Les banques contraintes
de repenser leur approche client

Créé le

22.04.2024

L’open banking a fait sauter le verrou psychologique de la collaboration et de l’ouverture des données. L’open finance tiendra à son tour ses promesses, à condition de changer fondamentalement l’approche client.

L’évolution vers l’open banking a marqué un tournant décisif dans le monde de la finance, stimulant l’innovation et poussant les banques traditionnelles à se réinventer pour rester compétitives face à des fintechs très agiles. Cette transformation, qui est un processus encore en cours, évolue désormais vers l’open finance. Cette nouvelle étape promet de transcender les frontières existantes de l’open banking en offrant une vue plus complète et intégrée des finances personnelles des clients, englobant non seulement les comptes bancaires mais aussi les investissements, les pensions et les assurances. Toutefois, pour que ce potentiel soit pleinement réalisé, une refonte de l’approche client par les banques s’impose.

Rappelons un point essentiel à l’heure où l’adoption d’une nouvelle réglementation européenne pourrait sembler superflue à certains : l’open banking a été un progrès incontestable pour tous les acteurs.

Chacun a pu y trouver son terrain de jeu, innover, et les consommateurs en ont également bénéficié concrètement avec l’amélioration de leur expérience client et l’émergence de nouveaux services, qui correspondent mieux à leurs besoins et leurs modes de vie. Il a poussé les banques à embrasser l’innovation pour répondre à l’arrivée de nouveaux entrants sur leur marché.

Applications mobiles attrayantes, plateformes en ligne conviviales, interactions clients fluides et personnalisées : l’open banking a placé le client au cœur de la révolution numérique.

La simplification des processus de conformité et la rationalisation de la gamme de produits ont permis aux banques de gagner en efficacité et en performance. Cette évolution se traduit par une meilleure gestion des risques et une relation de confiance renforcée avec les clients. Personne ne songerait à revenir en arrière.

S’ouvrir à la collaboration

L’open banking a incontestablement révolutionné le secteur financier, mais il reste encore du chemin à parcourir :

– la qualité des API bancaires, aujourd’hui inégale, doit être améliorée et standardisée ;

– l’hétérogénéité de la qualité des données et le manque de transparence dans leur gestion constituent des freins à l’innovation ;

– les banques françaises doivent encore surmonter leur aversion au risque et à la collaboration avec des tiers.

Si elles ont fait des progrès en la matière, elles sont encore loin de l’enthousiasme anglo-saxon pour les fintechs.

La directive sur les services de paiement 3 (DSP3) représente une opportunité pour poursuivre l’innovation dans le domaine de l’open banking. Mais pour en tirer pleinement parti, les banques devront faire évoluer leur approche et s’ouvrir davantage à la collaboration. Pour libérer tout le potentiel de l’open finance, une refonte radicale de l’approche client s’impose.

Dans les arcanes des établissements bancaires, la logique traditionnelle repose sur le stock et le taux d’équipement. Il est de notoriété publique que l’essentiel des transactions bancaires provient d’une minorité restreinte de clients, environ un quart en moyenne. L’objectif est de maximiser l’équipement de ces clients en leur proposant sans cesse de nouvelles offres sur mesure, tout en rationalisant les coûts grâce à une personnalisation industrialisée. Cependant, l’intégration des nouvelles technologies pose un défi majeur : élargir la base de clients ciblés tout en individualisant la relation. Envisageons le potentiel si la banque parvenait à élargir cette approche à un tiers de sa clientèle. Mais comment y parvenir ?

L’intelligence artificielle (IA), avec son aptitude à fournir des recommandations pertinentes basées sur des données précises, offre une réponse cruciale. Cette évolution marque un changement stratégique significatif pour les banques, passant d’un modèle de communication « push » à un modèle « pull », où les services sont proposés en réponse aux besoins et aux intérêts exprimés par les clients. Cette approche repose sur une analyse minutieuse des comportements des clients pour leur offrir des solutions véritablement adaptées, allant bien au-delà des simples objectifs de vente de la banque.

Plus la banque pourra bâtir un écosystème de partenaires robuste pour enrichir ses données et ses offres, plus elle sera compétitive. Cette approche génère une valeur ajoutée tant pour le client que pour la banque, transformant ainsi l’expérience bancaire en une interaction plus personnalisée et pertinente.

Désormais, ce ne sont plus les impératifs de taux d’équipement qui dictent les recommandations d’achat ou de vente, mais bien les besoins réels des clients. Ce nouvel alignement des offres sur les attentes spécifiques de chacun bénéficie à toutes les parties impliquées.

Une stratégie de données irréprochable

La clé de cette transformation réside dans l’adoption d’une stratégie de gestion des données rigoureuse, sponsorisée par la direction générale et soutenue par une collaboration étroite entre les équipes techniques et les métiers.

Un projet ambitieux de data management doit être mis en place, identifiant les sources de données fiables, éliminant les doublons, et exploitant au mieux les données structurées comme non structurées. La mise en œuvre de modèles d’IA générative adaptés à chaque segment d’activité bancaire nécessite en outre une base de données précise, mise à jour en temps réel, pour générer une véritable valeur ajoutée.

En particulier, l’utilisation d’un jeu de données verticalisées, mêlant données structurées et non structurées, peut se révéler de la première importance pour fournir un ensemble cohérent et complet d’informations extrêmement précises en temps réel. Cette approche est fondamentale pour la création de modèles d’intelligence artificielle générative verticalisés, qui sont directement applicables et pertinents pour des secteurs spécifiques – et par ailleurs très régulés – comme la banque. C’est un véritable accélérateur de valeur, qui optimise l’efficacité des solutions d’IA et renforce leur impact dans les applications pratiques.

L’avenir de l’innovation bancaire à travers l’open finance offre une perspective enthousiasmante pour une finance plus intégrée, transparente et davantage centrée sur le client. Cependant, pour naviguer avec succès dans cette transition, aucune banque ne peut faire l’économie d’un réexamen de sa politique de données et de son approche vis-à-vis ses clients.

En plaçant les besoins et les attentes des clients au cœur de leur stratégie, les banques ne se contenteront pas de répondre aux exigences réglementaires de l’open finance ; elles s’assureront également d’être à l’avant-garde de l’innovation dans le secteur financier. Cette évolution vers une approche client plus personnalisée et data-driven est non seulement essentielle pour tirer pleinement parti de l’open finance, mais représente également une formidable opportunité de créer de la valeur ajoutée et de nouvelles sources de revenus pour les banques.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº892