Nous ne sommes pas sans savoir que le réchauffement climatique qui touche le pays entraîne des sinistres dramatiques. L’été 2022 en est malheureusement le parfait exemple. Les incendies qui ont frappé différents territoires, et principalement la Gironde et la Bretagne, ont été désastreux et non sans conséquence. Là encore, la prévention est au cœur des débats, car il a été prouvé que 90 % des départs de feu ont été occasionnés par l’homme (intentionnellement ou non). Les ressources pour lutter contre ces évènements commencent à s’affaiblir et agir pour faire face, dans un contexte de changement climatique, n’est plus une option.
Sur les cinquante dernières années, le nombre de catastrophes naturelles survenues dans le monde a été multiplié par cinq.
Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes mais surtout davantage intenses. Les épisodes de pluies extrêmes sont de plus en plus dévastateurs, notamment dans les régions méditerranéennes mais aussi en Asie, à l’image de celles ayant frappé le Pakistan pendant l’été 2022.
Tous ces changements ont des impacts sur l’évolution des cycles de l’eau, surtout sur les durées de période d’enneigement en moyenne montagne, qui diminuent et provoquent l’assèchement des sols. Ce phénomène entraîne des sécheresses plus fréquentes et plus intenses.
Le coût des sinistres et dommages reflète l’intensité avec laquelle un territoire est touché. En Europe, le coût des catastrophes naturelles a augmenté de 24 % en 2021 par rapport à l’année précédente.
Si on se projette en 2050, le coût des catastrophes naturelles pourrait augmenter de 50 % en moyenne, en raison de l’évolution de l’intensité et de la fréquence des évènements naturels.
Cette augmentation peut également s’expliquer par la concentration des populations sur les zones à risques, ainsi que par l’élévation du niveau des mers.
De nombreuses études suggèrent que certains territoires seraient plus exposés aux risques naturels, du fait du changement climatique et de leur dynamique démographique. Cela signifie qu’il y aura une évolution notoire des zones à risques.
Les résultats de ces études permettent d’affiner les politiques de prévention sur les territoires à risques, mais également sur les autres, qui pourraient à leur tour devenir des zones risquées.
Les nouvelles politiques de prévention doivent prendre en considération la concentration des populations dans ces zones à risques, afin que l’avenir des régimes d’assurance des catastrophes naturelles soit pérenne.
Si ces constats ne sont pas pris en compte, les ratios sinistres à primes des assureurs pourraient augmenter au minimum de 50 % d’ici 2050, ce qui représente une augmentation annuelle moyenne de 1,5 %.
Garant de l’indemnisation de la remise en état des biens situés sur le territoire français, l’assurance se doit de pouvoir continuer à répondre à ses engagements.
Les exigences de fonds propres et de provisions techniques qu’impose la réglementation Solvabilité 2 se voient de plus en plus renforcées afin de garantir la viabilité du système. Ici, l’impact est double : on retrouve des répercussions directes sur les assurés, mais aussi sur les assureurs.
Ces répercussions amènent les assureurs à s’interroger sur l’assurabilité de certains risques comme la sécheresse par exemple.
Afin de prévenir au mieux les risques de catastrophes naturelles, et d’informer les populations, les plans de prévention des risques naturels (PPRN) sont obligatoires dans les communes françaises, selon le Code de l’environnement depuis 1995. Les PPRN sont financés à 100 % par le FPRNM (Fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit « Fonds Barnier »). Ils interviennent en amont des catastrophes naturelles, en finançant la prévention.
Il existe des PPRN pour chaque nature de risque : inondation, érosion du littoral, séisme, et mouvement de terrain. Les programmes d’actions de prévention des inondations(PAPI) concernent la prévention des inondations et des submersions marines.
Ils sont portés par les collectivités territoriales et font partie d’un partenariat contractuel avec l’État. Ils permettent une gestion intégrée des risques d’inondation pour réduire les dommages qu’elles peuvent causer.
Les actions se forment autour de sept points :
– la connaissance/culture du risque ;
– la surveillance et la prévention ;
– l’alerte et la gestion de crise ;
– la réduction de la vulnérabilité des biens/personnes ;
– la prise en compte du risque dans l’urbanisme ;
– la gestion des ouvrages de protection hydraulique ;
– le ralentissement des écoulements.
Le plan communal de sauvegarde (PCS) est obligatoire depuis 2004 pour les communes ayant un plan de prévention des risques (PPR). Il regroupe les documents de compétences communales qui contribuent à l’information préventive, comme le document d’information communal des populations sur les risques majeurs (DICRIM). Il est à destination des habitants et énonce les mesures de prévention à appliquer en cas de catastrophes naturelles. Son but principal est d’inculquer une conscience d’exposition aux risques pour les habitants. Le PCS doit être élaboré par le maire.
Bien qu’obligatoire, toutes les communes de France ne sont pas dotées de PPRN. En effet, seulement 14 144 communes sur 34 965 en sont pourvues. Cependant, 67 % des communes françaises sont au moins équipées d’un dispositif de prévention, que ce soit PPRN, PCS, DICRIM ou PAPI.
Les assureurs disposent désormais d’un large panel d’outils et de moyens leur permettant de jouer un rôle clé dans la prévention des risques naturels.
Le big data a révolutionné le mode d’analyse des données collectées mais également la gestion de la relation clients. Certains acteurs du milieu assurantiel se servent déjà de leurs données clients pour alerter et prévenir certains risques (via des courriers électroniques ou des messages).
Cependant, et afin de voir réellement l’impact de cette pratique, nous pourrions imaginer un « guide de bonnes pratiques » commun à tous les assureurs. En généralisant et harmonisant les bonnes pratiques de prévention, le coût des dommages matériel et les bilans humains pourraient nettement diminuer.
Les avancées scientifiques et technologiques en matière de géologie permettent, elles aussi, d’anticiper, et de se préparer aux risques de catastrophes naturelles. Il est désormais du devoir de chaque partie prenante d’en faire bon usage, afin de faire apparaître un réel impact sur la diminution de l’intensité des catastrophes naturelles.
L’ONU a réalisé une étude sur un échantillon de 2 999 personnes qui montre que, sur l’ensemble du panel interrogé, 93 % reconnaissent que les risques naturels sont importants.
Il y a une réelle conscience du risque et les répondants pensent majoritairement que les risques naturels ne vont aller qu’en s’aggravant. Cependant, on constate un paradoxe entre le niveau de connaissance des risques naturels que pensent avoir les Français (du fait de l’information dont ils disposent), et les bonnes pratiques à adopter pour affronter ces risques. En effet, 61 % des Français interrogés ont le sentiment d’être mal informés sur les dispositifs visant à les protéger en cas de risques naturels.
Le manque de préparation et de prévention des Français a un impact sur la gestion des risques naturels. Bien souvent, les réactions spontanées (car pas préparées) peuvent engendrer des comportements inadaptés et aggraver une situation déjà dangereuse. La prévention passe par la sensibilisation afin de créer une culture du risque solide pour limiter l’impact des catastrophes naturelles.
La prévention est primordiale pour contenir le plus possible les risques liés aux événements climatiques extrêmes. Seulement elle ne se suffit pas à elle-même et ne réduit pas à ce jour drastiquement le coût des sinistres.
Afin de l’optimiser, certaines procédures et règles devraient être communes à tous, afin d’harmoniser les pratiques, et en voir les conséquences sur le territoire français. De même, la formation et l’anticipation des risques pourraient être des moyens qui apporteraient de réels résultats. Ne pas attendre que le risque se réalise pour mettre en place des mesures de prévention, là est le noyau central du sujet.
Afin que les mesures de prévention prennent tout leur sens, il est souhaitable que chaque commune formalise des mesures de prévention, teste par le biais d’exercices visant à sensibiliser et à anticiper les comportements de tous, revienne sur ces mesures pour les améliorer et, enfin, les applique en cas de réalisation du risque.
Le PCS et les PPRN doivent être des documents vivants. Réaliser des retours d’expérience et réajuster au besoin sont nécessaires pour appréhender au mieux les risques naturels lorsqu’ils se produisent. S’il était appliqué à toutes les communes, ce schéma de prévention pourrait réduire les coûts et les dommages liés aux catastrophes naturelles, tout en préservant la vie des citoyens.
