Sur le marché des métiers titres, où la course à la taille critique et les investissements technologiques dictent leur loi, disposer d’activités rentables constitue un impératif constant. Cette recherche d’efficience conduit les acteurs à revoir leur portefeuille, dans un contexte de consolidation et de spécialisation accrues. C’est dans cette logique que Société Générale a annoncé la cession de son activité de tenue de compte-conservation (TCC) destinée aux particuliers, opérée par sa filiale Société Générale Securities Services (SGSS), à Crédit Mutuel Arkéa. Cette activité sera reprise par sa filiale ProCapital, spécialisée dans la TCC et les services d’investissement en marque blanche. Les services externalisés couvrent notamment la gestion des opérations sur titres ainsi que la tenue des comptes titres (CTO) et PEA.
En marque blanche
Doté d’une infrastructure technologique, ProCapital deviendra prestataire du réseau SG en France, de BoursoBank et de Société Générale Private Banking, avec une finalisation prévue en 2028. Selon Gonçalo Eliseu, directeur Stratégie et Services financiers chez TNP Consultants, cette opération s’inscrit « dans le cadre de la revue stratégique du groupe et vise à doter l’activité de services de titres d’un modèle économique simplifié, en se concentrant sur le segment institutionnel, plus rentable, créateur de valeur et offrant davantage de possibilités d’économies d’échelle que l’activité de détail ».
Ce mouvement reflète une tendance de fond : l’externalisation des métiers titres, déjà engagée sur certains segments, comme c’est le cas pour la gestion de l’épargne salariale. Nicolas Raynaud, Senior Manager chez Sia Partners, souligne la mutation de ce service à travers l’évolution du GIE S2E : formé en 2006 par Société Générale, BNP Paribas, HSBC et AXA, le groupement a vu le retrait des deux derniers acteurs en 2024 et 2025. « HSBC a externalisé la tenue de compte auprès de Natixis Interépargne, tandis qu’Axa s’est rapproché de la fintech Shares, un choix qui illustre la montée en puissance des plateformes technologiques opérant en marque blanche », précise l’expert.
Des économies d’échelle
Quel que soit le recentrage stratégique, qu’il s’oriente vers les clients institutionnels ou la banque de détail, le métier de conservation de titres se caractérise par une faible consommation de capital et la récurrence de ses revenus. Il repose toutefois sur une infrastructure avec des coûts technologiques fixes élevés, qui diminuent avec l’augmentation du nombre de clients, des transactions et des volumes conservés. La recherche d’économies d’échelle constitue ainsi un moteur de la consolidation du secteur.
Les établissements sont actifs sur ce terrain. CACEIS a finalisé en juillet 2023 l’acquisition des activités en Europe et en Malaisie de RBC Investor Services. En juillet 2025, Crédit Agricole a porté sa participation dans CACEIS à 100 % en rachetant les 30,5 % détenus par Santander. BNP Paribas a repris en 2025 les activités de banque dépositaire et conservation de titres de HSBC en Allemagne, et gagné un mandat auprès d’Unicredit.