Stratégie

Transformer les données financières en promesses client

Créé le

22.08.2024

L’enjeu pour les banques n’est plus de savoir si la donnée est un levier
de croissance, mais d’en maîtriser les potentialités, sans jamais sortir du cadre réglementaire. Les clients veulent, eux, des garanties de protection de leurs données les plus sensibles, tout en exigeant un accompagnement personnalisé et sans risques dans la gestion de leurs actifs.

Tirer parti de la manne d’informations disponibles. Dans nos économies toujours plus numérisées, de vastes quantités de données sont collectées par les banques et les fintechs auprès de leurs clients, lors d’opérations financières, au gré des mouvements des marchés... Autant d’opportunités d’exploiter des informations qui permettront de limiter les risques lors des prises de décision, d’élargir leurs offres de services ou d’identifier de nouvelles opportunités de croissance.

Les smartphones ont permis, d’une certaine façon, d’apporter le numérique au plus grand nombre, de faire tomber les distances géographiques, faciliter l’accès au savoir, etc. Ils ont aussi changé la façon dont les consommateurs échangent avec les entreprises de services financiers. Tous les consommateurs, ou presque, disposent d’une application bancaire mobile pour transférer des fonds, effectuer des dépôts et paiements, confirmer leur identité... Toutes ces activités sont autant de données qui peuvent être collectées et analysées, pour affiner la connaissance des comportements et proposer des services adaptés à chaque typologie de client.

À partir de l’analyse des données, les banques de détail peuvent désormais proposer des produits financiers sur mesure : cartes de crédit, portefeuille d’investissement, solution de financement, etc. En banques d’investissement, les données et ce qu’elles disent des tendances et du comportement des investisseurs permettent de générer des sources de revenus supplémentaires (produits dérivés, produits de financement structuré, etc.). Résultat ? Cette « hyperpersonnalisation » crée plus d’engagement du consommateur et de la valeur pour les organismes.

Des données à protéger

Pour rappel, le partage des données collectées par les institutions bancaires ou open banking (la notion d’open finance tant à s’imposer avec la montée de l’intelligence artificielle) a été initié par le régulateur européen en janvier 2018, dans le but d’assouplir la collaboration entre banques traditionnelles et fintechs. Cependant, il ne s’agit pas d’utiliser ou de commercialiser les informations sans foi ni loi !

Le partage et la monétisation des données bancaires sont certes autorisés, mais doivent répondre à des règles. Il s’agirait donc de tirer parti des données tout en en se conformant aux lois à l’échelle des pays et de l’Union.

Lorsque nous parlons de conformité, nous pensons immédiatement au Règlement général sur la protection des données (RGPD), adopté par le Parlement européen le 27 avril 2016 et applicable dans l’ensemble des 27 états membres depuis le 25 mai 2018. Il a pour objectif de renforcer la protection des données à caractère personnel et la responsabilisation des acteurs de ce traitement.

Il convient d’ajouter la Directive sur les services de paiement (DSP2) qui a ouvert la voie à l’open banking. Si cette directive permet une forme de « libre échange », elle impose aussi des normes de sécurité strictes pour la protection des données et une authentification numérique forte.

Banques et fintechs ne peuvent donc pas « jouer » avec les données, au motif qu’elles sont disponibles et qu’il s’agirait de se servir. Elles agissent comme des leviers de croissance, à la condition de se conformer aux lois : mesures de sécurité renforcées, telles que le cryptage1, authentification multifacteur, engagement à ne collecter et n’utiliser les données qu’après consentement libre et éclairé du propriétaire... En somme, les organismes financiers doivent se plier à une éthique stricte, non seulement pour eux, mais aussi au moment du partage d’informations avec des tiers2.

Il ne s’agit pas de choisir entre loi et croissance, mais d’instaurer une culture de la donnée. Banques et fintechs doivent trouver un équilibre entre management des données (data), réglementation bancaire et satisfaction client. Cette posture exige l’adoption d’une architecture de données moderne, permettant de stocker, traiter, sécuriser et analyser de grandes quantités de données (big data). La data devient, dès lors, un accélérateur de performance. n

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº895
Notes :
1 Dans le secteur de la santé, l’anonymisation est considérée comme illusoire, car il est possible de retrouver le propriétaire des données en croisant des variables ou des sources de données.
2 Le partage avec des tiers impose d’avoir conclu un accord définissant les modalités et conditions d’utilisation des informations.