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Banques européennes :
une solidité affirmée face
à la remontée des risques

Créé le

23.03.2026

-

Mis à jour le

27.03.2026

Après une année 2025 record en termes de performance opérationnelle, les banques européennes doivent faire face, cette année, à de nouveaux chocs macroéconomiques.
De quoi éprouver la solidité de leurs modèles et
leur capacité à améliorer encore leur rentabilité.

Les grandes banques européennes abordent 2026 dans une position globalement solide, mais au sein d’un environnement opérationnel et macroéconomique devenu plus incertain. Après une année 2025 marquée par des performances élevées et une capacité bénéficiaire structurellement renforcée, l’enjeu pour le secteur sera de préserver cette dynamique tout en absorbant des risques macroéconomiques et géopolitiques plus prononcés, notamment les effets indirects du conflit en Iran, surtout si les répercussions de ce dernier sur les économies européennes se prolongent. La déréglementation dont vont bénéficier les banques américaines pourrait également contribuer à renforcer les pressions concurrentielles sur le Vieux Continent, notamment sur les activités de banque de financement et d’investissement (BFI).

Un cap maintenu sur
la rentabilité, malgré
une normalisation des taux

La rentabilité des grandes banques européennes devrait rester robuste en 2026. Au sein de Fitch Ratings, notre scénario central demeure celui du maintien des taux d’intérêt de court terme à des niveaux « neutres », ce qui ne remettrait pas en cause la trajectoire de rentabilité, car la dynamique commerciale sur les volumes et la diversification des revenus continuent de soutenir les résultats. Les chiffres de 2025 illustrent cette résistance. Les vingt plus grandes banques européennes ont affiché un ratio médian de résultat d’exploitation sur actifs pondérés des risques (RWA) stable sur un an à 3,1 %, sur fond de revenus résilients et d’une qualité d’actifs globalement stable. Fitch anticipe un ratio médian proche de 3 % en 2026, ce qui reste nettement supérieur aux niveaux affichés avant la remontée des taux, à partir du second semestre 2022.

Une performance robuste attendue en 2026

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Cette solidité s’est aussi traduite par des indicateurs de performance rarement observés sur une période aussi longue. Certaines banques ont dépassé – ou se sont situées dans la partie haute – de leurs objectifs 2025, pourtant déjà ambitieux dans l’ensemble. Sept établissements parmi les vingt plus grands ont atteint un record sur 15 ans de ratio résultat d’exploitation/RWA, et seules quatre banques ont affiché un retour sur fonds propres (ROE) inférieur à 10 %.

Revenus d’intérêts, commissions et discipline de coûts : les moteurs attendus

La contribution du revenu net d’intérêts (NII) restera un pilier, même si les tendances devraient diverger selon les marchés. En 2025, la marge nette d’intérêt (NIM) médiane s’est légèrement contractée autour de 1,5 % (contre 1,6 % en 2024), sous l’effet principalement de la compression des marges sur dépôts. Pour 2026, nous anticipons néanmoins, au sein de Fitch, une progression du NII de quelques points de pourcentage pour la plupart des banques, portée par des facteurs différenciés selon les zones et les modèles d’activité.

Les dynamiques régionales seront déterminantes. En Europe du Sud, la pression sur les marges devrait s’atténuer, la majeure partie de la revalorisation des actifs à des taux plus bas ayant déjà eu lieu. Dans ce contexte, une croissance plus soutenue des encours – particulièrement en Espagne – pourrait porter le NII. En France, les banques pourraient bénéficier d’une poursuite de l’amélioration du NII, grâce à la retarification progressive des portefeuilles de prêts et à la baisse des coûts des dépôts, dans le sillage des réductions des taux de l’épargne réglementée. Au Royaume-Uni, les marges devraient mieux résister à la baisse potentielle des taux directeurs de la Banque d’Angleterre, notamment grâce aux revenus issus des structural hedges. Ce facteur de couverture devrait également soutenir le NII des banques italiennes, en l’absence de volumes particulièrement dynamiques.

Au-delà des intérêts, les revenus de commissions et la maîtrise des charges devraient continuer à soutenir les bénéfices. Chez Fitch, nous anticipons une poursuite de la croissance des commissions chez les banques les plus diversifiées, en particulier via la gestion de fortune, la gestion d’actifs et l’assurance. Les revenus des BFI devraient aussi rester solides à court terme, dans un environnement de volatilité élevée et de flux clients soutenus.

Pic d’investissements digitaux et retour du positive jaws

L’année 2026 pourrait aussi marquer un recentrage sur le positive jaws – c’est-à-dire un effet de ciseaux positif fruit d’une croissance des revenus plus rapide que celle des coûts –, après une période d’investissements numériques importants. Les grandes banques européennes chercheront à renforcer le contrôle des dépenses tout en poursuivant d’importants investissements technologiques ciblés. Les grands acteurs apparaissent mieux armés pour financer ces dépenses tout en maintenant un levier opérationnel positif, là où les banques de plus petite taille pourraient être davantage contraintes, en raison de leur base de revenus plus vulnérable.

