Mutualisme

Cette certaine idée de la banque qui remonte avec les taux

Créé le

26.08.2022

-

Mis à jour le

07.09.2022

Le retour de l’inflation donne l’occasion
au mutualisme
de renouer avec
ses valeurs : des relations
plus proches, plus humaines, bienveillantes, avec le client, signant
une certaine forme
de retour à la normale.

La bataille du pouvoir d’achat est devenue centrale, brandie – presque d’une même main – par la grande distribution et les élus, décuplée par le retour de l’inflation. On parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître, avec, dès les années 1980, une inflation de 8 %, qui franchira une dernière fois les 3 % en 1991.

Aujourd’hui à presque 6 % d’inflation, il faut se rendre compte qu’il s’agit, là encore, de la fin d’une époque mais pas de la fin du monde. Et si, depuis 2009, les Français se sont accoutumés à emprunter un argent peu cher, le retour des taux d’intérêt est, à l’échelle des décennies, la normale. Bien entendu, il est tout sauf évident, pour qui s’apprête à emprunter, de subir du même coup la hausse des taux et celle des prix bancaires, en hausse au même titre que les autres prix. Cette situation conduit chacun à revoir son projet, à trouver les moyens d’augmenter son apport, ou la force de revoir son rêve à la baisse.

L’inflation pèse sur le pouvoir d’achat, la hausse des taux sur celui de se projeter. Le contexte de concurrence débridée entre banques et la situation ubuesque du plafond d’usure contraignent ces dernières à écarter les dossiers les moins robustes, ceux dont les marges sont écrasées voire négatives. Ce durcissement du marché pèse particulièrement sur les dossiers qu’apportent des courtiers spécialisés dans la recherche des taux les plus bas. Les dossiers les plus fragiles cumulent alors les handicaps, ça se complique pour celles et ceux qui sont « un peu juste » et comptent sur un clin d’œil du destin et la bienveillance de leur banquier pour que « ça passe ».

Un conseiller en chair et en os

La bienveillance : un concept et une valeur qu’il ne faut pas laisser galvauder ou emprunter par n’importe qui. La bienveillance, on a plus de chance de la trouver auprès d’un humain que d’un simulateur en ligne, auprès d’un conseiller en chair et en os plutôt que via le truchement d’un plateau téléphonique, dans la banque qui propose des fonds propres et des dépôts solides plutôt que dans celle qui devra s’endetter largement pour prêter et justifier son choix auprès d’actionnaires court-termistes.

J’en ai la conviction : les taux qui remontent sont l’occasion de replacer au cœur du jeu ce qui fait les valeurs du mutualisme, l’occasion, pourquoi pas, d’un retour à la normale. La proximité physique, le conseil non commissionné, l’accompagnement pérenne, le travail d’un humain qui s’attache à comprendre la singularité d’un autre humain. C’est sur ce socle qu’on pose le plus sûrement l’écoute et l’échange, la recherche patiente et inspirée des solutions, des arbitrages, des bons choix qui feront que le client retrouvera son pouvoir de se projeter dans des murs et une vie qui lui appartiendront. Ces taux qui grimpent font aussi remonter une certaine idée du métier de banquier...

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº871