Pour les investisseurs, l’un des principaux points d’attention sera la rentabilité des banques, soutenue en Italie comme dans le reste de la zone euro par le relèvement du principal taux directeur de la Banque Centrale Européenne (BCE), maintenant attendu autour de 2,25 % en fin d’année.
L’ensemble du secteur bancaire devrait bénéficier d’une hausse des revenus d’intérêt, mais son ampleur dépendra au cas par cas du modèle économique et de la structure du bilan de chaque institution. Les effets sur les marges ne seront pleinement ressentis qu’en 2023, en raison du caractère progressif de cette hausse.
Les banques risquent en revanche de se trouver confrontées à une augmentation des faillites d’entreprises au cours des prochains trimestres. De possibles perturbations de l’approvisionnement en gaz et des prix toujours élevés devraient entraîner un ralentissement plus marqué de la production industrielle et continuer d’alimenter l’inflation. Les banques italiennes pourraient alors se trouver contraintes d’augmenter leurs provisions pour risque de crédit au-delà des projections moyennes actuellement attendues pour le reste de l’année (coût du risque de 40 points de base).
Les marchés suivront de près les priorités politiques du nouveau gouvernement, en portant une attention particulière à la viabilité de la dette et aux relations avec les institutions européennes. Nous tablons sur une continuité de la politique économique et le maintien de relations pragmatiques entre Rome et Bruxelles. Néanmoins, toute initiative politique susceptible d’accentuer les incertitudes concernant ces deux points renforcerait la volatilité du marché. Cela pourrait affecter les banques italiennes, compte tenu de leurs vastes portefeuilles d’emprunts d’État.
Même si la BCE a acheté d’importants montants de dettes souveraines dans le cadre de sa politique de réinvestissement, de nouvelles opérations de soutien sont loin d’être assurées, eu égard aux conditions d’utilisation du nouvel « Instrument de protection de la transmission » monétaire (IPT).
Au premier semestre 2022, nous estimons que huit banques italiennes faisant partie d’un échantillon représentatif détenaient pour 125 milliards d’euros d’emprunts d’État, en sus de prêts garantis par l’État à hauteur de 100 milliards d’euros environ. Parmi ces institutions, seules BP Sondrio, Banco BPM et UniCredit ont sensiblement réduit leurs expositions ces dernières années.
Des portefeuilles de dettes souveraines rééquilibrés
Toute remontée rapide du rendement de la dette souveraine affecterait trois aspects fondamentaux des banques italiennes : leurs fonds propres, leurs capacités bénéficiaires et leur refinancement. Pour autant, nous estimons que pour chacun de ces points, les banques italiennes sont moins vulnérables que par le passé.
Par rapport aux précédentes crises, les banques disposent de coussins de fonds propres plus solides, ce qui leur confère une plus grande marge de manœuvre pour absorber des pertes latentes ou provisoires.
Les revenus des banques pourraient aussi être affectés par des pertes sur les portefeuilles d’actions et/ou une baisse des ventes de produits de gestion d’actifs. Ces derniers représentent toutefois une source de revenus assez mineure en moyenne.
Enfin, la volatilité des marchés obligataires pourrait faire grimper le coût de refinancement des banques italiennes et potentiellement freiner les activités d’émission obligataire. Ce phénomène s’explique par l’étroite corrélation qui existe généralement entre les coûts de refinancement interbancaire et les coûts d’emprunt des États.
Après la crise financière mondiale, les banques italiennes ont réduit progressivement leur dépendance au marché obligataire pour se financer. Cette tendance s’est poursuivie au cours des cinq dernières années.
Les principaux facteurs à l’origine de cette évolution sont le lancement des opérations ciblées de refinancement à long terme de la BCE (TLTRO) et l’augmentation des dépôts clients, notamment pendant la pandémie.
Nous n’anticipons pas de changement majeur du mix de financement au cours des prochains trimestres étant donné, notamment, la relative inertie des dépôts bancaires au niveau actuel des taux d’intérêt. Les premiers remboursements des TLTRO III de la BCE seront par ailleurs maîtrisables.