Dans ce cadre, l’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation devraient s’intégrer plus profondément aux processus quotidiens des banques. L’objectif est d’obtenir des gains d’efficacité incrémentaux et, avec le temps, une réduction des besoins en effectifs (FTE). Plusieurs plans stratégiques récents – notamment ABN Amro, Santander, HSBC, UniCredit ou Intesa – intègrent des gains d’efficacité liés à l’IA, présentés comme progressifs, mais appelés à devenir plus significatifs. La plupart des grandes banques européennes disposent des moyens nécessaires pour adapter leurs modèles à des évolutions structurelles – nouveaux comportements clients, pression concurrentielle et transformation industrielle du secteur –, ce qui pourrait leur conférer un avantage sur des concurrents locaux plus petits.

Des politiques de capital plus dynamiques dans un contexte de distributions élevées

Les banques européennes entament l’année avec des coussins de capital confortables. Le ratio CET1 médian sur notre échantillon de grandes banques européennes s’établissait à 14,2 % fin 2025. Au sein de Fitch, nous nous attendons à ce que la génération de résultats continue de soutenir le capital, même si les dividendes et rachats d’actions restent élevés.

Aperçu de la solidité financière des grandes banques européennes

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La nouveauté tient à une gestion du capital plus dynamique. D’un côté, certaines banques ajustent leurs niveaux pour refléter des exigences prudentielles de coussins plus élevées ; de l’autre, beaucoup pilotent désormais leur capital plus près de leurs objectifs, et certaines vont jusqu’à viser des niveaux plus bas, afin de soutenir les distributions aux actionnaires et leurs ambitions de croissance. Cette approche laisse une capacité pour des acquisitions bolt-on et, plus ponctuellement, pour des opérations de consolidation plus importantes, même si Fitch souligne que les risques d’exécution, les impacts réglementaires et l’intervention politique peuvent encore freiner les grandes transactions.

Dans le même temps, nous anticipons, au sein de Fitch, un recours accru aux Significant Risk Transfers (SRT), utilisés pour optimiser les RWA dans le cadre de l’output floor de la transposition des règles finales de Bâle III. Cette tendance pourrait être soutenue par les efforts de l’Union européenne visant à renforcer l’attractivité de la titrisation et, à terme, à étendre ces pratiques au-delà des portefeuilles corporate.

Qualité d’actifs : une résilience confirmée, mais des risques
en hausse

La qualité des actifs a continué de surprendre favorablement en 2025. Le ratio médian des créances douteuses a légèrement reculé à 2,1 % (contre 2,3 % fin 2024) et le coût du risque s’est établi à 26 points de base (sur encours bruts), malgré des niveaux parfois supérieurs aux moyennes historiques dans certains établissements. Fitch attribue cette meilleure tenue à des marchés du travail résilients et à l’assouplissement des coûts de financement et à une gestion relativement proactive des défauts récents. Les banques italiennes et espagnoles ont poursuivi l’amélioration de leurs ratios de prêts dépréciés, désormais globalement alignés sur la moyenne européenne. À l’inverse, Fitch relève des tendances annuelles moins favorables pour certaines banques françaises (Crédit Agricole, Groupe BPCE, Société Générale), en raison de faillites élevées sur les entreprises et quelques pressions sur le crédit à la consommation, ainsi que pour Deutsche Bank, où les pressions ont été en grande partie liées à l’immobilier commercial américain (CRE) et à quelques dossiers isolés de grande taille.

Pour 2026, Fitch prévoit une stabilité du ratio médian de créances douteuses, dans un scénario de base où la croissance économique s’améliore légèrement et où la baisse des taux réduit les tensions de service de la dette. Le coût du risque moyen est attendu autour de 30 points de base, avec la possibilité qu’il soit finalement inférieur, si des matelas de provisions de prudence sont mobilisés pour absorber des poches de stress.

Guerre en Iran : des risques
de second ordre qui pèsent
sur le scénario

Le principal élément de fragilisation du scénario 2026 réside dans les risques macroéconomiques liés à l’escalade du conflit impliquant l’Iran, à la suite des frappes du 28 février menées par Israël et les États-Unis. Fitch met en avant des effets potentiels de second tour susceptibles d’affecter à la fois les revenus (via des volumes plus faibles et une croissance ralentie) et la qualité des actifs (via une hausse plus marquée que prévu des défauts).

Le canal le plus direct passerait par les marchés de l’énergie. Une perturbation significative des infrastructures d’exportation du Conseil de coopération du Golfe (GCC) pourrait entraîner une hausse durable des prix du pétrole et du gaz, raviver l’inflation et, si le choc devait se prolonger, affaiblir la croissance européenne. Une durée plus longue augmenterait le risque de dégradation de la qualité des actifs, notamment dans les secteurs intensifs en énergie et les PME plus fragiles et, selon la réponse de politique monétaire, dans les segments plus sensibles aux taux. Fitch note toutefois que d’éventuelles mesures de soutien gouvernementales pourraient atténuer l’impact final sur les pertes de crédit et la volatilité des marchés.

À ces risques s’ajoutent des facteurs politiques et souverains en raison des niveaux élevés de dette publique, des incertitudes sur la mise en œuvre budgétaire ou encore des évolutions liées aux droits de douane. Ces éléments peuvent peser sur la demande de crédit, dégrader la qualité des actifs et renchérir les coûts de financement. Pour certains établissements, le lien entre risque souverain et risque bancaire (sovereign-bank nexus) demeure un facteur susceptible de contraindre les notations.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº915