Aujourd’hui, les banques doivent s’appuyer sur un réseau interconnecté de hubs pour rester proches de leurs clients, accompagner des flux commerciaux transfrontaliers de plus en plus diversifiés et répondre avec agilité aux dynamiques régionales. Standard Chartered a vécu cette évolution de l’intérieur et mesure pleinement les bénéfices d’un tel écosystème mondial, non seulement pour la qualité du service apporté aux clients, mais aussi pour la résilience des institutions et du système financier dans son ensemble.
Vers une économie « remondialisée »
Une succession de chocs a profondément transformé, au cours de la dernière décennie, les corridors commerciaux et les chaînes d’approvisionnement mondiaux. Le Brexit a mis fin à la fluidité des échanges entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE). La pandémie de Covid-19 a révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement fonctionnant en flux tendu, provoquant une contraction de 3 % du PIB mondial en 2020. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a constitué un nouveau choc structurel : perturbation des flux de matières premières et de céréales, crise énergétique contraignant l’Europe à diversifier rapidement ses approvisionnements, accélération du découplage de certaines dépendances critiques. Plus récemment, les tensions commerciales et l’instabilité au Moyen-Orient ont ajouté de nouveaux facteurs d’incertitude, conduisant certaines entreprises à réorienter leurs flux.
Loin de provoquer une démondialisation, cette volatilité a favorisé un phénomène de « remondialisation » : une nouvelle phase d’échanges plus multidirectionnels, notamment entre l’Europe et les marchés émergents d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique. L’UE est aujourd’hui le premier partenaire commercial et investisseur de l’Afrique, avec des échanges bilatéraux en hausse d’environ 30 % en dix ans. L’Asie représente plus de 28 % des exportations européennes de biens et 40 % de ses importations, une part appelée à progresser à mesure que les entreprises renforcent la résilience géographique de leurs chaînes d’approvisionnement.
Un modèle adapté aux nouveaux équilibres mondiaux
Pour les banques internationales, la principale conséquence de cette évolution est l’émergence de hubs régionaux. Les clients recherchent des partenaires présents sur leurs marchés, capables de comprendre les réglementations locales, d’accéder à la liquidité et aux devises, et de mobiliser une expertise sectorielle approfondie.
Standard Chartered a toujours incarné ce modèle multi-hub. Dès sa création par fusion, en 1969, la Banque s’est appuyée sur plusieurs ancrages simultanés : Londres, Hong Kong et Singapour. Au fil des décennies, ce réseau s’est élargi, avec l’émergence de hubs comme New York, Dubaï, Francfort et Paris, chacun jouant aujourd’hui un rôle actif de développement commercial et d’exécution au service des clients.
En tant que responsable de la clientèle du cluster Europe, je constate très concrètement les avantages de ce modèle. Deuxième économie de la zone euro et l’une des plus diversifiées d’Europe, la France constitue un point d’ancrage naturel pour notre stratégie en Europe occidentale, avec une couverture étendue à l’Europe du Sud. Nous avons bénéficié du renforcement de l’écosystème financier français post-Brexit, de l’internationalisation croissante du vivier de talents à Paris et de l’évolution des ambitions des grandes entreprises françaises et sud-européennes que nous accompagnons à partir de Paris. Nos effectifs ont plus que doublé en trois ans et nos revenus commerciaux ont également progressé en parallèle. Cette croissance tient à la combinaison entre présence locale, expertise sectorielle et portée d’un réseau dont peu de banques disposent avec la même profondeur. Notre différenciation réside dans notre capacité à connecter nos clients à des corridors de croissance en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, où notre ancrage et notre connaissance des marchés constituent un avantage déterminant.
La puissance du modèle en réseau
La meilleure illustration réside dans les transactions rendues possibles par notre modèle. En février 2025, Standard Chartered a agi en tant que conseil financier exclusif de Scatec dans le cadre de la cession de ses actifs hydroélectriques en Afrique à TotalEnergies, portant sur une participation de 51 % dans une plateforme de 800 mégawatts. En apparence, un mandat de conseil. En pratique, une démonstration en grandeur réelle de notre réseau : développement commercial et expertise sectorielle à Paris, connaissance du marché africain de l’énergie et de son environnement réglementaire, capacité à structurer une transaction transfrontalière complexe reliant un vendeur européen à un acquéreur opérant sur plusieurs marchés émergents. Supprimez l’un de ces éléments et l’execution de la transaction en pâtira. Cette transaction illustre la valeur d’un réseau profond, associant ancrage local, expertise sectorielle, capacité d’exécution transfrontalière et connaissance fine des marchés européens comme émergents.
La volatilité macroéconomique devrait durablement structurer notre environnement. Le commerce multidirectionnel va continuer de se renforcer, accélérant la diversification des chaînes d’approvisionnement et des investissements. L’internationalisation du renminbi (RMB), la monnaie chinoise, progresse. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de plus de 120 économies et les banques disposant d’une connectivité au CIPS (China International payment System) et de capacités en RMB sur le terrain sont de mieux en mieux positionnées pour accompagner cette évolution. Le développement de GIFT City (Gujarat International Finance Tec-City) en Inde comme centre international de services financiers constitue un autre marqueur de cette transformation, susceptible de renforcer les flux de capitaux entre l’Europe et l’Asie du Sud. À ces reconfigurations géographiques s’ajoute la digitalisation croissante des flux financiers, qui accélère l’essor de nouveaux hubs et approfondit les interconnexions entre marchés.
La banque internationale à horizon cinq à dix ans
Dans les cinq à dix prochaines années, les banques internationales devront devenir de véritables « super-connecteurs » : des institutions capables de faciliter les flux de capitaux, de commerce et d’investissement à l’échelle mondiale, avec l’agilité nécessaire pour s’adapter lorsque les corridors évoluent et que les besoins des clients se transforment. Cette exigence suppose non seulement une présence géographique, mais la connaissance réglementaire locale, l’expertise sectorielle et les relations clients qui lui donnent un sens concret.
Celles qui investissent dès aujourd’hui dans la profondeur réelle de leur réseau seront les mieux positionnées lorsqu’un nouveau corridor émergera ou qu’une perturbation imposera de repenser une chaîne d’approvisionnement.
L’avenir de la banque appartient aux institutions présentes là où la croissance se construit, connectées aux corridors qui comptent et suffisamment proches de leurs clients pour évoluer avec eux dans un monde en transformation. C’est ce modèle que Standard Chartered a, avec agilité, construit au fil de sa longue histoire tout en l’innovant et l’adaptant.