Crowdfunding

Les banques parties prenantes
des financements participatifs

Créé le

08.12.2023

-

Mis à jour le

21.12.2023

Si ce mode de financement représente une alternative au financement dit « traditionnel », l’alliance entre plateformes et établissements bancaires est créatrice de synergies et les partenariats s’établissent assez naturellement.

Collectes de fonds, investissements communautaires, tontines, coopératives, projets locaux de développement... Tous sont des ancêtres de l’actuel financement participatif, parfois dénommé crowdfunding, il rassemble des contributeurs allouant collectivement des fonds à un projet identifié, souvent en phase d’amorçage ou d’expansion. Les plateformes en ligne ont joué un rôle clé pour son développement, depuis le lancement d’ArtistShare, il y a plus de vingt ans. Depuis, les plateformes de financement participatif se sont démultipliées, couvrant une importante variété de domaines, de la musique aux panneaux photovoltaïques. Elles s’ouvrent à une large typologie d’investisseurs, du mécène à la collectivité locale. Trois grands modèles transactionnels, selon la nature du projet, sont aujourd’hui proposés. Le prêt concentre 90 % des montants en France en 20221, auquel s’ajoutent le don et l’investissement en capital. En général, chaque plateforme se spécialise sur un ou deux modèles. Ainsi, Ulule propose essentiellement des projets faisant appel au don avec ou sans contrepartie de type prévente. Collecticity offre des solutions de dons ou de prêt aux collectivités locales. Lumo, de son côté, est positionné sur des offres d’investissement, en royalties ou en actions.

Après avoir définitivement révolutionné le financement, comment les plateformes se placent-elles, sur cet échiquier, par rapport aux banques ?

L’histoire d’un engagement

Au début des années 2000, dans les pays anglo-saxons, les premières plateformes ont proposé une offre de peer-to-peer lending. Des particuliers prêteurs et des emprunteurs étaient mis en relation, sans sélection de projets, ni encadrement des taux d’intérêt. Ces dispositifs étaient peu fiables, éthiquement questionnables et dépendants de l’existence d’un fichier positif, ou credit history. Ces plateformes ont dû opérer un pivot stratégique, comme Zopa Bank ou Circle Lending, sous peine de s’éteindre.

Dans les années 2010, les financements participatifs ont pris une dimension plus affinitaire, avec des projets artistiques ou caritatifs, par exemple Kickstarter ou GoFundMe, puis entrepreneuriaux, grâce à la diversification des modalités de financement en même temps que du profil des emprunteurs.

Le besoin d’un cadre réglementaire clair de protection des investisseurs est rapidement devenu saillant. La création en France des statuts d’intermédiaire en financement participatif, puis de prestataire de services de financement participatif, a répondu à ce besoin. L’activité bénéficie à présent d’un dispositif de gestion des risques et d’analyse crédit, et de règles de gouvernance et de protection des données. Le financement participatif a alors connu un essor fulgurant en moins de dix ans. En 2013, avant la création du statut IFP, 75 millions d’euros avaient été collectés sur les plateformes, pour atteindre 629 millions six ans plus tard et 2 355 millions d’euros en 20222.

Un fort impact positif

Bien des plateformes jouent un rôle d’acteur engagé, valorisant la dimension sociale ou environnementale des projets. Aujourd’hui, sont concernés 25 % des montants collectés, et surtout plus de 45 % des projets financés3.

La force sociétale du financement participatif passe par exemple par le « Bulb in Town » et sa vocation à redynamiser les territoires et à développer l’entrepreneuriat au niveau local. Les commerces de proximité « durables » trouvent ainsi une alternative à l’éventuelle frilosité des banques autant qu’un vecteur de notoriété dans leur zone de chalandise.

Les plateformes ont encouragé les projets contribuant à un modèle énergétique durable et propre au travers du label « Finance participative pour la croissance verte », octroyé par une vingtaine de plateformes aujourd’hui. Le secteur des énergies renouvelables est le deuxième secteur le plus financé en encours. Le premier est l’immobilier (plus des deux tiers de la collecte en 20224), en forte croissance. Grâce au financement participatif, dans un contexte de crise du logement, les promoteurs bénéficient d’un précieux effet de levier.

De prime abord, les banques ont pu percevoir les plateformes de financement participatif comme une menace. La diffusion à grande échelle d’une offre désintermédiée de placement et de financement représentait une double disruption dans leur position dominante.

Les particuliers épargnants sont devenus maîtres de leurs investissements et du sens qu’ils voulaient leur donner. Ils trouvent de nouveaux débouchés pour leur épargne et peuvent, à grande échelle, accéder à l’investissement direct. Ils sont à même de connaître l’impact de leurs choix et de s’impliquer dans le développement des projets qui leur tiennent à cœur.

Pour les porteurs de projet, et en premier lieu dans l’immobilier, le financement participatif permet de s’émanciper des politiques de crédit des banques, parfois perçues comme déconnectées de l’économie réelle. Il offre un accès plus large au financement, même pour les projets peu conventionnels, avec des conditions plus simples que dans les établissements bancaires.

Pourtant, plateformes et banques ne sont pas entrées en concurrence en France.

Des univers complémentaires

Pour les banques, les plateformes de crowdfunding représentent un laboratoire d’innovation financière grâce à leur agilité et à l’exploitation de leur avance technologique. Elles pourront ainsi observer l’expérimentation lancée par Wiseed, qui a créé un consortium avec RealT et la société de gestion Twenty First Capital pour se positionner sur les opportunités offertes par la tokenisation immobilière. Les plateformes, de leur côté, bénéficient de la force de frappe des banques : base client, pédagogie financière, conseil aux épargants et surtout, confiance des clients.

Des partenariats commerciaux sont nés très naturellement, comme ceux qui unissent les Caisses de Crédit Agricole et MiiMosa, spécialiste du financement de projets agricoles, ou le Crédit Coopératif et des plateformes locales. D’autres partenariats sont d’ordre industriel, témoins de l’intégration complète des acteurs du financement participatif dans l’écosystème bancaire, comme celui composé par WiSeed, le prestataire de paiement Lemonway et BNP Paribas.

Certaines grandes enseignes ont poussé l’intégration jusqu’à acquérir des plateformes spécialisées. Lumo, spécialiste du financement de projets d’énergies renouvelables a rejoint le groupe Société Générale. KissKissBankBank a intégré l’univers de La Banque Postale, qui co-investit aux côtés des particuliers dans le cadre de projets choisis comme « coups de cœur ».

Les plateformes ont créé une réponse digitale à un besoin historique. Elles se sont structurées et spécialisées pour avoir l’impact positif auquel leur vocation les destinait. Ce rôle particulier a sans nul doute contribué à faire en sorte que les plateformes se placent en complémentarité des banques. Les deux typologies d’acteurs y ont d’ailleurs intérêt. Nul doute en effet que les plateformes sont, comme de nombreux acteurs de la fintech, des partenaires et non des concurrents des banques.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº887-888
Répartition par nature de projet des montants collectés en 2022
$!Les banques parties prenantes des financements participatifs
Notes :
1 Financement Participatif France (FPF).
2 Ibid.
3 « Le crowdfunding fait carton plein en 2022 ».
4 Source : Autorité des marchés financiers.