Lu pour vous

Le plaisir d’une lecture indispensable et inspirante

Créé le

07.11.2023

-

Mis à jour le

28.11.2023

Le livre d’Alexandre Dechelotte et Simon Bernard, les fondateurs de Plastic Odyssey, donne un accès aux coulisses de l’exceptionnelle expédition de leur
navire-laboratoire luttant contre la pollution plastique, actuellement en cours. Cet ouvrage de 240 pages publié aux éditions epa ne se contente pas d’être indispensable
et inspirant, il offre aussi un réel plaisir de lecture.

Parcourir les océans pour sauver la terre... le titre même du livre témoigne de sa dimension indispensable. Car c’est bien le défi : sauver la terre. Chaque minute, 20 tonnes de plastique sont déversées dans les océans. Dans l’environnement, les déchets se fragmentent en microparticules irrécupérables. Ainsi, contrairement à des approches simplistes, trop souvent évoquées, il n’est pas possible de dépolluer les océans en récupérant le plastique qui y est déversé. C’est infiniment plus complexe.

Ce que le livre d’Alexandre Dechelotte et Simon Bernard donne à comprendre, c’est qu’il est indispensable d’agir « à terre », avant que les déchets ne soient déversés en mer. Le recyclage d’un déchet sur deux dans les 32 pays les plus pollueurs permettrait d’éviter plus de 45 % de la pollution globale des océans.

Parcourir les océans pour sauver la terre présente ainsi en profondeur le credo de Plastic Odyssey, à savoir favoriser le recyclage du plastique qui a été produit. L’approche scientifique est omniprésente dans l’ouvrage, qui présente de façon détaillée la mission du navire, parti en mer il y a un peu plus d’un an, à savoir développer un réseau mondial d’initiatives locales et notamment démocratiser les technologies durables de recyclage du plastique.

Au fil des 240 pages, le plus marquant est à quel point l’aventure de Plastic Odyssey est inspirante. Je n’en suis personnellement pas étonné, car la Matmut accompagne cette aventure depuis plus de quatre ans et le début du projet. Dans un contexte mondial de dérèglement climatique, participer à cette initiative unique, pour construire le monde d’après, nous est apparu comme une évidence. Et j’ai pu mesurer combien ce partenariat nous guide, d’une certaine façon, dans notre propre action face à l’urgence, avec une politique interne ambitieuse de réduction de nos consommations et le cap fixé de faire de la Matmut une entreprise « zéro déchet plastique et papier ».

D’une idée née sur les bancs de l’école de la marine marchande aux étapes pleines de péripéties – j’y reviendrai – de la reconversion d’un ancien navire océonagraphe, en passant par un « cheval de Troyes nommé Ulysse », c’est-à-dire le premier bateau ambassadeur permettant de faire la promotion du système de pyrolyse créé, il est intéressant de découvrir au début de l’ouvrage le cheminement, intellectuel et pragmatique, des fondateurs de Plastic Odyssey.

L’opiniâtreté comme boussole

Autre source d’inspiration, l’opiniâtreté dont ces jeunes gens ont fait montre, tout au long de leur parcours, avec le point d’orgue d’ « un chantier digne de Sisyphe », suite à la découverte d’amiante sur le navire, malgré tous les certificats obtenus au moment de l’acquisition, suivi du « coup de grâce », avec le constat de l’usure généralisée de toute la partie arrière du navire.

Et « puisqu’il faut imaginer Sisyphe heureux », comme l’écrivait Albert Camus, ces épreuves surmontées permettent enfin au navire Plastic Odyssey de quitter les chantiers, après trois ans de travaux, et d’entamer sa nouvelle vie.

C’est l’objet des développements suivants, avec, au fur et à mesure des échanges et rencontres lors des escales, la compréhension de l’universalité de la lutte contre la pollution plastique, les imbrications sociales et économiques, en fonction des pays... Ou encore les questions de santé que soulèvent les solutions informelles de recyclage, développées ici ou là, au cœur des pays les plus touchés par le fléau de la pollution plastique.

Le sujet est vaste et passionnant, tout comme l’est le récit des idées échangées avec les enfants, lors notamment des actions de sensibilisation en milieu scolaire. Je retiens de la lecture de ces pages qu’une nouvelle génération s’élève, dans tous les pays, dynamique, créative et inspirée, pour lutter contre ce fléau. Il est plus que jamais essentiel d’être à ses côtés.

Lire, pour apprendre, comprendre. Et également lire pour se rendre visite à soi-même, en quelque sorte, grâce au plaisir de lecture ressenti au fur et à mesure que l’on tourne les pages. Parcourir les océans pour sauver la terre mêle carnets de bord, anecdotes de voyage, portraits et tranches de vies, ainsi que de superbes photos, à bord du bateau et à terre, lors des escales.

Énergie et trésors d’ingéniosité

Il est enivrant de constater à quel point la première année de l’expédition a été riche de découvertes, de rencontres, entre des femmes et des hommes d’horizons différents, mais unis dans une même action face à la pollution, catastrophique. Et une même conviction commune : lorsque la technologie, l’innovation, l’ingéniosité, le partage et la détermination sont au rendez-vous, aucun défi n’est trop difficile à relever. Le récit des escales au Liban, en Égypte, en Tunisie, au Maroc, puis au Sénégal, en Guinée Conakry, au Cap-Vert, avant une première traversée transatlantique, en apporte la preuve.

J’espère que vous prendrez autant de plaisir que j’en ai eu à lire la galerie de portraits, d’initiatives, ainsi que la description des sessions d’incubation auprès d’entrepreneurs locaux, qu’elles soient à bord du navire, ou à terre (onboard lab et offboard lab).

Que vous serez bluffé par les capacités d’adaptation de tous les membres d’équipage et de l’organisation, dans chaque situation, à chaque coup dur, devant chaque vicissitude rencontrée.

Que vous serez tour à tour rêveur devant les superbes photos de navigation et le souffle de l’aventure qui s’en dégage, face à la ligne d’horizon, perplexe face à la réalité disparate du quotidien des populations exposées aux déchets plastiques (« la montagne » comme les enfants de Tripoli qualifient la décharge de la ville), mais finalement toujours optimiste devant l’énergie et les trésors d’ingéniosité déployés par tant de femmes et d’hommes, partout dans le monde, face à un problème qui est l’affaire de tous.

Que vous serez ému, enfin, à la lecture du chapitre décrivant l’inauguration de la toute première micro-usine Plastic Odyssey, solution durable de recyclage de déchets plastiques, en Guinée Conakry, après d’incroyables péripéties. « Il y a de l’humain, des larmes, de la joie », comme l’écrivent les auteurs, et au final, c’est « mieux que dans nos rêves ».

Parcourir les océans pour sauver la terre est un témoignage riche, fort, documenté, alors qu’un tiers de l’expédition dont il est question a été réalisé. C’est l’histoire de routes qui se croisent, de femmes et d’hommes qui s’inspirent mutuellement, cherchant un chemin commun, celui que nous devons toutes et tous emprunter pour venir en aide à une planète qui étouffe sous les déchets plastiques. Où il y a une volonté, il y a un chemin, et je salue celle de tous les acteurs de Plastic Odyssey de réunir le plus grand nombre, au service de la plus noble des causes.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº886