Rapprochements bancaires

L’offensive d’UniCredit sur Banco BPM
pousse Crédit Agricole à avancer ses pions

Créé le

24.12.2024

-

Mis à jour le

08.04.2025

Après avoir ravivé les espoirs d’une consolidation du secteur bancaire en Europe en accumulant près de 21 % du capital de Commerzbank, UniCredit a renforcé ceux d’une intégration du marché italien. Le 25 novembre, la banque transalpine a, contre toute attente, lancé une offre publique d’échange (OPE) sur Banco BPM, valorisant cette dernière à 10,09 milliards d’euros. Le ratio d’échange est fixé à 0,175 action nouvellement émise d’UniCredit pour chaque action existante de Banco BPM, soit 6,65 euros offerts par action et une prime d’environ 0,5 % par rapport au 22 novembre.

Cette annonce intervient après deux opérations récentes de Banco BPM : le 6 novembre, l’offre de rachat pour 1,6 milliard d’euros de son partenaire Anima, leader de la gestion d’actifs en Italie, et le 13 novembre, l’achat de 5 % de Monte dei Paschi (MPS), à la suite de la vente de 15 % des participations détenues par le ministère de l’Économie et des Finances.

La prime proposée par UniCredit à Banco BPM par rapport à l’offre de cette dernière sur Anima s’élève à 15 %. La banque cible, qui n’a pour l’heure pas donné son accord à cette offre, estime cependant que la prime proposée est insuffisante. Elle considère qu’elle ne reflète ni la rentabilité sous-jacente de Banco BPM ni son potentiel de création de valeur supplémentaire.

Des craintes pour la concurrence et l’emploi

À travers cette fusion, qui générerait 900 millions d’euros de synergies par an de coûts et 300 millions d’euros en revenus, UniCredit veut renforcer sa position en Italie, qui pèserait alors 50 % du bénéfice net du groupe combiné. Les dirigeants de Banco BPM craignent toutefois une réduction considérable de la concurrence en Italie et des impacts négatifs sur l’emploi et les aspects sociaux.

Cette offensive a refroidi Rome, qui n’a pas été consultée et envisageait plutôt de créer un pôle bancaire entre Banco BPM et MPS. Elle a surtout amené Crédit Agricole, principal actionnaire de Banco BPM et très présent en Italie, à augmenter sa participation de 9,9 % à 15,1 % via des dérivés et demander l’approbation de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour monter à 19,99 % du capital, sans envisager d’offre publique d’achat.

Quant à Commerzbank, UniCredit a annoncé, le 18 décembre, avoir porté sa participation dans la banque d’outre-Rhin de 21 % à 28 % à travers des instruments financiers, et vise toujours les 29,9 %. Le groupe bancaire italien souligne, dans son communiqué, que cette « position reste exclusivement un investissement et n’a aucun impact sur l’offre publique d’échange avec Banco BPM ».

Tân Le Quang

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº899-900