Opportunités

Ces trois mégatendances
pour investir en non-coté

Créé le

22.09.2025

-

Mis à jour le

25.09.2025

Intégrer une allocation vers des actifs non cotés au sein d’un portefeuille traditionnel d’actions et d’obligations améliore les rendements ajustés au risque. Le non coté est engagé dans une dynamique favorable. Le private equity continuera à jouer un rôle important dans le financement des entreprises, étant donné que la plupart d’entre elles sont privées et qu’elles le restent de plus en plus longtemps comme le démontrent des rapports de Bain1 et de Morningstar2. Conséquence : les entreprises ont également de plus en plus recours à la dette privée pour se financer. Non seulement, elle peut être une source de financement intéressante pour les entreprises qui n’ont pas facilement accès aux marchés obligataires, mais elle convient aussi lorsque l’emprunteur souhaite une plus grande flexibilité

Les mégatendances, elles, donnent lieu à une multitude d’opportunités d’investissement. Et les marchés non cotés sont bien placés pour en tirer parti. Très agile, le private equity se concentre souvent sur les petites entreprises, ce qui le rend particulièrement pertinent pour investir dans des industries fragmentées et émergentes dans lesquelles se trouvent de nombreuses opportunités d’investissement. Les mégatendances créeront également des opportunités dans les actifs physiques tels que l’immobilier et les infrastructures, qui se prêtent naturellement à l’investissement sur les marchés non cotés.

Les marchés non cotés joueront donc un rôle essentiel dans la fourniture des capitaux nécessaires pour soutenir les mégatendances, compte tenu de l’ampleur des investissements attendus, de l’importance croissante des capitaux privés par rapport aux sources de financement traditionnelles, ainsi que de leur aptitude à financer des actifs réels et des secteurs émergents et fragmentés. Voici trois thèmes à étudier de près.

Mégatendance n° 1 : l’intelligence artificielle générative

L’adoption croissante de l’intelligence artificielle (IA) générative impliquera des changements fondamentaux dans les industries et la société. En matière d’investissement, l’une des implications les plus directes de son essor repose sur la progression de la demande d’infrastructures numériques. Selon certaines estimations, la demande mondiale en data centers atteindra une capacité de plus de 150 GigaWatts d’ici à 2030. Selon des données de février 2025 de Blue Owl, il faudra investir plus de 1 000 milliards de dollars au cours des prochaines années pour construire de nouvelles infrastructures.

La demande d’électricité augmentera également en raison de l’accroissement du traitement, de la production et de la transmission de données pour l’industrie et les consommateurs. Les capitaux privés devraient jouer un rôle majeur dans le financement des infrastructures numériques et électriques nécessaires pour soutenir cette croissance.

Les gains potentiels du mariage de l’IA et de la robotique

Mais les opportunités d’investissement liées à l’IA générative vont bien au-delà. Le secteur regorge d’entreprises à fort potentiel qui ont besoin de financement à mesure que le secteur s’améliore et évolue au-delà des LLM (Large Language Models). Les capacités de génération de contenu des modèles existants s’étendent déjà au texte, aux images et à la vidéo.

La prochaine frontière, qui fait actuellement l’objet de recherches actives, est l’application de l’IA générative au monde physique, c’est-à-dire à la robotique humanoïde ou autre. L’extension de la génération de contenu digital aux actions physiques représente un saut significatif dans les capacités de l’IA et débouchera sur diverses applications industrielles et grand public. Goldman Sachs estime que le marché mondial des robots humanoïdes pourrait à lui seul atteindre 38 milliards de dollars d’ici 20353. Les dépenses des entreprises en matière d’IA devraient augmenter à un taux de croissance annuel de 84 % au cours des cinq prochaines années4. Des opportunités d’investissement en immobilier devraient également émerger, car l’automatisation industrielle croissante nécessite des mises à jour des installations de production, de stockage et de distribution.

Les entreprises actives dans des domaines tels que la robotique et les logiciels et services d’entreprise intégrés à l’IA créent des opportunités, aussi bien côté private equity que dette privée. L’IA générative crée également de nouveaux moyens pour les gestionnaires d’actifs privés, en particulier ceux spécialisés sur les logiciels, de créer de la valeur au sein de leurs sociétés en portefeuille en améliorant leurs produits et leur efficacité opérationnelle.

Mégatendance n° 2 : la décarbonation

De nombreux pays se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Cependant, même si les investissements dans les énergies propres atteignent des niveaux record, le monde reste confronté à un manque important de financement pour la transition énergétique. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les 2 000 milliards de dollars d’investissements dirigés vers les énergies propres en 2024 représentent moins de la moitié des quelque 4 600 milliards de dollars nécessaires chaque année d’ici le début des années 2030 pour parvenir à des émissions nettes zéro d’ici 20505.

