Faire croître les entreprises de santé, un défi majeur

Créé le

10.01.2024

-

Mis à jour le

25.01.2024

Dans un contexte plus attentiste de la part des investisseurs et de surenchérissement du crédit bancaire, les entreprises françaises de taille moyenne et intermédiaire du secteur de la santé sont confrontées à de nouveaux enjeux de financements.

En France, le marché de la santé dans son ensemble concerne 10 % de la population active, représente 12 % du produit intérieur brut (plus de 300 milliards d’euros) et place notre industrie au troisième rang mondial derrière les États-Unis et l’Allemagne. Ses perspectives sont solides, la croissance est régulière, avec 2 % en moyenne par an.

L’Hexagone compte un très grand nombre d’entreprises actives dans ce secteur, particulièrement diversifiées : publiques, associatives, ou privées, de la start-up à la multinationale, mais surtout de très nombreuses PME et ETI, acteurs essentiels de la santé.

Les enjeux de 2024 sont très importants pour ces entreprises. Il leur faut résister dans un environnement de plus en plus contraint et s’adapter aux nouveaux équilibres économiques qui s’annoncent.

Maintenir son chiffre d’affaires est l’une des priorités. L’activité est de plus en plus sous pression, face à des patients qui parfois renoncent à certains soins, aux déremboursements ou aux baisses des prix de certains médicaments – pourtant déjà parmi les moins chers d’Europe – auxquelles viendra s’ajouter l’effet des ruptures de stocks.

Parallèlement, le chef d’entreprise de santé doit être capable de protéger sa marge face à la hausse des coûts et des charges de personnel. Recruter devient difficile, alors que l’industrie pharmaceutique ainsi que le secteur sanitaire et social font face à un manque de main-d’œuvre notoire. La rentabilité est en outre sous la menace permanente d’une évolution réglementaire ou d’une décision des organes de tutelle qui viendrait modifier l’équilibre actuel.

Sécurité et souveraineté

Dans ces conditions, PME et ETI de santé sont confrontées à de nouveaux enjeux. D’un point de vue opérationnel, les équilibres économiques évoluent. Ainsi, avec le projet de réindustrialisation en train de s’opérer en France, fabriquer dans l’Hexagone ou en Europe redevient un atout : avoir le made in France ou le marquage CE, qui assurera sécurité sanitaire et souveraineté nationale, pourrait permettre aux producteurs de relever leurs prix ou de bénéficier d’aides publiques. En parallèle, la vague de digitalisation marquée par l’émergence de l’IA va accélérer innovation et transition des entreprises, leur ouvrant de nouveaux marchés. On pense par exemple aux thérapies digitales (DTX) qui vont révolutionner le secteur, ou encore, en matière d’offre de soins, à l’accélération de la recherche ou à l’optimisation des traitements lourds.

Pour le banquier, il s’agit d’autant de nouveaux défis. Défi de la technicité, tout d’abord : plus que jamais, avoir la bonne compréhension d’un secteur dont les enjeux sont aussi complexes permettra d’offrir la réponse adaptée. Cela impose d’investir en interne dans des équipes spécialisées ayant les connaissances nécessaires, mais aussi d’être capable de recourir parfois à des expertises externes, par exemple en multipliant les rencontres avec les syndicats professionnels, les acteurs du marché et conseils indépendants qui sont à même de nous décrypter les grands enjeux des innovations.

En termes de financement, il faut pouvoir accompagner l’entreprise sur l’ensemble de sa problématique : de la dette bancaire au renforcement des fonds propres, en passant par la dette obligataire ou mezzanine, toute la palette de financements doit être mobilisée, pour répondre aux besoins multiples des entreprises. En effet, même si la rentabilité est sous pression, elles doivent continuer à innover et nous devons les aider à grandir. Ce dernier point est fondamental : nous devons également être à même d’offrir des solutions lorsque les délais de débouclement des opérations capitalistiques se rallongent et que les PME-ETI sont obligées de faire face à des échéances de trésorerie de court terme.

Enfin, une attention toute particulière doit être portée aux actionnaires, à ceux qui investissent dans les entreprises sur le long terme. Il est de plus en plus nécessaire de bien les conseiller, de les accompagner dans la structuration de leur patrimoine avec une vision à 360°, de les financer, pour leur permettre de maîtriser le contrôle de leur société et d’en assurer la croissance.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº889