3 Questions à... Jacques de Larosière

“[Les élites politiques] ont fait (...) des erreurs fondamentales et inacceptables”

Créé le

19.09.2024

-

Mis à jour le

10.10.2024

Deux ans après “En finir avec le règne des illusions financières” (Revue banque n° 872, octobre 2022), l’ancien directeur général du fonds monétaire international (FMI), ex-gouverneur de la Banque de France, lance un nouveau cri d’alarme avec Le déclin français est-il réversible ? Il appelle à renverser la table et à sortir des politiques de déni et de la facilité monétaire et budgétaire.

Vous dénoncez l’importante responsabilité des élites politiques dans notre déclin. Pourquoi cette vivacité à leur égard ?

Elles ont fait depuis vingt ans des erreurs fondamentales et inacceptables qui ont conduit à un surendettement public, une désindustrialisation du pays et un renforcement des inégalités sociales. Le péché originel est d’avoir laissé croire qu’il était possible de s’endetter sans conséquence. Inspirées par un keynésianisme mal compris, les élites ont voulu relancer l’économie par le déficit budgétaire et la facilité monétaire. Le résultat est désastreux.

En quoi le déficit budgétaire est-il au cœur de notre déclin ?

Le problème est d’avoir utilisé le déficit comme une arme permanente. Celui-ci représente aujourd’hui plus de 5,5 % de notre PIB, dépassant largement la limite des 3 % de Bruxelles. Résultat, le service de la dette génère des coûts excessifs, supérieurs même à notre budget de défense nationale ! C’est lourd à supporter et c’est autant d’argent en moins pour financer des investissements clés comme l’éducation, la recherche et l’écologie.

Au-delà de l’équation budgétaire, vous préconisez un changement de paradigme...

Il faut revenir à plus de bon sens et raisonner à long terme. Il est possible de ramener les dépenses publiques françaises au niveau européen sans toucher au patrimoine social. Il faut pour cela travailler sur la petite moitié du budget qui ne relève pas des dépenses sociales. On a 5,6 millions de fonctionnaires pour 68 millions d’habitants. C’est beaucoup plus qu’en Allemagne, même en rétablissant l’homogénéité statistique entre les deux pays. Quelle est la légitimité de nos dépenses ? Il convient de se poser la question pour chaque ligne du budget non social. On verrait alors qu’il est possible d’économiser près de 200 milliards d’euros sur dix ans, soit 0,8 % du PIB annuel. C’est réalisable... mais il faut agir vite.

Propos recueillis par Clarisse Normand.

$!“[Les élites politiques] ont fait (...) des erreurs fondamentales et inacceptables”
À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº896