Près de 50 000 recrutements ont eu lieu en 2022 dans le secteur bancaire. Une année record qui pointe une autre réalité : la guerre des talents féroce à laquelle se livrent les établissements pour attirer les meilleurs profils. Dans le viseur, évidemment, les nouvelles générations, promesses d’avenir. En quête de sens et de mobilité, engagées et écoconnectées, les banques doivent valoriser les perspectives d’employabilité qu’elles offrent et le rôle crucial qu’elles vont jouer à l’avenir dans le financement de la transformation durable, si elles veulent maintenir et renforcer leur attractivité. Certaines l’ont déjà bien compris : rencontres dans les salons d’étudiants, job datings, politique d’alternance dynamique (+2 000 en un an)...
À ce jeu-là, les banques ne manquent pas d’arguments : les niveaux de rémunération et les avantages sociaux figurent parmi les standards les plus élevés du marché. Les programmes de formation (4,5 millions d’heures de formation en moyenne chaque année) permettent de faire évoluer les salariés vers des postes variés, avec des cycles de promotion réguliers. Enfin, le secteur bancaire mène une politique de l’emploi responsable qui promeut la parité (les femmes représentent la moitié des personnes recrutées, un cadre sur deux et 60 % des promotions), mais aussi l’équilibre des temps de vie (90 % des salariés sont couverts par un accord sur le télétravail) et l’insertion, via des programmes en faveur des populations plus fragiles.
Reste que, bien souvent, les enjeux de rétention se trouvent ailleurs. D’après une étude de l’éditeur RH ADP, le premier motif d’insatisfaction au travail (46 %) est l’absence de progression dans son poste. Un sujet central pour les banques, aux organisations parfois perçues comme figées et silotées, et qui, dans un marché extrêmement concurrentiel, cherchent depuis plusieurs années à élargir la mobilité au-delà des parcours métiers, pour offrir aux collaborateurs des perspectives de carrière plus diversifiées. Le Crédit Agricole a ainsi créé les MobiliJobs pour promouvoir la mobilité entre entités du groupe.
La mobilité, clé de la rétention
Aujourd’hui, les établissements n’hésitent plus à permettre à leurs salariés de faire le grand écart : en 2021, une mobilité sur cinq pouvait ainsi être qualifiée de « lointaine », avec un changement de métier1.
Adaptation de l’organisation du travail, accompagnement renforcé des managers de proximité, mise en place de politiques d’insertion pour attirer des profils différents, veille prospective pour anticiper les besoins et compétences de demain, notamment à travers un partenariat avec LinkedIn, comme l’a fait le Crédit Agricole SA pour accélérer le développement des compétences de ses 75 000 collaborateurs... Les directions RH sont sur le feu. L’enjeu est d’autant plus fort que le secteur est en pleine transformation et requiert de nouvelles compétences, notamment une plus grande connaissance des nouvelles technologies, une compréhension des réglementations, une culture des risques, de l’intelligence artificielle (IA), ou encore une appréhension métier des enjeux RSE. Autant de compétences indispensables pour gagner en efficacité et mieux encadrer les clients avides d’accompagnement et de conseil en investissement.
Ces nouvelles compétences sont rares et les banques vont sortir leur plus bel apparat pour les attirer. Elles vont notamment devoir combattre certains stéréotypes : vision d’une organisation très structurée et hiérarchique, avec peu de place laissée à l’autonomie, charge de travail élevée, pénibilité des métiers en front client... La solution passe par la refonte de leur marque employeur :
– en innovant, comme l’a fait Société Générale qui a travaillé sur un recensement de tous les cas d’usage d’IA générative pouvant aider les métiers bancaires de demain ;
– en communiquant largement sur la diversité des carrières et des passerelles ;
– en partageant le rôle que les banques vont jouer dans le financement de la transition.
Certains acteurs ont d’ailleurs pris les devants. L’École de la Banque et du Réseau a ainsi mis en place, depuis 2020, une politique d’engagement citoyen ambitieuse qui bénéficie du label Lucie, premier label RSE français basé sur la norme internationale ISO 26000.
Sens, perspectives et raison d’être : voilà ce que les banques devront inspirer à l’avenir, si elles ne veulent pas risquer de voir partir (ou de ne jamais voir arriver jusqu’à elles) les meilleurs profils.