Les investissements dans les infrastructures de production d’électricité durable, comme les parcs solaires et éoliens, peuvent aller de la construction et du développement de nouveaux actifs à l’acquisition d’actifs opérationnels. Leur caractéristique ? Ils fournissent généralement aux investisseurs des cash-flows contractuels indexés sur l’inflation. Au-delà de la production d’électricité, les investissements dans le transport et la distribution d’électricité seront également importants.

Forte visibilité sur la refonte des réseaux

En outre, l’infrastructure actuelle des marchés développés est vieillissante. 40 % des réseaux de distribution européens ont plus de 40 ans et plus de 70 % du réseau américain a été construit il y a plus de 25 ans. D’où un marché de remplacement et/ou de modernisation6. La nécessité croissante d’intégrer les sources d’énergie renouvelables exige par ailleurs l’expansion du réseau pour accueillir les installations offshore, ainsi que des mises à jour avec une approche plus décentralisée pour intégrer la production d’énergie renouvelable. Car historiquement, les réseaux électriques ont été développés autour d’une production basée sur les grandes centrales électriques.

D’autres mises à niveau des réseaux intelligents seront nécessaires pour mieux maintenir la stabilité et la fiabilité des réseaux, gérer l’intermittence de l’énergie renouvelable et maximiser son efficacité. L’AIE estime que pour atteindre les objectifs nationaux en matière d’énergie et de climat, il faudra ajouter ou remettre en état plus de 80 millions de kilomètres de réseaux d’ici à 2040 et porter les investissements dans les réseaux à plus de 600 milliards de dollars par an d’ici à 20307.

Cela présente des opportunités pour les investissements privés, notamment les entreprises de technologie de smart grid, les entreprises qui conçoivent ou fabriquent des équipements de réseau tels que des câbles ou des transformateurs à haute tension, et celles spécialisées dans les technologies de stockage de l’énergie.

Opportunités dans le chauffage et le refroidissement

Comment parler décarbonation, sans s’intéresser au chauffage et... au refroidissement ! Ils représentent plus de 40 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone liées à l’énergie8. Le secteur du chauffage et du refroidissement est divisé en deux utilisations finales principales : les bâtiments, résidentiels et commerciaux, et l’industrie. Tous deux connaissent une tendance à l’électrification. La part de l’électricité dans la consommation finale totale d’énergie dans les bâtiments devrait atteindre 73 % d’ici 2050, contre 34 % en 20209, et représente un élément d’une tendance plus large dans la transition écologique des bâtiments.

Par ailleurs, la chaleur industrielle représente les deux tiers de la demande d’énergie industrielle et plus de 20 % de la consommation mondiale d’énergie. Aujourd’hui, environ 80 % sont générés par des combustibles fossiles10. Le secteur industriel utilise à la fois de la chaleur à basse et à haute température, cette dernière étant difficile à électrifier directement avec un rendement élevé. Il existe une variété de technologies d’électrification au-delà des pompes à chaleur, qui varient en fonction de la plage de température et de la maturité technologique.

Mégatendance n° 3 : les évolutions démographiques et sociales

Le Global Infrastructure Hub du G20 prévoit que, d’ici 2040, la population mondiale augmentera de près de deux milliards de personnes, avec un accroissement significatif du nombre et de la densité des personnes vivant dans les zones urbaines. Il prévoit en outre que les besoins annuels moyens en investissements dans les infrastructures mondiales s’élèveront à 3 700 milliards de dollars jusqu’en 2040, afin de suivre le rythme des changements économiques et démographiques, ce qui laisse présager un déficit d’investissement dans les infrastructures mondiales d’environ 15 000 milliards de dollars d’ici 2040, tant dans les pays développés que dans les pays en développement11.

Les partenariats public-privé sont devenus un moyen de plus en plus populaire de réaliser de grands projets d’infrastructure. Cela représente une opportunité d’investissement massive pour les marchés non cotés, car ils peuvent fournir des capitaux dans des domaines tels que les transports (routes, chemins de fer, ports, aéroports), l’électricité, les télécommunications et l’eau.

L’immobilier porté par le vieillissement

Si la population augmente globalement, elle vieillit dans la plupart des économies développées et dans certaines en développement12. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’entre 2015 et 2050, la proportion de la population mondiale âgée de plus de 60 ans aura presque doublé pour atteindre 22 %13. Cette évolution crée des opportunités en immobilier non coté dans le secteur des logements pour personnes âgées, notamment les maisons de soins, les communautés de vie assistée et les communautés de vie autonome.

En outre, il y aura une demande accrue de soins médicaux et de recherche sur les conditions associées à la longévité. Cela crée des opportunités d’investissement dans les établissements de soins de santé et dans le secteur des sciences de la vie. Le secteur des dispositifs médicaux étant très fragmenté, il convient parfaitement à l’approche du private equity. Les entreprises du secteur des sciences de la vie ont aussi besoin de laboratoires pour mener leurs recherches et d’installations pour développer et commercialiser leurs produits. L’emplacement reste très important pour le secteur, en particulier dans les regroupements autour des universités d’élite, des hôpitaux ou des grands centres pharmaceutiques.

