Agnès Verdier-Molinié :
« Face au mur, voici 50 solutions concrètes »

Créé le

17.02.2025

-

Mis à jour le

21.02.2025

Dans ce nouvel essai “Face au mur”, sous-titré “Dette, désindustrialisation, normes, assistanat, insécurité – Les solutions pour s’en sortir”, la directrice
de la Fondation IFRAP dresse un bilan sévère de la situation de la France et propose un plan d’action pour redresser le pays.

Vous avez publié il y a dix ans On va dans le mur. D’autres livres ont suivi, dans lesquels vous dénonciez un état critique de la France. Pourquoi un nouvel ouvrage aujourd’hui ?

En 2015, mon livre alertait sur le fait que nous étions en train d’aller dans le mur. Aujourd’hui, on est devant ! En dix ans, la situation s’est fortement dégradée, avec une accélération due notamment à la crise du Covid-19 et à la politique du « quoi qu’il en coûte ». Dix ans après, il faut à nouveau tirer la sonnette d’alarme. D’autant que le mal est profond : la France affiche des comptes dans le rouge depuis cinquante ans déjà.

Depuis les années 1970, nous avons construit un anti-modèle français qui nous appauvrit et nous endette. Pire, il sacrifie nos forces vives, nos entreprises et, par suite, notre souveraineté. Il est temps de réagir, car il y a un déni de réalité en France. Ceux qui savent et devraient nous alerter ont baissé les bras et se contentent d’attendre une intervention du Fonds monétaire international.

C’est lâche, car il existe des solutions. Mais bien sûr, cela nécessite de se retrousser les manches, comme l’ont déjà fait d’autres pays européens. J’explique dans ce nouveau livre ce qui a fonctionné à l’étranger, notamment en Suède, en Allemagne ou encore aux Pays-Bas, et je m’en inspire pour proposer 50 solutions concrètes.

Pour vous, nous sommes face à cinq murs et vous préconisez pour chacun d’eux un plan d’actions en dix points. Quel est le cœur du dispositif et quelles sont les mesures prioritaires ?

Nous sommes en effet face à cinq murs : la dette, la désindustrialisation, les normes, l’assistanat et l’insécurité. Mais tout est lié. Si notre dette s’élève aujourd’hui à 3 300 milliards d’euros, c’est notamment parce qu’on a arrêté de créer de la valeur dans le secteur privé. Il faut changer notre modèle : remettre le travail marchand au cœur de celui-ci, créer des entreprises de croissance, se réindustrialiser, simplifier notre système de normes et, bien sûr, rendre obligatoire la règle de l’équilibre des comptes sociaux. Cessons de nous endetter pour financer le chômage, les retraites ou encore les soins médicaux...

Sur les cinquante dernières années, la France est en moyenne déficitaire de 57,4 milliards d’euros par an. En 2024, on a atteint 166 milliards d’euros de déficit : plus de 6 % du produit intérieur brut (PIB) ! Résultat, la dette représente 112 % du PIB français. Et selon le Trésor, elle pourrait atteindre 116,5 % d’ici à 2027. Pire, d’après la Cour des comptes, si la croissance est plus basse et les économies moindres qu’annoncées entre 2025 et 2027, la dette pourrait atteindre 130 % du PIB en 2031.

Sans surprise, le coût de cette dette ne cesse de grossir. En 2022, il était de 51 milliards, il devrait dépasser les 89 milliards en 2027 et même 100 milliards à partir de 2028. Pour inverser la tendance, il faut baisser les dépenses publiques de 110 milliards d’euros d’ici à 2029. Cela passe par des coupes, mais surtout par des réorganisations pour plus d’efficacité. Dans le même temps, il faudrait prévoir une baisse des impôts de 20 milliards... Il faut décentraliser et libéraliser ce qui peut l’être.

Vous évoquez très peu les banques dans votre plan d’action. Elles n’ont pas de rôle à jouer ?

Si, bien sûr. Les banques savent ce qui se passe en matière de dette publique, car elles jouent un rôle important pour placer la dette de la France sur les marchés en leur qualité de spécialistes en valeur du Trésor. Elles savent que si l’internationalisation a jusqu’ici contribué à diversifier les sources de financement de l’État, cette situation peut aujourd’hui se retourner et mettre en péril notre souveraineté.

Par ailleurs, les banques ont un rôle important à jouer dans la mise en place d’un écosystème toujours plus propice aux entreprises. Notre fiscalité sur le capital, à la fois sur les entreprises et les ménages, est l’une des plus lourdes d’Europe. Le soft power des établissements bancaires pourrait être mis au service du renforcement de notre compétitivité. Ces derniers pourraient aussi promouvoir l’introduction d’une dose de capitalisation obligatoire pour les pensions privées, au même titre que le système de capitalisation obligatoire dont les fonctionnaires d’État bénéficient. Cela serait très positif pour le financement de notre économie.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº902