Fintech

La rentabilité des modèles prend le pas sur la croissance

Créé le

22.08.2024

-

Mis à jour le

26.08.2024

Deux thématiques ont marqué le premier semestre 2024 : l’évolution de l’emploi du secteur en France et la performance boursière des principales fintechs internationales cotées
dans le monde, avec le #FINTECH40 lancé par L’Observatoire de la Fintech. En cette rentrée, la fintech française s’apprête
à repartir, sur des bases différentes.

Au premier semestre 2024, la fintech comptait 34 000 collaborateurs en France. Après la forte progression de 2022 (+37 %), le rythme des embauches avait ralenti en 2023 (+11 %) et a conservé une dynamique similaire sur les 6 premiers mois de l’année 2024, avec une augmentation de 5 %.

Cette augmentation globale cache plusieurs disparités : les services (+11 %) et surtout les banques digitales (+13 %) connaissent une belle progression avec une croissance au cours du semestre. À l’inverse, sont en baisse la blockchain (-3 %) et le financement (-5 %). La regtech reste stable (+ 1%) (voir graphique).

Malgré une baisse des effectifs observée pour trois des plus grandes start-up de l’écosystème, la tendance générale reste à la hausse (+5,5 %), avec 423 embauches nettes. Ces dix fintechs représentent environ un quart de l’effectif total (24 %).

Dans le prolongement de l’année 2023, qui avait vu une progression annuelle de 11 % (+3 153 salariés), la fintech a maintenu cette cadence avec une progression semestrielle de 5 % (+1 708 salariés), grâce notamment aux activités à l’adresse des professionnels (BtB) et aux banques digitales.

Pour beaucoup d’acteurs, les réductions d’effectifs qui se sont opérées visent souvent à rationaliser le cash burn et permettre de tendre plus rapidement vers des situations d’équilibre financier.

Le BtB en locomotive

La dynamique de l’emploi est différente selon le secteur d’activité.

Le paiement : +4 % (241 salariés de plus). Le top 3 du secteur du paiement : Swile, Spendesk, Lyra. Spendesk et Swile inversent leurs places en tête de ce classement, avec Swile qui ajoute 124 personnes à son effectif, tandis que Spendesk en perd 82. Lydia connaît la deuxième plus forte hausse, avec 45 nouveaux salariés. Les baisses d’effectifs restent limitées en termes d’impact sur ce secteur, à l’exception de Spendesk.

L’assurtech : +2 % (+113 salariés). Le top 3 du secteur Assurtech : Alan, Shift, Santévet. Avec 94 recrutements, Alan connaît la plus forte progression d’équipe suivie par Descartes (+23), conservant ainsi le même schéma qu’en 2023. Le secteur paraît mieux résister en ce début d’année 2024, avec des réductions d’effectifs contenues, en sus de la fermeture de Luko : Garantme (-13), Caravel (-9) et à égalité, Olino, Zelros et Moonshot internet à -8.

Le middle & back-office : +8 % (+344 salariés). Le top 3 du secteur middle & back-office : Payfit, Agicap et Pennylane, talonnés par Pigment, qui continue d’afficher la meilleure progression d’effectif avec 142 nouveaux collaborateurs. Le secteur apparaît comme assez équilibré.

Les banques digitales : +13 % (+581 salariés). Le top 3 des Banques digitales reste inchangé : Qonto, Nickel et Shine. Qonto conforte sa position de champion de la croissance, avec 271 personnes supplémentaires sur le premier semestre, et poursuit sa route pour passer le cap des 2 000 salariés. Powens, à l’inverse, compte 27 collaborateurs de moins. À noter la croissance de 125 % d’Hélios qui ajoute 64 personnes à son effectif.

Les services aux acteurs de la finance : +11 % (+401 salariés). YesWeHack, Greenly et Tinubu Square constituent le top 3. YesWeHack connaît la plus forte augmentation d’effectif de la catégorie, avec 55 recrutements. À l’inverse, peu de start-up ont connu de véritables baisses d’effectifs.

Le financement : -5 %, soit 158 salariés de moins qu’à la fin 2023. Younited, Pretto et HelloAsso constituent le podium de ce secteur. C’est la disparition d’October qui impacte significativement le secteur. HelloAsso voit son effectif progresser de 25 salariés environ, tandis que Younited reste stable. L’effectif moyen se situe autour de 45 personnes.