Les tendances démographiques stimulent également les opportunités dans l’immobilier résidentiel. Par exemple, dans de nombreux pays européens, le nombre de ménages augmente, malgré le ralentissement de la croissance démographique, en raison de l’augmentation du nombre de ménages composés d’une seule personne. Cela fait augmenter la demande de logements, en particulier dans les grandes villes où l’offre résidentielle reste limitée14.

La logistique du dernier kilomètre dopée par l’évolution de la consommation

L’urbanisation reste une tendance dominante à l’échelle mondiale, de plus en plus de personnes s’installant dans les villes, à la recherche de meilleures opportunités d’emploi et de commodités. Les Nations unies estiment que 68 % de la population mondiale vivra dans des zones urbaines d’ici 2050, contre 55 % en 2018. Cette évolution devrait continuer à stimuler la demande de logements collectifs dans les grands centres urbains.

Enfin, l’e-commerce a renforcé l’importance de la logistique du dernier kilomètre. Cela se traduit par une demande accrue d’entrepôts et d’espaces de distribution stratégiquement situés. L’essor des supermarchés en ligne et des services de livraison de produits alimentaires a fait grimper la demande d’entrepôts frigorifiques. Parallèlement, la pandémie, les considérations géopolitiques et le protectionnisme ont contraint les États et les entreprises à repenser leurs chaînes d’approvisionnement, en mettant l’accent sur l’amélioration de la résilience de celles-ci par la délocalisation/la relocalisation de la production ou l’obtention de stocks supplémentaires. La délocalisation pourrait créer des opportunités d’investissement immobilier dans des régions telles que l’Europe de l’Est, qui bénéficie d’une main-d’œuvre moins chère15.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº15
Notes :
1 Rapport Bain Global Private Equity 2023 pour les entreprises américaines, S&P Capital IQ en avril 2024 pour les entreprises européennes.
2 Rapport Morningstar (2024), « Unicorns and the Growth of Private Markets ».
3 Golman Sachs (2024), « The Global Market for Humanoid Robots Could Reach $38 Billion by 2035 », 27 février : https://www.goldmansachs.com/insights/articles/the-global-market-for-robots-could-reach-38-billion-by-2035
4 Rapport McKinsey & Company, « The State of AI in early 2024: Gen AI Adoption Spikes and Starts to Generate Value », mai 2024.
5 AIE, PwC, « World Energy Investment 2024 » : https://www.iea.org/reports/world-energy-investment-2024.
6 Reuters et CNBC (2023), « Why America’s Outdated Energy Grid is a Climate Problem » : https://www.cnbc.com/2023/02/17/why-americas-outdated-energy-grid-is-a-climate-problem.html.
7 Rapport de l’AIE sur les réseaux électriques et les transitions énergétiques sûres, octobre 2023.
8 Agence internationale pour les énergies renouvelables, « Power to Heat and Cooling: Status » : https://www.irena.org/Innovation-landscape-for-smart-electrification/Power-to-heat-and-cooling/Status#:~:text=It%20is%20the%20largest%20source,the%20unsustainable%20use%20of%20biomass.
9 Agence internationale pour les énergies renouvelables, « Innovation Landscape for Smart Electrification » : https://www.irena.org/Publications/2023/Jun/Innovation-landscape-for-smart-electrification.
10 McKinsey & Company (2024), « Tackling heat electrification to decarbonize industry », https://www.mckinsey.com/industries/industrials-and-electronics/our-insights/tackling-heat-electrification-to-decarbonize-industry
11 Global Infrastructure Hub Outlook, 2017. Le déficit d’investissement dans les infrastructures est défini comme la différence entre les besoins d’investissement d’un pays et ce qui serait dépensé dans le cadre des tendances actuelles. La prévision du besoin d’investissement est définie comme l’investissement qui se produirait si les pays devaient égaler les performances de leurs pairs les plus performants (définis comme le 75e percentile parmi les pays ayant des niveaux de revenus similaires), après avoir contrôlé les différences dans les caractéristiques de chaque pays.
12 McKinsey & Company (2021), « A smarter way to think about public-private partnerships » : https://www.mckinsey.com/capabilities/risk-and-resilience/our-insights/a-smarter-way-to-think-about-public-private-partnerships
13 OMS (2024), « Ageing and Health » : https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/ageing-and-health
14 BlackRock, « 2025 Private Markets Outlook » : https://www.blackrock.com/institutions/en-us/insights/private-markets-outlook
15 Savills (2023), « Fortifying the Supply Chain », juillet : savills.com/impacts/market-trends/fortifying-the-supply-chain.html