Lu pour vous

L’inflation au-delà
de la sphère économique

Créé le

14.06.2024

-

Mis à jour le

21.06.2024

Pascal Blanqué propose une analyse historique de l’inflation et relativise sa mauvaise réputation actuelle. Les aventures
de l’inflation, sous-titré Changement de régime, s’inscrit dans
la continuité de l’œuvre de recherche stimulante de l’auteur. Calmann Lévy, 2024, 317 pages.

Bien qu’analysé sous toutes ses coutures par les plus brillantes écoles – de Friedmann, tenant d’une vision monétariste, à Keynes, axé sur la notion de déséquilibre offre/demande, ou Zarnowitz, focalisé sur les coûts –, le phénomène d’inflation garde une grande part de mystère. D’autant que la psychologie alimente le processus, l’inflation se nourrissant elle-même des anticipations d’inflation, « les prix montent parce que les gens s’attendent à ce qu’ils montent ». Il reste que le concept d’inflation, souvent instrumentalisé dans les débats politiques, n’est pas suffisamment compris d’un point de vue scientifique. L’inflation est aussi l’expression de choix explicites ou implicites qu’une société se fait pour elle-même, une représentation construite d’images et de mots. Les enjeux, autant que la signification qu’on lui attribue, dépassent largement la seule sphère des faits économiques. Autant d’éléments qui permettent à l’auteur d’affirmer que « l’inflation ne peut être laissée aux seuls économistes ».

Avec l’inflation, les deux plans économiques et sociétaux sont étroitement liés, ouvrant le débat sur les préférences des sociétés et devenant, de facto, politique. Aussi l’objet de cette nouvelle et exigeante parution est de montrer que le retour de l’inflation « a ramené la perspective d’un changement de régime économique et financier, ébranlant les convictions les plus établies et rebattant les cartes des vérités les plus éternelles ».

L’auteur s’attache à montrer, dans deux chapitres particulièrement documentés, ce qu’est un régime économique et financier, comment il se met en place, vit, puis cède à un autre qui le remplace. L’ouvrage offre, de ce point de vue, un angle unique d’illustration de cette thèse : un régime reste l’association de pratiques économiques et de représentations qui leur donnent sens.

Mais, souligne Pascal Blanqué en s’appuyant sur cette vision assez exceptionnelle que lui confèrent ses fonctions et son parcours d’excellence, « l’économique et le financier, comme les kaléidoscopes, proposent à l’infini des jeux de miroirs aux formes et aux couleurs changeantes. L’incertitude des choses humaines y règne en maître. » Il montre une nouvelle fois que l’économie et la finance demeurent des chemins de recherche fascinants mais que « beaucoup s’enfoncent dans la forêt pour aller nulle part et c’est leur étroitesse même qui fait qu’ils sont des sentiers ». Une forme de lucidité rassurante, au moment où la fragmentation du monde ainsi qu’un nouveau rapport au temps et à la valeur paraissent ouvrir un nouveau régime, celui de la « frag-flation », comme semble l’envisager l’auteur dans ce néologisme.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº894