Santander redouble d’efforts aux États-Unis. En août 2021, la banque espagnole avait annoncé le rachat par sa filiale Santander Holdings USA du solde du capital (20 %) de Santander Consumer USA Holdings pour environ 2,5 milliards de dollars. « Santander Consumer a démarré ses activités aux États-Unis en 1997 au travers de produits retail, rappelle Chiara Romano, directrice associée chez Scope Ratings, et principalement dans le domaine du financement automobile à partir de 2006, lorsqu’elle a acquis une participation de 90 % dans Drive Financial Services, qui a ensuite été rebaptisée Santander Consumer. »
À la différence de la plupart des banques étrangères, et notamment de son concurrent, le numéro deux espagnol BBVA, qui a vendu sa filiale américaine fin 2020, Santander persiste et signe aux États-Unis.
Le pays représente 14 % des revenus du groupe en 2022 (7,623 milliards d’euros) et 15 % de ses bénéfices (1,78 milliard d’euros). « La plupart des banques européennes qui se sont retirées des États-Unis étaient actives dans le secteur de la banque de détail et commerciales, où les rendements sont faibles », explique Chiara Romano. Pas Santander : aux États-Unis, la banque n’a jamais poursuivi un modèle de banque universelle et a préféré se recentrer sur ses activités les plus lucratives, autrement dit la banque de financement et d’investissement, la gestion de fortune, le financement automobile ou l’immobilier commercial, après avoir cédé l’an dernier ses activités de prêts au logement.
Aujourd’hui, Santander Consumer est l’un des cinq premiers prêteurs automobiles aux États-Unis, en termes de part de marché, dans un environnement porteur : « Le taux de chômage y est historiquement bas et les prix des voitures d’occasion 43 % plus élevés qu’en 2019, bien qu’en voie de correction », peut-on lire dans la présentation des résultats 2022 du groupe espagnol.
Un tournant lucratif
Au fil des ans, la banque, dont le montant total des prêts automobiles a dépassé les 30 milliards de dollars en 2022, a élargi ses opérations à des clients dotés de notes de crédit élevées à très élevées, et non plus seulement aux emprunteurs subprime. Le pourcentage de prêts à des clients ayant un credit score supérieur à 640 FICO est ainsi passé de 14 % en 2016 à 41 % en 2022. Le score FICO, qui se situe entre 300 et 850, est le modèle de notation de crédit le plus couramment utilisé par les prêteurs pour évaluer la solvabilité d’un emprunteur aux États-Unis. La stratégie a du sens : le coût de financement de ces prêts est meilleur marché et les emprunteurs plus à même de les rembourser. Les risques réglementaires sont aussi plus limités que pour les clients subprime. En 2020, la filiale de crédit à la consommation du numéro un de la banque espagnole avait été contrainte de transiger à hauteur de 550 millions de dollars pour mettre fin à des plaintes pour pratiques trompeuses déposées par une coalition d’États américains. Santander s’était vu reprocher de pousser les emprunteurs à contracter des prêts qu’ils n’étaient pas en mesure de rembourser.
Cette réorientation stratégique s’est aussi faite en réponse à un marché du subprime devenu extrêmement encombré au cours des dernières années, avec l’arrivée de nouveaux acteurs fintechs et l’omniprésence de coopératives de crédit, toujours actives dans ce segment d’activités. Aujourd’hui, la banque espagnole se définit comme un prêteur automobile à spectre complet (full spectrum), selon ses propres termes, et dessert les besoins de plus de 3 millions de clients aux États-Unis.
Son repositionnement à destination d’une clientèle plus large s’est fait à la faveur de l’intégration des activités de financement autos dans les activités de détail aux États-Unis, une stratégie qui, selon un porte-parole de la banque, permet au groupe de tirer parti des dépôts des consommateurs dans la franchise de banque de détail dans le nord-est des États-Unis pour alimenter les activités de prêt dans le secteur de l’automobile.
Parallèlement à l’élargissement de sa base de clientèle, le numéro un espagnol veut accélérer le financement de ses opérations de crédit auto par les dépôts, une source de financement moins onéreuse que le recours au marché de gros : ce taux, qui représentait 30 % l’an dernier, devrait se situer aux alentours de 45 % à 50 % à horizon 2025. « Davantage de financement par les dépôts dans le crédit automobile et une part de marché croissante dans les prêts de meilleure qualité devraient soutenir les marges sur le moyen terme. C’est la stratégie de Santander », conclut Chiara Romano.