Ana Botin est aussi éloignée que possible du cliché que l’on peut se faire d’une « fille de ». Car si son nom évoque immanquablement l’appartenance à une dynastie de banquiers, la dirigeante est parvenue à s’imposer sur la scène des dirigeants les plus admirés de la finance mondiale : « Ana Botin a réussi le pari d’être à la fois une self-made woman et une héritière » explique Arnaud Journois, analyste au sein de Morningstar DBRS. « Avec ses qualités, elle a fait entrer Santander dans la cour des plus grandes banques mondiales ».
La tâche n’était pourtant pas aisée : en 2014, la dirigeante, qui fêtera ses 65 ans en octobre, hérite du poste de présidente exécutive à la mort de son père Emilio Botin, crédité pour avoir assuré à Santander une renommée mondiale. À cette époque, Ana Botin est à la tête de la filiale britannique depuis près de quatre ans. Sa connaissance des rouages de la banque familiale remonte à bien plus longtemps. C’est en 1988, après huit ans passés chez JP Morgan à New York, qu’elle rejoint le groupe espagnol. Entre 1992 et 1998, elle pilote l’expansion du groupe en Amérique latine.
La digitalisation,
pour se démarquer du père
En 2002, elle approfondit ses connaissances du marché espagnol en tant que présidente exécutive de Banesto, la banque espagnole acquise par Santander en 1994. Son cosmopolitisme professionnel ne doit rien au hasard : née à Santander, elle effectuera ses études secondaires dans la pension St Mary’s School Ascot, dans la région du Berkshire en Angleterre, puis obtiendra une licence de sciences économiques au Bryn Mawr College en Pennsylvanie.
Le rachat de Banco Popular pour un euro en 2017 constitue l’un des faits marquants de son mandat : « Tout en participant au nettoyage d’un secteur bancaire espagnol en déroute, ce rachat démontre une force de frappe extraordinaire de Santander et de sa dirigeante » explique Arnaud Journois. Dans un entretien-bilan posté en septembre 2024, soit dix ans après sa prise de fonctions, la dirigeante explique avoir voulu se démarquer de la stratégie paternelle en décidant de faire de l’établissement une « plateforme ouverte et responsable de services financiers ». Axée sur la digitalisation, la modernisation de la banque supposera un changement de culture et d’organisation. Santander commencera à en récolter les fruits seulement six à huit ans après sa mise en œuvre. Mais le pari est réussi : 176 millions de clients, 12,5 milliards d’euros de bénéfices. Dans la foulée, l’annonce de 10 milliards d’euros de rachats d’action sur deux ans. La Bourse jubile : le 21 août, la capitalisation de la banque atteignait plus de 121 milliards d’euros. Santander est la première capitalisation européenne, très loin devant l’italien Intesa Sanpaolo ou encore le français BNP Paribas, qu’elle talonnait encore fin 2024.
Envie de croissance
Du plus loin qu’elle s’en souvienne, Ana Botin a fait de la banque une passion. Enfant, elle s’invitait régulièrement, lors des réunions familiales, aux apartés entre son père et son grand-père, en grandes discussions sur la finance et les investissements industriels de la banque. De sa mère, la pianiste Paloma O’Shea, également fondatrice de la Escuela Superior de Música Reina Sofía, elle dit avoir bénéficié d’une éducation parfaite, au travers de la connaissance de la musique, des arts, de la culture, ou encore du sport. C’est aussi une travailleuse acharnée : lors d’un entretien avec le magazine Fortune, cette mère de trois garçons confiait récemment que son rôle lui imposait une discipline digne d’une athlète olympique.
Sur le plan stratégique, la dirigeante continue à poser ses jalons, parfois à contre-courant des attentes et des tendances. Alors que la rumeur évoquait un retrait de Santander du Royaume-Uni, la banque s’est récemment renforcée dans ce pays avec l’annonce du rachat de TSB à Sabadell. Boudés par beaucoup de banques internationales, les États-Unis constituent un terrain d’expansion privilégié pour Ana Botin. D’autres orientations pourraient émerger du prochain plan stratégique triennal : sa présentation est prévue pour le 25 février 2026.