3 questions à... Patrick Artus

« Le capitalisme néolibéral est aujourd’hui condamné »

Créé le

15.03.2023

-

Mis à jour le

21.03.2023

Économiste, conseiller de Natixis et chroniqueur de Revue Banque,
Patrick Artus publie avec Olivier Pastré, aux éditions Odile Jacob,
De l’économie d’abondance à l’économie de rareté, 192 pages, 18,90 €.

Nous sommes entrés, selon vous, dans une nouvelle ère économique. Tirez-vous la sonnette d’alarme ?

Personne, à commencer par les marchés financiers, ne veut croire que nous quittons l’abondance pour la rareté. Et cela à tous les niveaux : matières premières, énergie, mais aussi travail et épargne sous l’effet du vieillissement de la population. Or qui dit rareté dit hausse des prix, retour d’une inflation durable et augmentation des taux d’intérêt réels. Le Covid et la guerre en Ukraine ont accéléré le mouvement. Une prise de conscience est donc nécessaire si l’on veut amortir le choc lié à ces ruptures.

Quel scénario voyez-vous émerger ?

Le capitalisme néolibéral est aujourd’hui condamné. La rareté va redonner du pouvoir de négociation aux salariés et susciter une réallocation des revenus. Ce contexte inflationniste, pour être acceptable, va aussi favoriser les politiques redistributives. On voit ainsi se profiler un « capitalisme de partenariat » entre les entreprises et l’État. Dans le même temps, une autre rupture se dessine avec la hausse des taux d’intérêt réels, car leur passage au-dessus de la croissance économique va poser le problème de soutenabilité de la dette publique. En fait, la crise actuelle se distingue des précédentes par la multiplicité des dimensions qu’elle prend et par le caractère inter-relié de celles-ci.

Quelles sont vos préconisations ?

Il est urgent d’investir pour mener à bien la transition énergétique. Mais dans ce domaine, comme dans celui du social, les besoins sont énormes et nécessitent des investissements publics de long terme. Cela alors même qu’il conviendrait de réduire les taux d’endettement public. Comment concilier ces impératifs ? À côté des leviers fiscaux, on ne peut que s’interroger sur la pertinence de maintenir une inflation à 2 %. Il faut réfléchir aux objectifs de la politique monétaire dans un environnement plus inflationniste.

$!« Le capitalisme néolibéral est aujourd’hui condamné »
À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº879