3 questions à... Bertrand Blancheton

« Notre dette n’est ni un poison ni une solution magique »

Créé le

13.10.2022

-

Mis à jour le

25.10.2022

Bertrand Blancheton, économiste, professeur à l’Université de Bordeaux publie
“La Dette publique : ses mécanismes, ses enjeux et ses controverses” chez Dunod, 208 pages, 17,90 €.

Vous abordez de manière pédagogique le sujet de la dette. Quelle est la teneur de votre message ?

La dette publique française est un sujet anxiogène et propice aux postures. En tant qu’universitaire, j’ai voulu dépassionner le débat et apporter de la modération. Notre dette n’est ni un poison ni une solution magique. Elle est un outil intéressant quand elle finance les dépenses d’investissement mais dangereux lorsqu’elle sert, comme c’est le cas depuis des années, à financer les demandes croissantes de protection de la population. À ce titre, nous en sommes tous responsables, citoyens compris.

$!« Notre dette n’est ni un poison ni une solution magique »

Quels enseignements retirez-vous de votre analyse ?

Il a été possible de vivre avec la dette depuis 50 ans. Certes, à 2 813 milliards d’euros fin 2021, elle atteint des records et pose des questions de soutenabilité. Mais des solutions existent. En témoignent les exemples de l’Allemagne, du Canada ou de l’Islande. Le rééquilibrage de nos finances publiques passera par un partage de l’effort au niveau national et une mise à contribution équilibrée de tous les acteurs, avec une baisse des dépenses et une hausse des recettes, notamment fiscales. Pour réussir, il faudra créer un consensus politique autour de ce désendettement. De toute façon, une dette finit toujours par être payée. Si ce n’est par le débiteur, par le créancier. Mais cette dernière option aurait des effets explosifs, mettant en danger les créanciers que sont les compagnies d’assurances, banques, fonds de pension.

Vous pointez aussi les risques sur notre souveraineté nationale...

Oui, car la dette est aussi largement aux mains d’opérateurs étrangers, en particulier américains et chinois. Nous jouons donc notre indépendance. D’où l’importance de rassurer nos créanciers en leur envoyant de vrais signaux de crédibilité. C’est notamment le rôle joué par le projet de réforme des retraites.

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À retrouver dans la revue
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Revue Banque Nº873
Club Banque