« Il faut rompre la dynamique de “la finance pour la finance” »

Créé le

28.11.2024

-

Mis à jour le

29.11.2024

Président de l’Institut Jacques Delors et ex-président du Conseil des ministres d’Italie, Enrico Letta publie Des idées nouvelles pour l’Europe, un ouvrage qui rassemble ses propositions visant à donner un nouveau souffle au projet européen. Odile Jacob, 240 pages, 22,90 €

Votre livre fait suite à votre rapport sur l’avenir du marché unique européen présenté en avril au Conseil européen. Qu’apporte-t-il de plus ?

Pour rédiger ce rapport, j’ai voyagé durant neuf mois dans soixante-cinq villes des vingt-sept États membres. J’ai voulu faire le récit de ce voyage. C’est la première partie de mon livre. J’explique comment me sont venues les propositions qui ont nourri mon rapport et sont exposées dans la seconde partie. Ce livre est à la fois un hymne à l’Europe et un appel à l’action pour adapter le marché unique aux évolutions du monde.

Vous appelez à élargir le périmètre du marché unique en intégrant certains secteurs jusqu’alors exclus, dont la finance. Que préconisez-vous dans ce domaine ?

Comme l’énergie et les télécoms, les marchés financiers ont été écartés du processus d’intégration initiale, car jugés trop stratégiques pour les nations. La fragmentation de ces secteurs en marchés nationaux est l’une des causes du déclin de la compétitivité européenne. Dans le domaine financier, on estime qu’environ 300 milliards d’euros d’épargne privée quittent l’Europe chaque année pour s’investir sur des marchés plus dynamiques et plus efficaces. Il est temps de contrer ce scénario et de construire une Union de l’épargne et de l’investissement à partir d’une Union des marchés de capitaux. Mais pour cela, il est crucial de lier le projet à un objectif ambitieux. Il faut rompre la dynamique de « la finance pour la finance » et inciter l’épargne des Européens à rester sur place pour financer la transition verte, équitable et numérique. Ce n’est qu’avec un tel objectif que nous pourrons canaliser les forces politiques nécessaires à l’unification des marchés financiers.

L’élection de Donald Trump donne une urgence particulière à vos recommandations...

Il faut que les États membres organisent au plus vite la résistance et la contre-attaque. Je suis ravi de voir qu’à la suite du sommet tenu à Budapest le 8 novembre, la déclaration sur le nouveau pacte pour la compétitivité européenne a retenu certaines idées de mon rapport, notamment celles sur l’Union de l’épargne et des investissements, ainsi que sur l’instauration d’une cinquième liberté visant à renforcer la recherche et l’innovation au sein du marché unique.

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À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº898