Chaque année, la CLCV (Consommation, logement et cadre de vie) publie une enquête de référence sur les tarifs bancaires. Largement utilisé, ce palmarès sert à la fois de repère aux consommateurs pour choisir leur banque et aux établissements pour se situer par rapport à la concurrence.
La méthodologie de l’association de défense des consommateurs repose sur la construction de trois profils types de clients, qui correspondent à différents niveaux d’usage bancaire. Pour chaque profil, un ensemble de services courants (tenue de compte, carte, virements, etc.) est reconstitué afin d’estimer un coût annuel représentatif. Pour chaque banque, une comparaison est systématiquement réalisée entre les services à la carte et les offres groupées, afin d’identifier la solution la plus avantageuse.
Enfin, le classement est établi par département, ce qui permet de tenir compte des différences tarifaires locales. Ce dispositif offre ainsi une lecture simple et comparable du coût des services bancaires.
Le découvert, une situation courante
Si cette méthodologie permet de comparer efficacement les services bancaires du quotidien, certains usages pourtant fréquents, en particulier le recours au découvert, ne sont toutefois pas pris en compte. Selon l’étude Panorabanques, une part importante des Français est concernée : 45 % d’entre eux déclarent être à découvert au moins une fois dans l’année. Cela montre que le découvert ne constitue pas un cas exceptionnel, mais bien une situation courante dans la gestion des comptes.
En ne l’intégrant pas dans ses paniers, le classement CLCV ne prend donc pas en compte les frais associés à ces situations, comme les intérêts débiteurs, les commissions d’intervention, les minimums forfaitaires d’agios ou encore les frais de dépassement (frais facturés lorsque le client dépasse son autorisation de découvert). Cette absence peut conduire à une vision partielle du coût bancaire. Un établissement bien positionné sur les services courants peut ainsi apparaître plus avantageux qu’il ne l’est réellement pour un client ayant recours au découvert. Pour compléter cette approche, il convient d’intégrer le découvert dans l’analyse afin de mieux refléter les usages observés.
Comparaison de nos résultats avec l’étude Panorabanques
Une étude menée par Querya Partners à partir de données bancaires réelles issues de banques mutualistes a permis de recalculer plusieurs des indicateurs présentés dans l’étude Panorabanques. Les grandes tendances sont globalement similaires : le recours au découvert apparaît bien comme une pratique fréquente.
Mais dans le détail, des écarts apparaissent. Ainsi, Panorabanques indique qu’environ 18 % des Français sont à découvert une fois par mois, tandis que nos calculs conduisent plutôt à une estimation comprise entre 8 et 9 %. Des différences sont également observées en ce qui concerne les montants de découvert. Les découverts de moins de 100 euros apparaissent plus fréquents, alors que l’étude Panorabanques met davantage en avant des montants compris entre 100 euros et 300 euros.
Ces écarts tiennent notamment à la nature des données mobilisées : l’étude Panorabanques repose sur des déclarations de clients, tandis que notre analyse s’appuie sur des données bancaires effectivement observées.
Au-delà de ces comparaisons, l’exploitation de ces données nous permet également d’aller plus loin dans la compréhension des situations de découvert, en apportant un niveau de détail supplémentaire. Là où les résultats existants donnent une vision globale du recours au découvert, nous avons cherché à distinguer plus finement les différents cas de figure rencontrés par les clients. Parmi les clients en situation débitrice, 30 % ne disposent pas d’autorisation de découvert, 35 % la dépassent et 35 % la respectent.
Cette répartition montre que les comportements sont en réalité assez variés. Le découvert ne correspond pas à un usage unique : il peut être ponctuel et maîtrisé, mais aussi s’accompagner de dépassements, souvent plus coûteux pour les clients. Cette lecture plus détaillée permet ainsi de mieux comprendre la diversité des situations rencontrées et le poids potentiel des frais associés. Elle a directement servi de base à la construction de notre panier « 2 bis ».
Présentation du panier « 2 bis »
Dans la continuité des constats précédents, nous avons construit un panier alternatif, dit « 2 bis », afin d’intégrer le recours au découvert dans l’analyse des tarifications bancaires.
L’idée est de s’appuyer sur le profil moyen CLCV déjà existant, sans en modifier la structure, et d’y ajouter un scénario de découvert fondé sur les comportements observés. Les services bancaires, les volumes d’opérations et l’ensemble des usages restent donc identiques, ce qui permet de comparer directement les résultats avec le classement initial de la CLCV et d’isoler l’impact du découvert. Le scénario retenu correspond à un usage du découvert régulier mais ponctuel. Le client connaît 4 épisodes de découvert autorisé par an, pour un montant moyen de 223 euros et une durée de 10 jours par épisode, soit un total de 40 jours de découvert sur l’année.
Afin de se rapprocher au mieux des situations observées, ce scénario intègre également des épisodes de dépassement. Parmi ces quatre périodes de découvert, deux incluent un dépassement de l’autorisation. On considère ici un découvert autorisé de 300 euros, dépassé ponctuellement de 100 euros. Cela se traduit par un premier dépassement de 2 jours (avec deux opérations par jour), puis un second d’une journée, avec le même nombre d’opérations. Au total, ces situations représentent 3 jours de dépassement, inclus dans les 40 jours de découvert annuel.
Ce panier « 2 bis » vise à mieux refléter les frais effectivement supportés par les clients. Il permet d’intégrer non seulement les intérêts débiteurs (agios), mais aussi les minimums de perception, les commissions d’intervention liées aux dépassements, ainsi que les spécificités tarifaires propres à chaque établissement, comme les plafonds ou les conditions associées aux offres groupées. Les calculs sont réalisés à partir des grilles tarifaires des banques, en tenant compte des taux appliqués, des modalités de facturation et des éventuelles franchises. L’objectif est ainsi d’estimer au plus près le coût réel du découvert pour un profil moyen.
En intégrant ces éléments, le panier « 2 bis » propose une lecture plus fidèle des usages. Il permet de mieux refléter la fréquence du recours au découvert, le poids des frais associés dans le budget bancaire et, plus largement, les écarts de tarification entre établissements.
À partir du panier « 2 bis », nous avons établi un classement alternatif des établissements bancaires en intégrant les frais liés au découvert. Comme ce panier reprend le socle du profil 2 de la CLCV, la comparaison entre les deux classements peut se faire directement.
L’intégration du découvert modifie non seulement le niveau des coûts, mais aussi leur structure. Trois éléments ressortent particulièrement : le rôle des minimums d’agios, le poids des commissions d’intervention et les différences entre offres en package et services à la carte.
D’abord, les minimums d’agios jouent un rôle déterminant, souvent plus important que le calcul théorique des intérêts. Dans notre scénario, les agios calculés à partir des taux débiteurs, hors application des minimums forfaitaires, restent relativement faibles, autour de 4 à 5 euros. En revanche, une fois les minimums forfaitaires appliqués, le montant facturé augmente sensiblement dans plusieurs établissements.
Par exemple en Île-de-France, à la Caisse d’Épargne, un montant théorique de 4,69 euros est ainsi porté à 14 euros. On observe le même type d’écart au Crédit Mutuel ou à la Banque Populaire, où des agios d’environ 4,60 euros sont finalement facturés 12 euros.
À l’inverse, certaines banques comme BNP Paribas ou LCL restent proches du calcul réel, avec des montants facturés alignés sur les agios effectivement générés.
Ensuite, les commissions d’intervention constituent une part très importante du coût total. Dans notre scénario, les dépassements entraînent des frais qui s’accumulent rapidement à chaque opération. Dans la plupart des établissements, cela représente environ 48 euros, soit la majeure partie du coût du découvert.
Certaines banques appliquent toutefois des règles spécifiques permettant d’en limiter l’impact. Le Crédit Agricole, par exemple, limite le nombre de commissions d’intervention à une par jour, ce qui contribue à en réduire le montant total.
Par ailleurs, les écarts entre offres groupées de services et services à la carte jouent également un rôle important. Certaines offres groupées de services permettent de contenir ces frais, soit en réduisant les agios, soit en prenant en charge tout ou partie des commissions d’intervention. Dans le cas du Crédit Agricole, une commission d’intervention est également incluse dans les offres groupées, ce qui ramène le coût total de 20,94 euros à 12,94 euros. À l’inverse, dans d’autres banques, les offres groupées n’apportent pas de réel avantage sur le découvert, notamment lorsque les minimums d’agios continuent de s’appliquer.
Ainsi, le classement « 2 bis » montre que le coût du découvert dépend moins des taux affichés que des modalités de facturation propres à chaque établissement. Ce sont avant tout les minimums d’agios, les commissions d’intervention et le contenu des offres packagées qui font la différence entre les banques.
Enseignements à tirer du classement alternatif
L’analyse du classement alternatif permet de tirer plusieurs enseignements importants.
D’abord, elle confirme que le découvert n’est pas un élément marginal. Une fois intégré, il entraîne une hausse significative du coût des services bancaires pour l’ensemble des établissements. Cela montre que les frais liés au découvert pèsent concrètement dans le budget des clients et ne peuvent pas être ignorés dans une comparaison tarifaire.
Ensuite, l’intégration du découvert modifie la lecture du classement. Si certaines banques conservent une position relativement stable, d’autres voient leur place évoluer de manière plus marquée. Autrement dit, un établissement bien positionné dans un classement classique ne l’est pas nécessairement une fois les frais de découvert pris en compte.
Cette analyse met également en évidence des écarts de tarification plus importants entre les établissements. Les différences sur les agios, les commissions d’intervention ou les conditions associées aux offres deviennent déterminantes dans le coût final. Le découvert agit ainsi comme un révélateur des politiques tarifaires des banques.
Par ailleurs, les résultats confirment que les situations de découvert sont variées. Entre découvert autorisé, dépassement et incidents, les frais ne sont pas les mêmes et peuvent rapidement s’accumuler. Cela renforce l’idée qu’une approche uniquement fondée sur les services courants ne suffit pas à refléter la réalité des usages.
Enfin, ce classement alternatif montre l’intérêt de s’appuyer sur des données observées pour compléter les analyses existantes. En intégrant des comportements réels, il permet d’obtenir une vision plus concrète et plus complète du coût bancaire.
Finalement, ces résultats soulignent l’importance d’intégrer le découvert dans les comparaisons tarifaires. Sans cela, une partie significative du coût réel pour les clients reste invisible, ce qui peut conduire à une lecture incomplète des différences entre établissements.