L’investissement : +9 % (+192 salariés). Le top 3 du secteur est constitué de Smartrade, Shares et 73 Strings. Comme en 2023, c’est l’effectif de 73 Strings qui a le plus progressé avec 51 recrutements depuis le début de l’année, marquant une accélération, alors que Shares a réduit de 16 personnes son effectif.

La blockchain et les cryptos : -3 %
(-56 salariés). Le top 3 du secteur : Ledger et Kaiko conservent leurs places ; Triple-A vient prendre la troisième et remplace Arianee. Ledger compte 40 collaborateurs de moins qu’à fin 2023. Si DFNS avait beaucoup renforcé ses effectifs en 2023, en ce début d’année 2024, il est le deuxième acteur qui en perd le plus (-16). À noter la cessation d’Eniblock (-33).

Les regtechs : +0,7 % (+10 salariés). Top 3 : Yousign, Doctrine.fr et Legalplace conservent le même podium. Kanta et Doctrine augmentent légèrement leurs équipes. La regtech consolide ses acquis et montre une stabilité quasi mathématique sur ce premier semestre. La stabilisation des levées de fonds dans la fintech qui s’est amorcée ce semestre dans la fintech en France ainsi que la transformation nécessaire des modèles de croissance vers des modèles à l’équilibre ou rentables devraient permettre de poursuivre la dynamique du premier semestre, dans un secteur qui a dépassé 34 000 salariés et qui commence à représenter une masse critique dans l’activité des services financiers en France.

La performance boursière
internationale

L’Observatoire de la fintech et eToro ont construit l’indice #FINTECH40 sur la base de 40 valeurs parmi les plus fortes cotations mondiales de la fintech. Sa composition s’étend à des valeurs moins importantes, afin de couvrir les différentes géographies dans lesquelles la fintech opère, et également les différents métiers de la fintech.

On retrouve ainsi en termes de répartition géographique le continent américain (25 sociétés), l’Europe (9 sociétés), l’Asie (5 sociétés) et l’Océanie (ı société).

Ralentissement des IPO

La moitié des fintechs de l’indice étaient cotées avant 2018. Les années 2020 et surtout 2021 ont vu de nouvelles introductions en bourse (IPO), en raison des conditions favorables de marchés et taux d’intérêt encore historiquement bas.

Le début de cycle de hausse de taux, qui a démarré en 2022, a coïncidé avec l’arrêt des IPO de fintechs, ne bénéficiant plus de conditions aussi favorables pour s’introduire en Bourse. Toutefois, la valeur française Pluxee a réussi une introduction en bourse début février 2024 et a été intégrée à l’indice en remplacement de Hipay.

Performance de l’indice

La somme des capitalisations boursières des 40 sociétés de l’indice à fin juin 2024 totalise 685 milliards USD. Cela se rapproche d’un indice de valeurs émergentes et constitue une base intéressante pour ce tissu économique relativement récent. L’Observatoire de la Fintech souligne qu’il y a eu de vraies créations de valeur pour des sociétés âgées de 10 à 20 années seulement, comme Nubank (valorisée 52 milliards USD), Adyen (valorisée 40 milliards USD), Block (valorisée 39 milliards USD) ou encore Xero (valorisée 13 milliards USD).

En valeur pondérée, l’indice Fintech 40 en base 100 au 31 décembre 2018 progresse de +51 % depuis le 1er janvier 2018, étant donné la fragmentation relativement importante de ce marché des fintechs, la volatilité de l’indice est assez marquée. En effet, de 2018 à 2020, l’indice a progressé de +268 %, connaissant son pic.

En revanche, les années 2021 et surtout 2022 ont vu les cours des principales fintechs dévisser, en chute respectivement de -16 % et -46 %. L’année 2023 a marqué un rebond significatif de l’indice (+32 %). Après un excellent premier trimestre 2024, l’indice a consolidé au second trimestre pour porter la performance à -4 % depuis le début de l’année.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº895
Répartition des effectifs par métier à mi-2024
$!La rentabilité des modèles prend le pas sur la croissance
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Performance de l’indice #Fintech40
$!La rentabilité des modèles prend le pas sur la croissance