«A
ux frontières de l’assurance... » Ainsi s’intitulait la leçon inaugurale que je déclamais il y a un an, lorsque je fus nommé professeur titulaire de la Chaire d’assurance du CNAM. Pour n’être pas nouveau, ce thème nous interpelle avec toujours plus d’insistance : jusqu’où l’assurance peut-elle accompagner un monde dont les risques se transforment plus vite que ses modèles ? Les contributions rassemblées dans ce nouveau numéro des ENAss Papers ont en commun cette question qu’elles confrontent à différents risques : collectivités territoriales, PFAS, intelligence artificielle (IA), émeutes, câbles sous-marins.
Pour les collectivités territoriales, l’augmentation de la sinistralité révèle les limites d’un modèle de mutualisation que le risque émeute vient aggraver. Comment préserver la capacité collective à assurer lorsque l’événement peut produire, en un même lieu et au même moment, une accumulation exceptionnelle de dommages ?
Avec les PFAS, c’est une autre frontière qui vacille : celle du temps. La persistance de ces substances dans l’environnement interroge directement les mécanismes traditionnels de la responsabilité civile et la capacité de l’assurance à circonscrire un risque dont les effets peuvent se manifester longtemps après son exposition.
L’IA inverse, quant à elle, la perspective. Elle n’est pas seulement un risque nouveau que l’assurance doit apprendre à couvrir ; elle devient aussi un outil de transformation de l’assurance elle-même. L’utilisation de l’IA dans la gestion des sinistres corporels automobiles en livre une illustration particulièrement concrète.
Enfin, les câbles sous-marins nous rappellent que l’assurabilité ne se construit jamais dans un monde abstrait. Ces infrastructures essentielles se trouvent désormais au croisement de la technologie, de l’économie et de la géopolitique. Leur vulnérabilité pose ainsi une question qui dépasse largement la seule technique assurantielle.
Ces cinq regards nous montrent que l’assurabilité n’est jamais un acquis. Elle est une construction fragile, qui suppose de pouvoir identifier le risque, en comprendre les mécanismes, en mesurer les conséquences et organiser une mutualisation économiquement soutenable.
C’est cette réflexion que l’ENAss encourage, avec la conviction que la formation et la recherche doivent accompagner l’assurance là où ses certitudes sont mises à l’épreuve. Comprendre les nouveaux risques, c’est déjà préparer les réponses de demain. Car l’assurance n’a pas vocation à tout garantir mais à repousser, chaque fois que cela est possible, les frontières de l’assurable.
Enfin, je ne peux conclure cet éditorial sans mentionner deux articles rédigés par des enseignants et praticiens, l’un sur la titrisation des contrats d’assurance, l’autre sur les investissements dans le non-coté, ainsi que notre indispensable chronique réglementaire !
Pour rappel, toutes les publications des ENAss Papers sont accessibles en ligne sur le site internet de la bibliothèque de l’OURA (https://biblioura.eu).