Assurance inclusive au Cameroun :
valorisation d’un nouveau business model assurantiel

Créé le

11.03.2024

-

Mis à jour le

25.03.2024

Avec un taux de pénétration de l’assurance avoisinant les 1 %, le système d’assurance classique semble avoir échoué au Cameroun. Paradoxalement, l’assurance informelle offre des possibilités, mais qui sont encore à ce jour assez restrictives. Elles peuvent néanmoins constituer le terreau d’une expansion de l’assurance et d’une meilleure couverture des personnes.

7,1 % ! Tel est le pourcentage de personnes qui bénéficient d’une protection sociale au Cameroun. Ce chiffre tombe à 0,9 % pour ce qui est du taux de pénétration de l’assurance en 2021 (niveau de couverture en assurance de la population). Ce dernier taux est principalement constitué par les fonctionnaires, qui bénéficient automatiquement d’une couverture sociale. Le premier constat mis en lumière par ces éléments est que l’assurance a échoué.

Pour autant, il n’y a pas moins de risques au Cameroun qu’en France ou que dans le reste du monde. L’assurance classique ne serait-elle réservée qu’à une élite ? Ou bien y aurait-il un créneau inexploité jusqu’à présent, pour des raisons tenant notamment à la frilosité des assureurs ? Cet article aura pour objectif de répondre à ces questions pour en venir à la conclusion que, bien au contraire, l’assurance est on ne peut plus légitime et nécessaire. Elle devra veiller à composer avec l’évolution sociodémographique, le développement des nouvelles technologies, le développement de la solidarité qui transcende un peu la famille élargie et qui permet une plus grande mutualisation. L’ancrage de l’assurance classique pourra également être envisagé à travers le développement d’une offre assurance funérailles correspondant à l’une des attentes majeures de la population.

Paradoxalement, l’assurance informelle offre des possibilités, mais qui sont encore à ce jour assez restrictives. Elles peuvent néanmoins constituer le terreau d’une expansion de l’assurance et d’une meilleure couverture des personnes.

En 2021, le continent africain a vu son PIB augmenter de 3,4 % et ses primes évoluer de 19,9 %. Malgré ces chiffres, les 54 États d’Afrique ne détiennent que 1,5 % du marché mondial de l’assurance. L’Afrique du Sud, première puissance économique du continent, domine le secteur grâce à l’utilisation des outils digitaux.

On peut d’ores et déjà entrevoir un lien entre l’importance économique et l’importance assurantielle. L’assurance pourrait être perçue comme un produit de luxe auprès des populations qui se tournent alors naturellement vers l’auto-assurance (celle-ci offre cependant une protection édulcorée) ou optent pour une absence de protection. C’est en ce sens qu’il est nécessaire que l’assurance soit à la portée de tous.

Depuis les années 2000, le Cameroun conserve son développement économique (croissance économique, émergence d’une classe moyenne, jeunesse démographique). Sans surprise, le Cameroun occupe le troisième rang de la zone CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés de l’assurance). Cependant, selon la note de décembre 2020 de l’institut Nationale de la Statistique (INS), l’économie informelle représente, en 2016, 42 % de la richesse créée (évoluant de plus de quatre points par rapport à 2005). Le Cameroun ne présente pas de réelle culture assurantielle, malgré sa réputation de terre de formation de l’élite africaine de l’assurance – il accueille l’Institut international d’assurance (IIA). Même les assurances obligatoires comme l’assurance automobile ne couvrent que 50 % des détenteurs de véhicules. Nous allons nous efforcer de comprendre comment ce manque d’adhésion trouve sa source dans l’informalité.

L’assurance informelle : un système empirique de solidarité qui fait de l’ombre à l’assurance classique

L’assurance informelle est un système de solidarité empirique qui fonctionne en marge de l’assurance traditionnelle. Ce concept a été formulé par l’anthropologue économiste britannique Keith Hart dans les années 1970, alors qu’il étudiait les économies en développement en Afrique. Il a observé que de nombreuses activités économiques se déroulaient sans encadrement institutionnel (droit du travail, droit social, droit fiscal), échappant ainsi à la régulation légale.

Jusqu’à présent l’informalité affiche une croissance rapide que l’on peut qualifier de désinvolte tant elle se soustrait à toutes réglementations. En raison de la méfiance croissante envers la capacité de l’État à les protéger, les populations se tournent vers des microstructures informelles qui leur sont familières (famille, amis...), et s’organisent autour de tontines, d’associations, de groupes d’entraide. Pourquoi les habitants accordent-ils un très haut degré de confiance à une structure informelle ? Les produits qu’elle propose sont perçus comme accessibles, flexibles et répondent directement à leurs besoins mal couverts par les assureurs traditionnels. C’est ainsi que la couverture informelle représente principalement une avance de fonds visant à couvrir divers frais : de santé (généralement pour des états de fragilité avancés), de cérémonies, de rapatriement, de scolarité, ou d’entrepreneuriat individuel. Aussi au Cameroun, pays à revenu intermédiaire avec 28,64 millions habitants en 2023, le secteur informel joue un rôle d’amortisseur social en offrant un revenu aux citoyens vulnérables. Cependant son rayonnement a un impact négatif sur le développement économique et social du pays et nuit à l’essor de l’assurance classique.

L’assurance informelle se présente comme l’organe central des réseaux. La parole a valeur de contrat : un contrat qui ne va pas se fixer de limite géographique. L’assurance classique ne peut assurer ce type de distribution. En effet, étendre son réseau d’assureurs (en particulier en utilisant un réseau d’assureurs formés à l’IIA de Yaoundé, sachant qu’un niveau X est rémunéré à 333 000 francs CFA, soit 507 euros) coûterait tellement cher par rapport aux avantages potentiels, que cela ne serait pas viable d’un point de vue financier. L’assurance informelle repose sur la confiance des habitants et est ancrée dans la culture empirique de l’entraide et de la solidarité. Avec la migration au sein du pays, cette solidarité s’est matérialisée sous forme de tontine, de groupes d’entraides, d’associations et a évolué vers un système de capitalisation avec des notions de thésaurisation (les avances de fonds sont à présent soumises à des taux d’intérêt définis par les membres). Les populations connaissent moins l’assurance classique, importée en Afrique durant la colonisation, en raison du manque d’information et de sensibilisation à ses avantages (très peu de publicité dans les médias, de communication des assurances sur leurs produits...). Sur un autre registre, les populations vulnérables ont du mal à comprendre la gestion des risques et se tournent souvent vers la rétention du risque, la non-assurance ou l’auto assurance en raison de leur faible capacité financière (PIB par habitant au Cameroun en 2021 de 1 667 dollars et 43 659 dollars pour la même année en France).

Selon le rapport de l’OIT de 2017 l’informalité représente 90 % des activités économiques touchant à la fois le secteur privé et public. Le pays doit donc prendre en compte cette réalité. Une option envisageable serait d’intégrer l’informalité dans le cadre réglementaire du code CIMA, bien que cela soit fastidieux, car l’informel est par nature difficile à contrôler. Une régulation plus légère pourrait être une solution, mais il faudrait éviter que les assureurs traditionnels ne cherchent à en profiter.

Le poids de l’informalité s’explique également par trois principaux facteurs

Il y a tout d’abord une opacité dans l’offre d’assurance et dans sa tarification. Les gens se demandent comment ils peuvent adhérer à une assurance et s’ils devraient renoncer à une partie de leurs modestes revenus pour cela, surtout s’ils ne comprennent pas vraiment l’utilité de cette démarche. Cette opacité crée une barrière tarifaire, car les offres d’assurance semblent souvent inadaptées aux besoins des individus, ce qui alimente la méfiance des populations.

De plus, les assureurs ont du mal à appréhender le risque et à le tarifer de manière adéquate en raison du manque de fiabilité des données fournies par les clients. Les assureurs sont également confrontés au manque de responsabilisation des assurés, ce qui entraîne une augmentation des sinistres et affecte leur rentabilité.

En outre, la fraude et la corruption sont des problèmes persistants, malgré les dispositifs de contrôle en place, ce qui augmente le risque pour les assureurs et se traduit par des tarifs d’assurance plus élevés pour les clients, décourageant ainsi davantage de personnes à souscrire une assurance.

Développer l’assurance pour optimiser la protection des populations

Nonobstant le rayonnement de l’informalité, on peut se questionner sur le fait que ce système s’apparente à une protection édulcorée. En effet, ses limites se reflètent dans son inefficacité en cas de choc majeur et dans son manque de vision prospective. L’assurance traditionnelle doit compléter cette approche informelle pour offrir une protection globale et optimale. Faire appel à l’Assurance classique est donc une nécessité pour le Cameroun surtout au regard de la lenteur qu’elle accuse dans son développement et qui impacte la croissance économique du pays. En effet, en 2020, le secteur de l’assurance au Cameroun était composé de 28 sociétés agréées qui ont dégagé un résultat net de 5,15 milliards de FCFA (soit 762,279 millions d’euros). Il y a de nombreuses opportunités d’amélioration en termes de gestion pour augmenter les résultats financiers. Les petits acteurs du marché pourraient notamment mutualiser leurs activités pour réduire leurs coûts et devenir plus compétitifs. D’autant plus que le ratio de pénétration de l’assurance au Cameroun est bien en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE, ce qui souligne le besoin de développer davantage ce secteur.

De plus, selon la revue d’économie financière on peut noter que les produits ne sont pas adaptés à une part importante de la population et certains assureurs se contentent des seules niches d’assurances classiques obligatoires. Il est donc primordial d’identifier clairement ces freins structurels afin d’appréhender les moyens de les surmonter pour étendre l’accès à l’assurance.

Les stratégies pour renforcer le
secteur

L’assurance joue un rôle essentiel en tant qu’investisseur institutionnel, contribuant au développement économique et à la stabilité du pays. Afin d’optimiser la gestion du secteur, une partie de ces risques pourrait être transférée aux réassureurs locaux pour la gestion des produits locaux et des réassureurs internationaux pour permettre une diversification plus efficace. Cela contribuerait à atténuer l’impact des catastrophes et des événements imprévus, grâce à la solvabilité des réassureurs et la fiabilité des engagements des assureurs qui paieront quand le sinistre couvert se réalisera. Une démarche qui s’inscrit dans la logique de l’amendement du Code CIMA de 2016 et vise à aligner les normes locales sur les standards internationaux, en renforçant les ratios prudentiels et en augmentant le capital social des assureurs (en multipliant par cinq le capital social des assureurs).

Rappelons que le développement de l’assurance stimule la croissance économique en mobilisant des ressources financières à long terme. Cela renforce la confiance des investisseurs nationaux et étrangers, et favorise le développement du marché financier. L’existence d’un secteur de l’assurance solide favorise également la confiance des investisseurs nationaux et étrangers, ce qui peut attirer des investissements directs étrangers et favoriser le développement du marché financier et de la place financière. L’enjeu est de taille pour les pays de la CEMAC dans la mesure où les investisseurs internationaux à la recherche d’un couple rendement/risques attrayant, ont à présent les yeux tournés vers l’Afrique Centrale, qui offre entre autres des rendements obligataires élevés. Par ailleurs, pour accompagner la croissance économique et les évolutions qui s’opèrent en son sein, le pays a besoin de l’assurance, car elle favorise la prise de risque qui contribue à la croissance des sociétés d’assurance. Le Cameroun a des projets de développement qui nécessitent un renforcement de l’assurance, ce qui pourrait renforcer la crédibilité de la BEAC et inciter les investissements privés.

Le secteur formel offre des gages de solvabilité, de qualification du personnel, de fiabilité et de viabilité des produits, qui découlent d’un cadre réglementaire. Mais dans le même temps, l’assurance classique au Cameroun souffre des frais de gestions déraisonnables qui retardent le règlement des sinistres et sacrifie la qualité de service. Elle doit veiller à optimiser la gouvernance de ces postes pour offrir une tarification compétitive et une meilleure qualité de service. Enfin, l’intégration des enjeux de responsabilité sociale des entreprises (RSE) peut contribuer à résoudre des problématiques sociales et renforcer l’utilité sociale du secteur de l’assurance.

Néanmoins, pour parvenir à se développer, l’assurance classique ainsi que son mode de diffusion doit être « tropicalisée », c’est-à-dire être en adéquation avec la demande locale.

