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Jacques de Larosière : « La poursuite de nos politiques monétaires nous conduit inexorablement au déclin »

Créé le

09.09.2022

-

Mis à jour le

12.10.2022

Ancien directeur général du FMI, ex-gouverneur de la Banque de France, Jacques de Larosière lance
un cri d’alarme dans son nouvel ouvrage, “En finir avec le règne de l’illusion financière – Pour une croissance réelle”.

Vous avez déjà dénoncé les égarements économiques et financiers de notre système. Pourquoi un nouvel ouvrage sur ce thème ?

Parce que notre degré de dépendance à l’égard de l’endettement atteint des niveaux inédits et la poursuite de nos politiques monétaires nous conduit inexorablement au déclin. Dans mes précédents livres, j’abordais le problème, dans celui-ci, je m’y consacre. J’examine de manière scientifique les conséquences à long terme d’un recours systématique au crédit et à la création monétaire, en m’appuyant sur des faits et des chiffres incontestables.

Quel élément vous a le plus marqué dans le cadre de cette étude et du bilan que vous dressez ?

Ce qui me frappe le plus, c’est l’indifférence générale à l’égard du sujet. Depuis deux décennies, l’essentiel de l’activité économique se traduit par une hausse des valorisations d’actifs financiers au détriment de la croissance de l’économie réelle, de l’investissement productif et des revenus salariaux. Et dans cette évolution, les banques centrales ont leur part de responsabilité : en maintenant des taux d’intérêt très faibles ou négatifs, elles ont orienté l’épargne vers des placements liquides plutôt que vers des investissements long terme, plus risqués. Le résultat, c’est que le crédit progresse deux fois plus vite que la production, et cela de manière constante. C’est une aberration !

Quelles sont vos préconisations pour sortir de cette financiarisation excessive ?

Il faut arrêter de se raconter des contes de fées en imaginant que des taux d’intérêt bas favorisent forcément l’investissement. À l’inverse, il faut revaloriser les ressorts économiques fondamentaux pour libérer les forces de l’épargne et de l’investissement. Il faut faire revivre le goût de l’effort et l’investissement productif en rémunérant correctement l’épargne à long terme et le travail. C’est un appel à un changement de paradigme. Mais celui-ci ne sera possible que si, derrière, il y a une volonté politique.

$!<b> “</b><i><b>En finir avec le règne de l’illusion financière – Pour une croissance réelle”</b></i><b> (Odile Jacob, 124 pages, 17,90 €)</b>
À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº872
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