pertes liées à des pratiques risquées ou contraires à l’éthique, pour durablement améliorer les rendements moyens des investisseurs.