Avec une multiplication par deux du nombre de leurs clients entre 2018 et 2020, selon les chiffres de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les néobanques ont fait leur place en France. La stratégie d’acquisition de banques mobiles et fintechs spécialisées par des groupes traditionnels démontre aussi la pertinence des produits disruptifs et des choix technologiques, avec des réussites potentielles (Shine, Joe, Floa) et malgré des échecs passés (Max, Fidor).
Depuis les années 2010, et plus encore depuis le Covid, les frontières entre banques nativement mobiles, en ligne ou traditionnelles tendent toutefois à s’estomper. Aujourd’hui, tous les réseaux ont une application. D’ailleurs, SG propose plus de services financiers depuis son application que Ma French Bank (filiale de La Banque Postale). Selon le classement annuel des banques D-rating, les applications des banques classiques et en ligne, comme Hello Bank ou Boursorama, seraient même plus performantes que celles des banques mobiles. En parallèle, ces dernières montent en gamme dans les produits proposés : Revolut renforce son offre avec du crédit à la consommation directement dans l’application depuis juin 2023 ; Green Got calibre encore son produit d’une assurance vie innovante, pour laquelle il y a une liste d’attente de plus de 3 000 personnes !
La première force des néobanques réside dans leur capacité à personnaliser l’expérience utilisateur, à placer le client et ses données au cœur du système d’information (SI) et des processus. Elles ne souffrent pas du poids d’un système « legacy SI ». Agilité, open banking, culture de la data et innovation technologique sont dans leur ADN. N26 et Revolut ont vite utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour prévenir la fraude et améliorer l’expérience client, en fournissant des recommandations adaptées à chaque client.
Dans le domaine des paiements, les technologies émergentes permettent d’accélérer les transactions et d’améliorer la sécurité par de nouvelles méthodes, telles que les paiements sans contact, l’instant payment ou les paiements par reconnaissance faciale. Après le rapide déploiement du cash back, des révolutions sont en germe chez les néobanques, comme le paiement par API sans passer par Visa ou Mastercard, ou en cryptomonnaie, ou encore le virement simplifié pour les professionnels et les PME.
Devenir une banque classique...
ou presque
Avec le ralentissement observé des levées de fonds et des prises de participation, les néobanques cherchent maintenant la rentabilité pour justifier la pertinence de leur modèle. Une des voies vers cette rentabilité consiste à devenir une ban0que « classique », pour augmenter le taux d’équipement des clients, capter les flux et l’épargne et devenir banque principale. Les faibles coûts de structure des néobanques permettent de conserver un avantage concurrentiel sur les prix. C’est le chemin pris par Revolut, confirmé par Antoine Le Nel lors du lancement du « Compte flexible ».
La condition sine qua non ? Se lancer dans un marathon réglementaire qui inclut la mise en conformité aux normes de sécurité et protection des données, la lutte contre le blanchiment et le terrorisme et les particularités réglementaires nationales. À chaque lancement de produit, les néobanques doivent, comme leurs concurrentes, s’adapter et investir un peu plus dans la maîtrise des risques tout en maintenant leurs engagements clients. Ainsi, si elle a le vent en poupe, N26 rencontre des difficultés. Le superviseur allemand (BaFin) a prolongé sa décision prise en 2021 de limiter l’acquisition de clients à 50 000 par mois, soit à sa capacité réelle de détection. Malgré ses efforts, elle présente encore des déficiences dans ses systèmes de prévention.
Devenir une banque classique, c’est aussi pouvoir rencontrer ses clients en « vrai ». Des solutions existent, à l’instar des agences mobiles « éphémères », concept inspiré des banques de réseau. Ainsi, pour s’adapter à la baisse de fréquentation des agences au Royaume-Uni, la Barclays utilise depuis début 2023 des pods, cabines semi-permanentes installées dans des lieux à forte densité de population, comme les centres commerciaux.
Banque de tribu : passage obligé ou positionnement pérenne ?
Certaines néobanques ont opté pour une approche ciblée, se construisant comme banques affinitaires sur des segments de niche. Ainsi, avant de s’orienter vers un modèle plus classique, Revolut s’est d’abord positionnée comme la banque des globe-trotters ; Pixpay est une néobanque pensée pour les adolescents ; Nickel se veut une banque « inclusive » et tournée vers les populations fragiles.
Cette personnalisation permet à ces néobanques de devenir la banque principale et fidéliser leur clientèle en répondant à des demandes et des besoins spécifiques. Ces clients sont prêts à payer un peu plus cher pour des produits d’épargne ou de crédit complexes dont l’identité fait écho à leurs valeurs et besoins. Dans un secteur qui a attiré ses premiers clients en offrant une carte de paiement et la tenue de compte, Helios et Green Got font un choix fort : la transition écologique nécessite de mettre la main au portefeuille et elles facturent mensuellement leurs comptes à leur client comme le ferait une banque de réseau. Nickel prouve depuis plusieurs années que la rentabilité est possible pour un modèle de banque de tribu et s’appuie sur cette réussite pour se transformer en banque universelle.
Cap sur la banque secondaire d’excellence
Les statistiques disponibles, dont celles de la Fédération bancaire française (FBF, actionnaire de La Revue Banque), confirment toutes la croissance de la multibancarisation, avec une part en hausse pour les banques en ligne et néobanques, pour atteindre 23 % des multibancarisés en 20201. Être une banque secondaire n’empêche pas d’atteindre la rentabilité, dès lors que les produits sont maîtrisés, facturés et les volumes importants.
Les néobanques ont construit initialement leurs offres sur des services bancaires du quotidien et y ont excellé. Les particuliers sont par ailleurs à la recherche de services non bancaires associés à des services bancaires pour leur vie de tous les jours. Le coaching de gestion de trésorerie ou bilan carbone sont disponibles dans les applications. Une néobanque pour les gamers aurait toute latitude pour devenir leur banque du quotidien, en leur permettant de bénéficier d’avantages en jeu et d’éviter les escroqueries fréquentes de ce milieu. Lydia se présente comme la banque idéale pour gérer des projets ponctuels en groupe, avec des produits d’épargne et d’investissement venant renforcer cette offre initiale. Ce type de néobanque n’aura pas vocation à faire du crédit long terme ou du placement réglementé. La rentabilité passe par la facturation des transactions, la mise en place de forfaits et l’adjonction de services non bancaires à forte marge.
Parler de banque mobile comme d’un modèle propre n’a plus de sens. Cependant la dénomination de néobanque correspond à présent à un degré de maturité, de taille ou de panel de services offerts par les jeunes banques. Cette jeunesse leur offre des possibilités liées à leur structure native en open banking, leur maîtrise de la data et leur agilité. Qu’elles soient intégrées ou non à un groupe, leur avenir repose sur leur identité de marque forte, leur attitude avant-gardiste sur le marché et bien sûr leur capacité à dégager de la rentabilité. Ces néobanques ont bouleversé le paysage bancaire français, quels seront les prochains vecteurs de changement ?