Les marchés des capitaux européens restent fragmentés, sous-développés et largement inaccessibles aux personnes qu’ils sont censés servir. Malgré des années de discussions, l’Union des marchés des capitaux (UMC) peine toujours à produire des résultats significatifs. Mais tandis que Bruxelles débat, Stockholm agit.
La Suède offre en effet un exemple concret et convaincant de réussite en matière de marchés financiers. Le pays a su créer un marché profond, inclusif et stable non pas grâce à un grand projet, mais grâce à des décennies de réformes pragmatiques et régulières. L’expérience suédoise offre ainsi des enseignements essentiels pour l’Europe. Ses marchés des capitaux ne sont pas seulement importants, avec une capitalisation boursière atteignant 169 % du produit intérieur brut, l’une des plus élevées de l’Union européenne (UE).
Un Suédois sur quatre est actionnaire
Ils sont également remarquablement inclusifs. La participation des investisseurs particuliers est très large : un Suédois sur quatre détient des actions dans des sociétés individuelles. Près de quatre millions de Suédois possèdent des comptes d’épargne-investissement (ISK). Et plus de 90 % des travailleurs sont couverts par des régimes de retraite professionnels qui investissent massivement dans des actions. La Suède n’a pas seulement construit des marchés de capitaux, elle a développé une véritable culture de l’investissement !
Ce succès n’est pas le fruit du hasard. Depuis les années 1980, les gouvernements suédois successifs ont mis en place une série de réformes, comme la simplification fiscale, la restructuration des retraites, l’accès au numérique, les instruments d’épargne à faible coût et un environnement réglementaire pragmatique. Des réformes se sont renforcées mutuellement !
Des réformes incitatives
Ensemble, elles ont réduit les obstacles à l’investissement et incité les ménages à entrer sur le marché. Au lieu de submerger les investisseurs particuliers par la complexité ou le risque, la Suède a créé les conditions d’une participation progressive et confiante. La confiance dans les institutions n’était pas acquise d’avance, elle a été gagnée.
L’expérience la plus instructive de la Suède est peut-être celle de la crise financière des années 1990. Confronté à l’effondrement du secteur bancaire, le gouvernement suédois a réagi avec transparence, discipline et réformes structurelles. Le système fiscal a été remanié pour favoriser la neutralité des investissements. Les systèmes de retraite ont été partiellement préfinancés. Et les marchés des capitaux ont été approfondis afin de réduire les vulnérabilités systémiques. Lorsque la crise mondiale de 2008 a frappé, le système financier suédois a résisté à la tempête sans avoir besoin de renflouer les banques. Les réformes ont été maintenues et ont porté leurs fruits.
Les marchés reflets de l’approche culturelle
Comparez cela à la situation actuelle de l’UE. L’UMC est devenue un méli-mélo de réglementations et de consultations, qui passe souvent à côté de l’essentiel : la confiance, l’épargne à long terme et l’accès inclusif ne sont pas seulement des questions techniques, mais aussi culturelles et institutionnelles.
La Suède n’y est pas parvenue grâce à des obligations de déclaration ou à des règles toujours plus strictes. Elle y est parvenue en alignant les incitations politiques sur le comportement des citoyens. L’ISK en est un parfait exemple : simple, numérique, peu coûteux et fiscalement avantageux. Il n’exige pas des épargnants qu’ils soient des experts financiers, mais leur permet de participer facilement.
De plus, avec plusieurs niveaux, notamment un cœur constitué des marchés de croissance des PME, le marché boursier suédois offre un modèle puissant pour soutenir les entreprises jeunes et à croissance rapide. Près de 90 % des introductions en bourse suédoises ont lieu sur ces plateformes plus agiles.
Un besoin de produit simple
C’est précisément le type de formation de capital dont l’UE a besoin pour financer l’innovation, les technologies vertes et les transitions numériques. Or à Bruxelles, la tendance est à un renforcement de la conformité, même sur les marchés des PME ! Cela risque d’éloigner complètement les entreprises de la cotation sur un marché financier.
Les décideurs politiques de l’UE devraient en prendre bonne note. Si l’Europe souhaite disposer de marchés financiers qui ne soient pas seulement importants, mais aussi inclusifs et résilients, elle doit s’attaquer sérieusement aux réformes structurelles, en commençant par les ménages. Cela implique d’encourager la participation grâce à des produits d’épargne simples et accessibles. Cela implique également de recourir à la réforme des retraites pour mobiliser des capitaux à long terme. Enfin, cela implique de veiller à ce que la réglementation soit proportionnée et favorable à la croissance, en particulier pour les petites entreprises. Si l’harmonisation a un rôle à jouer, elle ne saurait se substituer au leadership national et à la confiance institutionnelle.
Savoir protéger sans étouffer
L’exemple de la Suède montre également que des marchés financiers solides ne se construisent pas de manière isolée. Ils nécessitent un environnement commercial favorable, une stabilité politique et une gouvernance solide. Le modèle réglementaire suédois établit un équilibre prudent : la protection des investisseurs sans étouffer l’innovation. Son code de gouvernance d’entreprise est fondé sur des principes et non sur des prescriptions. Les frais liés aux fonds sont parmi les plus bas d’Europe, grâce à une concurrence intense et à la transparence. Et la surveillance financière est rationalisée sous l’autorité d’une seule instance, ce qui permet un contrôle efficace sans duplication.
Cela ne veut pas dire que le modèle suédois convient parfaitement à tous les États membres. Le contexte a son importance. Mais cela nous rappelle avec force que des marchés de capitaux profonds ne sont pas une utopie. Ils peuvent être créés, à condition de trouver le bon équilibre entre cohérence politique, harmonisation culturelle et crédibilité institutionnelle. L’UE devrait cesser d’essayer de réinventer la roue. Elle devrait commencer par s’inspirer de ce qui fonctionne déjà. Si l’Europe souhaite sérieusement construire une union de l’épargne et de l’investissement, elle devrait se tourner vers le nord. La Suède a déjà tracé la voie. Il est maintenant temps, pour Bruxelles, de la suivre.