La fréquence des sinistres s’obtient en calculant le rapport entre le nombre de sinistres sur une année et le nombre de risques. La fréquence des sinistres est directement liée à l’aléa, qui lui, est difficilement prévisible. On pourrait donc en déduire qu’aucun moyen technique de prévention ne peut réduire la fréquence d’un aléa naturel. L’aléa naturel se définit comme « un événement ayant pour origine un phénomène naturel, en opposition avec un événement qui fait suite à une action humaine ».
Cependant, nous avons vu que la fréquence des sinistres s’intensifiait en raison du réchauffement climatique, qui lui, est causé en partie par les comportements humains. Ainsi, accentuer la prévention sur les conséquences des comportements humains affectant le réchauffement climatique pourrait avoir un impact sur la fréquence.
En revanche, plusieurs éléments nous permettent d’affirmer que la prévention a des conséquences favorables sur l’intensité des sinistres.
À titre d’exemple, en 2008, l’ouragan Ike dévastait les villes texanes de Gilchrist et Galveston. En 2005, un précédent ouragan avait touché les mêmes secteurs. Afin de ne pas tout perdre à nouveau, un habitant a décidé d’édifier sa maison sur un terrain surélevé en faisant appel à des techniques de construction permettant de faire face à des vitesses de vent allant jusqu’à plus de 200 km/h. Il s’agit de la seule maison de la localité qui a résisté à Ike, et ceci grâce aux mesures de prévention prises après un précédent évènement et qui ont donc permis de réduire l’intensité du risque, et par conséquent, les dommages subis.
Le manque de communication sur les bonnes pratiques et sur les dispositifs existants n’aide pas les Français à adopter les bonnes pratiques et à instaurer une culture du risque.
Le manque de contrôle des pouvoirs publics peut parfois apparaître comme une limite à l’efficacité de la prévention. Si nous reprenons l’exemple de la tempête Xynthia, la responsabilité de plusieurs parties prenantes a été engagée, et notamment celle de l’État pour défaut d’approbation du plan de prévention des risques d’inondation. En effet, l’État joue un rôle de contrôle et se doit de vérifier et valider les mesures de prévention mises en place par les communes.
Bien que ce soit à la commune de proposer des solutions de prévention, c’est au préfet de les valider, et à l’État de s’assurer que les dispositions sont bien appliquées et respectées par les communes françaises.
Certains dommages pourraient être évités si les moyens de prévention étaient adaptés à l’exposition au risque des communes et ainsi certaines vies auraient également pu être épargnées.
Identifier et quantifier le risque naturel est une mission primordiale, afin d’adapter au mieux les politiques de prévention.
Les leviers que sont la prévention et la création d’une culture d’appréhension des risques naturels, permettraient de pérenniser le régime de couverture des risques liés aux catastrophes naturelles. À ce jour, plusieurs moyens de prévention sont à la disposition des communes mais il manque cependant des procédures, et la marche à suivre afin de bénéficier réellement de ses effets.
Le manque de culture du risque des populations est un réel frein au déploiement de politiques de prévention qui restent inachevées en France.
Actuellement, la prévention n’a pas d’impact direct sur la totalité du territoire français, car elle n’est pas assez harmonisée et déployée. Cependant, elle a un réel impact sur l’intensité des sinistres et elle limite toutefois les dommages et le nombre de victimes.
La fréquence, elle, ne se voit pas impactée par la prévention, car l’aléa est par définition imprévisible.
Afin d’arriver à un bénéfice d’une meilleure occupation des sols et d’une qualité de construction, doit-on en arriver à protéger les finances publiques en responsabilisant les propriétaires via de l’antisélection à la souscription d’assurance dommage ? Cela serait contraire à la logique de mutualisation des risques. On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt de généraliser cette procédure en vue de contribuer à la sauvegarde du régime d’assurance des catastrophes naturelles ?
Le changement climatique pousse le régime et les assureurs à réfléchir à de nouveaux moyens pour faire face aux risques naturels. La prévention a un réel intérêt dans la gestion de ces risques, mais ne pourra pas tout résoudre. La titrisation des risques liés à la survenance de catastrophes naturelles, qui n’est pas indispensable pour le moment en France, pourrait être amenée à le devenir afin de répondre aux exigences de solvabilité toujours plus importante face à ces risques d’ampleur.