Deux types d’investisseurs existent, indépendamment de leur nature. Le premier type dispose d’une équipe dédiée de sélectionneurs de fonds. Il est de surcroît en mesure d’investir dix millions d’euros par fonds et de gérer toute la complexité opérationnelle des investissements. Ce sont les institutionnels de taille importante, ou des family offices gérant les fortunes personnelles. Le deuxième type, lui, ne dispose pas de tels moyens !
Du fait d’évolutions réglementaires, technologiques et de la mise à disposition de véhicules d’investissement adaptés, l’heure est à la « démocratisation des actifs non cotés ». Le deuxième type d’investisseur accède donc enfin aux investissements en private equity. Une formidable opportunité, même si tout n’est pas simple pour autant. Car cette démocratisation se fait au moment même où le paradigme économique change et comporte donc des dangers pour ceux qui n’ont pas les ressources adéquates. Pour réussir le mouvement, il est essentiel d’avoir conscience de la nécessité d’être accompagné.
Les performances passées
possiblement remises en cause
Le marché est aujourd’hui à un carrefour. L’attrait pour le non coté s’explique par son potentiel de performance historiquement élevé et son pouvoir de diversification. Les fonds d’investissement dans le non-coté aux États-Unis et en Europe occidentale ont historiquement surperformé les marchés boursiers, comme le S&P 500 et le MSCI Europe. Il est toutefois crucial de rappeler que les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
D’autant sur le plan conjoncturel, l’environnement économique a changé de macro-cycle, rendant les performances moins aisées que par le passé. Pendant les quarante dernières années, les conditions financières ont connu une tendance de long terme où l’inflation et les taux d’intérêt baissaient. Pour un investissement de cinq ans, l’ordre de grandeur de détention d’un actif dans un fonds non coté, cela s’est révélé être un environnement très porteur. À l’avenir, nous estimons que les tensions inflationnistes vont perdurer, ce qui signifie que les conditions financières ne seront pas plus favorables à la sortie qu’à l’entrée, rendant nécessaire une adaptation des playbooks des sociétés de gestion.
Un univers de risque à mieux appréhender
Ce changement de paradigme, couplé à une plus grande complexité à lever auprès du premier type d’investisseur, risque d’inciter certains gestionnaires à proposer leurs fonds pour de mauvaises raisons aux nouveaux investisseurs. Enfin, de nouveaux formats d’investissement, notamment les fonds Evergreen, créent des contraintes spécifiques de gestion et de rendement qui peuvent impacter les performances et le marché (voir encadré).
Sur le plan structurel, l’univers du non-coté est peu transparent et les informations sont difficilement disponibles, contrairement aux investissements proposés jusqu’ici à la clientèle intermédiée. Ses modes de fonctionnement sont spécifiques, ce qui exige une expertise poussée pour les comprendre. L’investissement dans le non-coté comporte à la fois un risque de perte partielle ou totale en capital ainsi qu’un risque de liquidité. Des risques que les investisseurs non institutionnels sont peu habitués à porter. De plus, les performances sont historiquement très dispersées. Ce phénomène devrait s’accentuer à l’avenir. C’est précisément pour cette raison que la sélection de fonds est encore plus une étape critique aujourd’hui pour les investisseurs en non-coté.
Comment passe-t-on de 2 270 fonds à 28 ?
Chez Opale Capital, sur les 2 270 fonds analysés entre juin 2022 et juillet 2025, seulement 28 ont été finalement sélectionnés. Nous sommes convaincus qu’une bonne sélection doit reposer sur un certain nombre de principes.
Principe n° 1 : la sélection de fonds est un « sport collectif » qui exige d’analyser les fonds sous de multiples angles. Cet esprit d’équipe permet de s’entourer de personnalités expertes sur certaines classes d’actifs ou certaines zones géographiques et aussi, de bénéficier d’une expérience solide des marchés et de leurs cycles. C’est en s’équipant d’une équipe complète, qu’il est possible de sélectionner des stratégies pertinentes.
Principe n° 2 : penser au profil de l’investissement. Le non-coté est un univers vaste. Il comporte de nombreuses classes d’actifs (entreprises, infrastructures, immobilier), niveaux de maturité (jeunes pousses, acteurs en forte croissance, acteurs matures voire en déclin), niveaux de levier (faible à fort), de seniorité (priorité dans le remboursement des dettes plus ou moins importantes) et styles d’investissement (majoritaire, minoritaire). Toutes ces stratégies ne sont pas identiquement positionnées selon la phase du cycle économique. Actuellement, nous sommes convaincus qu’il faut privilégier les stratégies défensives comme le secondaire ou le crédit. Dans l’environnement actuel, les stratégies offensives sont pertinentes lorsqu’elles sont à faible effet de levier et très spécialisées dans un secteur unique.
L’impérieuse nécessité
de se projeter dans le temps
Principe n° 3 : penser à la sortie dès l’entrée ! Pour déterminer une politique d’allocation qui soit pérenne, il faut se baser sur une veille permanente des macro-tendances qui impactent et impacteront la société. Dans un monde à croissance plus molle, l’objectif est de favoriser les secteurs alignés sur des tendances fortes comme la décarbonation, la numérisation, la cybersécurité ou la santé. Il s’agit donc de sélectionner des fonds finançant des entreprises capables de s’adapter à ces changements ou de les limiter, tout en profitant des opportunités qu’ils peuvent apporter. Cette vision est nécessaire, car investir dans un fonds de private equity signifie s’engager pour environ dix ans.
Principe n° 4 : adapter les critères de sélection à la stratégie visée. Par exemple, pour le private equity de croissance (growth buyout), les critères incluent un positionnement sur des secteurs économiques porteurs, la présence d’équipes expertes et un historique de performance éprouvé avec un effet de levier limité. Pour le secondaire, nous privilégions un positionnement opportuniste, des plateformes avec un important flux d’opportunités (deal flow) et un historique de performance solide à travers différents cycles. Bref, il faut investir les yeux grands ouverts.