En ouverture, Guillaume Cornu a présenté l’étude EY « Défaillances d’entreprises : Que faut-il espérer ou craindre en 2023 ? » et a indiqué qu’en 2021 le nombre de défaillances (27 000) était historiqulement bas, en raison des mesures de soutien liées à la crise de la Covid-19. Ce chiffre est remonté à 41 000 (+52 %) en 2022 et est estimé à 59 000 pour 2023, ce qui est dans la moyenne de long terme. L’accroissement des difficultés provient essentiellement de l’augmentation des coûts de l’énergie, de la restructuration des prêts garantis par l’État (PGE) et de l’évolution du marché du crédit. Les petites entreprises sont particulièrement touchées, car elles ont moins de réserves et sont moins bien équipées pour faire face aux chocs exogènes. Franck Kelif a souligné que les dirigeants d’entreprise de taille significative sont de plus en plus conscients des problèmes potentiels et cherchent de l’aide plus tôt qu’auparavant. Ils peuvent donc bénéficier de la remarquable boîte à outils française en matière de prévention et de traitement des difficultés, avec notamment les procédures amiables (mandat ad hoc et de conciliation). Cette boîte à outils a connu une évolution importante avec l’apparition de la notion de « classe de parties affectées » dans la législation en 2021, comme le rappelle Laurent Jourdan. Cette réforme transforme le champ connu des procédures collectives et ouvre notamment la voie à des possibilités de « cross class cram down ».
Prévenir les situations dégradées
L’État a un rôle crucial à jouer dans la prévention des difficultés et des défaillances d’entreprises, en détectant et en accompagnant celles qui sont dans cette situation. À ce titre, Alexandre Allegret-Pillot a indiqué l’existence d’une start-up d’État, appelée Signaux Faibles, créée en 2019. Son objectif est de détecter les signes des premières difficultés des entreprises en utilisant par exemple des données sur l’activité partielle, les délais de paiement ou les bilans. L’algorithme aide donc à identifier les entreprises qui pourraient avoir besoin d’une prise en charge. Alexandre Allegret-Pillot a rappelé également l’existence du réseau des commissaires à la restructuration et à la prévention des difficultés des entreprises (CRP) présent en région. La mission du CRP est de « challenger » les business plans, négocier avec les différentes parties prenantes, faire l’interface avec tous les services de l’État et rediriger les chefs d’entreprise vers les professionnels compétents, et ce de manière totalement confidentielle.
La notion du couple temps-argent a été au cœur des débats des invités. Frédéric Abitbol, usant de l’image du Krav Maga, a souligné l’importance de la rapidité, de la simplicité ainsi que de l’efficacité dans le restructuring. Ainsi, il est question de la grande importance de la vitesse lors des négociations mise en exergue par Guillaume Cornu, qui compare l’argent à l’oxygène. Dans ce dispositif, la confidentialité reste la clé de voûte d’une restructuration réussie.
Franck Kelif a poursuivi sur les facteurs clés de succès des opérations de restructuration en évoquant la notion de « capital patient ». Selon lui, les investisseurs en capital doivent désormais accompagner les entreprises sur des horizons de 7-8 ans, voire 10 ans, afin de donner de la visibilité à toutes les parties prenantes lors de la négociation.
Laurent Jourdan a quant à lui comparé le processus de restructuration à la cancérologie : chaque spécialiste joue un rôle déterminant et l’équipe doit être coordonnée par le bon mandataire ou le bon conciliateur. Ces professionnels pluridisciplinaires requièrent d’être secondés par une équipe de management de qualité qui connaît parfaitement son secteur et qui est capable de fédérer la confiance des investisseurs, des créanciers ainsi que des organes de procédure.
Il est également utile de rappeler la résurgence des « Reup » : une poche de financement destinée à pouvoir réinvestir dans les participations, à la fois dans des cas favorables pour des opérations de « build-up » mais également dans des cas défavorables, pour soutenir les sociétés dans l’hypothèse de situations dégradées, selon Franck Kelif.