Financement infra

Entre défis macroéconomiques
et transitions, quelles perspectives pour une classe d’actifs en mutation ?

Créé le

13.06.2023

-

Mis à jour le

16.06.2023

Fortement impactée par la nécessité d’une transition écologique et une évolution forte des usages,
cette activité a besoin d’un cadre juridique
et politique stable pour susciter l’intérêt
et la confiance des investisseurs.

L’investissement infra se distingue par un sous-jacent qui fournit un bien ou un service essentiel à la collectivité, qui dispose de fortes barrières à l’entrée et d’une position quasi monopolistique. Xavier Heulin a initié les échanges en exposant l’impact considérable de la transition écologique sur le modèle économique d’Indigo, leader mondial du stationnement et de la mobilité individuelle. L’activité de parcs de stationnement en ville est fortement touchée par la diminution de l’utilisation des véhicules thermiques, les politiques urbaines en faveur des mobilités décarbonées ainsi que la loi LOME (loi climat et résilience). Selon le directeur général adjoint d’Indigo, son groupe ne doit plus se contenter d’être simplement un acteur du stationnement. Il doit faire évoluer son modèle économique « pour saisir l’opportunité de transformation de la ville » en se positionnant sur une nouvelle chaîne de valeur structurée autour d’un besoin accru de surface logistique en ville, de l’adaptation de la filière automobile à l’électrique et de la cyclo-logistique du dernier kilomètre. Cette transformation est nécessaire même si elle implique de « modifier le positionnement, l’activité, voire l’ADN » d’Indigo.

L’ouverture à de nouveaux thèmes

Karen Azoulay explique qu’auparavant cette classe d’actifs était focalisée sur les énergies renouvelables et la production d’électricité verte mais que depuis peu, le financement infra s’était ouvert à de nouveaux thèmes. Les projets dans la mobilité décarbonée, le biogaz, le battery storage ou encore l’hydrogène vert attirent désormais l’attention des investisseurs, qui apprécient la possibilité d’accroître la diversification de leur portefeuille.

Alaric Audard a ensuite apporté son expertise sur le marché du financement en expliquant que la remontée des taux avait été de 2,5 % à 3 % sur les 12 derniers mois et que les spreads étaient également en croissance en raison des incertitudes macroéconomiques. Selon lui, il en résulte un impact fort sur les rendements des investisseurs equity, notamment pour les actifs les moins risqués, car le coût du financement est parfois supérieur au rendement des projets. L’évolution du marché du financement va affecter en premier lieu les sociétés les moins matures, qui développent des projets greenfield ou des technologies pas encore éprouvées.

Malgré la remontée des taux d’intérêt, Muriel Levi-Sitbon a confirmé que les financements bancaires étaient « pléthoriques » pour financer les actifs traditionnels infra comme les énergies renouvelables. Par ailleurs, en prenant l’exemple de deux projets, l’un pour le développement d’interconnecteurs sous-marins entre l’Irlande et la Grande-Bretagne et l’autre concernant le financement d’un parc de bornes de recharges électriques, elle a montré que des liquidités abondantes étaient aussi accessibles pour financer des projets infra plus risqués et plus innovants.

Les participants ont ensuite débattu autour de la prise en compte du risque politique ou juridique sur la classe d’actifs. En raison de sa dépendance au cadre réglementaire et juridique qui constitue, d’ailleurs, un élément différenciant, l’investissement infra est fortement soumis aux évolutions politiques et législatives. La diminution des tarifs régulés permettait de diminuer l’exposition des acteurs infra au risque politique. Cette diminution serait toutefois compensée par une hausse du risque de marché.

Karen Azoulay a conclu en mettant en avant le rôle fondamental des pouvoirs publics dans le financement des innovations liées à la transition énergétique, en prenant l’exemple de l’hydrogène vert. Selon elle, « le meilleur moyen de faire venir de l’argent privé, c’est de mettre en place un cadre réglementaire et politique stable à long terme pour attirer des investisseurs institutionnels ».

House of Finance Days : master 225, deux tables rondes
Le master 225 – Finance d’entreprise et Ingénierie financière a inauguré les House of Finance Days avec sa conférence du 6 mars 2023, qui s’articulait autour de deux tables rondes.
La seconde table ronde a traité le thème : « Financement infra : entre défis macroéconomiques et transitions, quelles perspectives pour une classe d’actifs en pleine mutation ? ». Elle a réuni Alaric Audard, gérant-Co-Head Europe Financement Infra chez Rothschild & Co, Karen Azoulay, responsable Actifs réels chez BNP Paribas AM, Muriel Levi-Sitbon, directrice EMEA Loan Syndication & Project Finance and Asset Backed Syndicate, et Xavier Heulin, directeur général adjoint chez Indigo Group.
Master 225 – Finance d’entreprise et Ingénierie financière
Fondé en 1981, le Master 225 – Finance d’entreprise et Ingénierie financière a formé plus de 1 400 étudiants à l’exercice des métiers de la finance à des niveaux élevés de responsabilités.
En s’appuyant sur une équipe pédagogique associant des professeurs reconnus dans leur spécialité et des professionnels renommés, le Master 225 offre une formation complète en finance d’entreprise. Ce diplôme prépare notamment aux métiers liés à l’ingénierie financière et aux opérations de haut de bilan, principalement exercés au sein des équipes de direction financière ou des banques d’investissement.