Une approche axée sur la confiance, la collaboration avec des référents de probité et l’utilisation de canaux de distribution innovants

L’absence de confiance entre les assurés, les populations et les assureurs est souvent un obstacle dans le domaine de l’assurance. Il peut être résolu grâce à des partenariats avec des référents de probité tels que les institutions religieuses, les associations de ressortissants... Ces partenariats peuvent apporter un crédit de confiance, ouvrant ainsi la voie au développement de nouveaux produits et à l’amélioration du positionnement des assureurs sur le marché. Ces partenariats intermédiaires auront la capacité d’atteindre de vastes populations pour sensibiliser à l’importance de l’assurance et à la culture assurantielle. Un exemple concret est une institution religieuse de Yaoundé qui, comptant 2 000 paroissiens, avait précédemment recours à la solidarité de ces dévots pour gérer les sinistres funéraires. Elle pourrait désormais proposer un fonds collectif avec des garanties individuelles via un contrat cadre pour couvrir ces frais, devenant ainsi le souscripteur unique. Les primes seraient tarifées en fonction de la segmentation du portefeuille, avec un capital moyen de 2000 FCFA sur une communauté de 2000 membres et une fréquence d’un décès par mois. En tant que référent de probité, cette institution gagnerait la confiance de ses fidèles et pourrait offrir des sessions de sensibilisation à l’assurance pour une meilleure compréhension de l’offre. Cette approche de référent de probité, adaptable selon des segments communautaires, renforcerait la confiance tant des assurés que des assureurs.

De plus, il est crucial d’exploiter des canaux de distribution innovants, en particulier en tirant profit des évolutions technologiques. Avec un taux de couverture de 93 % au Cameroun, le téléphone portable est un moyen puissant de diffuser l’assurance. La jeunesse de la population camerounaise, âgée de 15 à 50 ans et représentant 50 % de la population active, est également très active sur les médias numériques. Les téléphones portables peuvent donc faciliter la distribution de produits d’assurance diversifiés ainsi qu’un marketing différent tout en permettant une approche data. L’adoption des nouvelles technologies encourage le développement de partenariats avec d’autres secteurs, notamment via le développement d’applications telles qu’Orange Money pour le paiement de primes d’assurance. Cela aura un impact positif sur l’économie globale et favorisera la croissance et l’innovation dans le secteur de l’assurance.

Révolutionner l’approche culturelle de l’assurance

Ce qui est inhérent à l’assurance inclusive c’est la protection de l’individu, tout au long de sa vie et au-delà, en prenant en compte ses ayants droit. L’assurance doit arc-bouter sa croissance sur des produits d’appels qui répondent aux principales préoccupations locales. Cela implique une transformation fondamentale de l’approche traditionnelle de l’assurance. En considérant dans un premier temps que la perception du besoin en assurance n’est pas la même qu’en Europe. Cela signifie qu’il ne faut pas simplement se concentrer sur l’assurance santé car « l’arbre ne doit pas cacher la forêt ».

C’est ainsi qu’au Cameroun, les obsèques sont considérées comme la célébration de la vie et les frais s’y rapportant sont colossaux (2 000 euros en moyenne pour un salaire mensuel moyen estimé en 2019 de 114 €). Les cérémonies de funérailles s’étalent sur plusieurs jours, voire semaines selon le statut du défunt (chef de village, notable...). Jusqu’à présent pour constituer la collecte relative à ces grands événements, la constitution des fonds se fait via la communauté. Une quête est lancée et on définit des tranches de participation par catégories socioprofessionnelles de personnes. Le coût des obsèques est conséquent car il compte plusieurs rubriques de prestation (cercueil, caveau, habillement, morgue, restauration, logistique, animation...). L’assurance funérailles pourrait faciliter la constitution d’un capital dédié au financement. Il s’agit donc de valoriser auprès des assurés la contribution de cette protection pour optimiser la préparation des funérailles via une prime qui s’appuie sur les bases de l’assurance inclusive. Cette offre funérailles devra être complétée par des garanties complémentaires pour étendre le niveau de couverture notamment en protégeant le conjoint survivant et les orphelins grâce à des rentes. L’objectif est de maintenir le niveau de vie après le décès du pourvoyeur économique de la famille. Ainsi, les obsèques doivent s’envisager avant la santé car les populations les célèbrent en priorité. Toutefois, l’assurance santé reste également une priorité dans un pays où l’espérance de vie n’atteint pas 60 ans.

Révolutionner l’approche culturelle sous-entend donc de repenser le modèle commercial en tenant compte des risques liés à l’informalité (risque de suspicion, de détournement). Cela consisterait à encadrer le secteur informel en le considérant comme un réseau de distribution pouvant s’arrimer au secteur formel. Les assureurs et les réassureurs auraient un rôle essentiel dans le contrôle de ce secteur moyennant des prérequis définis par le marché et une surveillance renforcée de la solvabilité des acteurs. L’État pourrait encourager la démarche via des aides et des subventions. Les coûts administratifs du secteur informel seront bien évidemment à ne pas négliger.

Une offre structurée et adaptée reposant sur une segmentation affinée

Afin de répondre aux besoins d’une communauté donnée, la discrimination positive est ici essentielle pour établir des cercles de mutualisation clairs et garantir la viabilité des contrats.

Plusieurs critères de segmentation sont envisageables. Des critères sociaux-démographiques, socioprofessionnels, de revenus et surtout des critères communautaires afin de surmonter la crise de confiance entre différentes coteries. Cette segmentation permettrait de créer des groupes de mutualité s’appuyant sur des institutions de probité qu’elles soient ethniques, professionnelles ou religieuses. L’objectif de cette offre collective est de garantir un rapport qualité-prix en réparant les sinistres des membres partageant les mêmes valeurs, tout en s’appuyant sur le principe de la loi de grands nombres pour mutualiser les fonds. Les référents de probité joueraient un rôle clé en choisissant des compagnies d’assurance crédibles pour tarifer et couvrir les risques. Une offre hybride qui serait proposée à travers un fonds collectif, avec une couverture individuelle. En offrant à la fois une prévoyance et un volet épargne, cette approche hybride visera à fidéliser la clientèle. Cela permettrait aux clients de voir la valeur de leur cotisation et développer une culture de l’assurance et du risque par le biais de l’épargne, sous réserve que le marché financier et l’économie du pays offrent un cadre sécuritaire pour les provisions.

L’assurance au Cameroun peut jouer un rôle dans le financement de projets structurants, grâce à la capitalisation à long terme sur des obligations stables et fiables. Cela peut concerner les obligations souveraines camerounaises qui sont très plébiscitées, la rémunération du coupon étant très attractive. À titre d’exemple, le dernier taux servi en mai 2023 était rémunéré à 6,5 % sur sept ans. Le marché financier camerounais est certes considéré comme étroit mais une notation de Fitch à BB+ indique qu’il peut encore emprunter sur les marchés financiers. Enfin, l’assurance pourrait également se substituer aux garants institutionnels dans le cadre d’emprunts via une assurance décès.

En somme, cette proposition vise à sensibiliser sur un modèle d’assurance basé sur la confiance, à l’étendre sur d’autres branches d’assurance et à l’ensemble de la population camerounaise.

La formalisation joue un rôle crucial dans le développement d’un cadre propice à la restauration de la confiance et à l’augmentation du taux de pénétration de l’assurance. Elle est fondamentale pour la pérennisation d’un système innovant, ainsi que pour la sensibilisation et l’accompagnement continu. Cela sous-entend une régulation qui intègre également le secteur informel, avec la responsabilité de surveillance partagée entre les assureurs, les réassureurs et des critères préalables qui conditionnent le financement du secteur informel.

Il s’agit d’un processus d’assainissement du secteur qui contribuera à rétablir la confiance, un élément clé pour pénétrer le marché. Il reposera sur la capacité de mutualisation du secteur informel, l’expertise des réassureurs, ainsi que le rôle de l’État en tant que régulateur, en dernier ressort. Les assureurs doivent s’efforcer de gagner la confiance des clients et prospects en répondant à leurs interrogations et objections (coût des primes, qualité de prestation). Les assureurs doivent offrir des assurances flexibles et communiquer de manière transparente sur les indemnisations afin de restaurer la confiance.

Enfin, l’assureur doit capitaliser sur tous les événements de la vie des populations, heureux ou malheureux pour convertir les prospects en clients et promouvoir les produits d’assurance dans l’intérêt de la protection des individus.

Le Cameroun, pays de la zone CIMA, dont le taux de pénétration en 2020 était de 1,02 % pourrait faire office de vitrine. En formalisant le secteur et en proposant des offres d’assurance adaptées aux besoins, telles que l’assurance funérailles et au pouvoir d’achat des Camerounais, il pourra créer un modèle fidélisant. Ce modèle pourrait servir de référence pour l’ensemble des offres d’assurance en Afrique.

Au global, la formalisation du secteur de l’assurance et la restauration de la confiance sont des processus évolutifs qui nécessitent du temps, mais qui sont essentiels pour offrir une meilleure protection aux populations. 

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº9