Pourquoi ce « nouvel » état des savoirs ?
Parce que le monde a changé. Théorie de la régulation – Un état des savoirs a été publié en 1995 et réédité en 2002 (La Découverte). Depuis, les économies se sont transformées et la théorie de la régulation (TR), apparue il y a près de 50 ans, s’est largement renouvelée. Certains concepts ont été réévalués, de nouveaux terrains analysés et de nouvelles problématiques explorées.
Quels sont les principaux apports de ce renouvellement ?
Bien ancrée dans les sciences sociales, la TR n’est plus seulement associée à une recherche macroéconomique mais traite aussi de champs sectoriels divers (agroalimentaire, santé...), de l’entreprise et d’objets originaux (génétique, droits fonciers...). Elle a fait évoluer ses méthodes pour comprendre ces nouveaux enjeux de régulation. La TR, qui la première a pu expliquer le fordisme et sa crise, appréhende maintenant d’autres dynamiques d’accumulation (financiarisation, rentes...) et leurs risques. De même pour les enjeux d’écologie ou de genre, dont on comprend mieux l’importance et la difficulté de prise en compte.
La TR étudie les dynamiques monétaires. Qu’en ressort-il ?
A contrario des théories standards, la TR permet de mieux comprendre la nature des risques systémiques et l’importance sociale et politique du pluralisme monétaire (tontines, monnaies complémentaires, crypto-actifs...). Elle explique pourquoi il n’existe pas un « one best way », pourquoi les marchés financiers laissés à eux-mêmes engendrent des crises et pourquoi les modalités de leur régulation dépendent d’acteurs politiques. D’où l’importance de l’action publique et des organisations intermédiaires. Sans oublier les marges de manœuvre des financeurs publics et privés, des banques centrales aux banques d’affaires : un modèle économique respectant les limites planétaires tout en assurant une intégration sociale de qualité a besoin d’un financement intelligent !