Avec près d’un million de contrats signés en 2023, l’alternance connaît depuis quelques années un engouement exponentiel. Qu’elles soient collectées par les services de l’État, par Engagement Jeunes ou par la Fondation The Adecco Group, les données convergent et ne font que renforcer le côté positif de cette tendance : 90 % des entreprises interrogées et 91 % des alternants sont satisfaits de leur expérience, 93 % des jeunes déclarent avoir choisi la voie de l’alternance de leur propre chef, 88 % des entreprises (6 points de plus qu’en 2022) indiquent y recourir pour anticiper leurs besoins en compétences. L’alternance n’est donc manifestement plus une orientation « par dépit », mais bien une volonté de l’ensemble des parties, désormais très conscientes de l’intérêt de cette modalité d’apprentissage.
Le secteur de la banque et de l’assurance s’inscrit largement dans cette logique. Non seulement ses métiers recrutent massivement et en permanence, mais cette tendance ne semble pas mollir malgré l’introduction récente de l’intelligence artificielle (IA) générative. Face aux nombreux départs en retraites de la génération du « baby-boom », les entreprises du secteur sont contraintes d’anticiper cette importante perte de main-d’œuvre et de compétences en misant sur les nouvelles générations. En cela, l’alternance est une réponse qualitative que les sociétés prennent sérieusement en considération.
Mais « fort engouement » et « volumes sans précédent » des contrats d’alternance laissent aussi entendre, en creux, « marché tendu » et « compétition ». Pour attirer et conserver les jeunes talents, il est nécessaire de leur proposer une expérience singulière, reflet de la culture de l’entreprise.
Une vraie différenciation
Les chiffres positifs évoqués ci-dessus ne doivent pas faire oublier que l’amélioration reste toujours possible. Et dans certains cas, elle est plus que nécessaire. Les études révèlent en effet que seuls 7 % des alternants affirment avoir bénéficié d’un parcours d’intégration ou de formation spécifique. De même, 22 % expriment le regret de ne pas avoir bénéficié de tuteur, ce malgré l’obligation légale inscrite dans le Code du travail. Des retours regrettables quand on sait que la majeure partie des apprenants accompagnés saluent le travail et l’encadrement de leurs maîtres d’apprentissage. Lorsqu’on sait que la satisfaction globale des alternants est étroitement corrélée à la qualité de la relation tutorale, la question de l’accompagnement se pose comme l’un des principaux enjeux pour les entreprises.
La mise en place d’un tutorat personnalisé présente de nombreux avantages, et pas seulement pour le jeune. L’alternant acquiert des compétences précises qui viennent répondre aux besoins spécifiques de l’entreprise. Autonomie et confiance en soi sont développées, favorisant engagement et fidélité. Dans le même ordre d’idées, un alignement entre les deux parties est mutuellement bénéfique : aidé de son tuteur s’il le faut, l’alternant identifie ses objectifs et les partage avec l’entreprise, qui est ainsi à même de le guider vers des opportunités – internes dans la mesure du possible – qui répondront à ses aspirations de début de carrière.
Grâce à des effectifs mieux formés et motivés, l’entreprise gagne en performance globale. Elle réduit son turnover et renforce son image-employeur en transformant ses salariés en ambassadeurs de sa marque. Grâce à un soutien préparé, l’apprenant s’adapte de son côté plus aisément à son environnement de travail, maximisant ainsi ses chances de réussite dans sa formation.
De bonnes pratiques dès l’accueil
La plateforme Engagement jeunes rassemble de très nombreux acteurs1 du secteur de la banque et de l’assurance. Une richesse qui offre une vue panoramique et un retour d’expérience de premier ordre sur les actions valorisées par les jeunes eux-mêmes.
Parmi celles-ci, on retrouve bien sûr la mise en place d’un on-boarding anticipé et préparé : présentation de l’équipe, de l’entreprise et de ses enjeux, des métiers et des outils. Indispensable, l’intégration constitue la première étape de l’accompagnement. Si l’on cherche à se démarquer, il est possible d’aller plus loin et de « personnaliser » l’expérience en la teintant de la culture de l’entreprise.
Chez Allianz Trade2, par exemple, en plus des pratiques citées ci-dessus et d’échanges avec des apprenants embauchés, un auto-diagnostic est proposé aux alternants au moyen de l’outil DISC (Dominant, Influent, Stable, Consciencieux). Très différente d’un test de QI ou d’aptitudes, cette méthode relève de l’analyse comportementale. La proposer dès l’intégration vise plusieurs objectifs. En découvrant leur profil ainsi que ceux de leurs collègues, les alternants commencent à parler le même langage que l’entreprise et prennent conscience de la complémentarité de chacun à travers les différences. Ils en apprennent davantage sur eux-mêmes, mais également sur la manière de fonctionner des autres. L’analyse DISC est une vraie plus-value pour l’entreprise, qui peut également utiliser les résultats pour orienter l’attribution de tâches en fonction du profil et du tempérament de l’alternant.
Second exemple avec AG2R La Mondiale3, qui met elle aussi à profit cette journée d’intégration. Au-delà des inputs « classiques », elle consacre une après-midi entière à la découverte du concept d’agilité. Au sein d’une entreprise, cette compétence se définit par plusieurs caractéristiques : une hiérarchie simplifiée, des équipes plus autonomes, une communication transparente et nourrie de feedbacks permanents, le partage de bonnes pratiques et de connaissances en interne... Les entreprises qui mettent l’agilité au cœur de leur culture sont dans une démarche de réactivité et de proactivité. Elles mettent la qualité de vie et le bien-être professionnel des collaborateurs en avant. Toutefois, retenons que l’implication collective est un des moteurs de ce concept. C’est pourquoi AG2R La Mondiale initie les alternants à ce principe dès leur arrivée, qui plus est, de manière ludique en proposant un « jeu » animé par des coachs.
Les deux exemples d’accompagnement personnalisé présentés répondent au développement récent des « soft skills » chez les alternants. Au-delà des compétences techniques, les entreprises sont en effet de plus en plus attentives aux aptitudes relationnelles, comportementales et cognitives de leurs salariés, et notamment des jeunes, susceptibles de « faire un bout de chemin » avec elles.
Un accompagnement sur le long terme
Pour beaucoup, l’accompagnement doit se prolonger jusqu’à la fin de contrat des jeunes. À ce titre, les actions qui préparent le départ de l’entreprise sont également primordiales pour les alternants. Être orienté et conseillé pour la suite de son parcours est un véritable atout, d’ailleurs salué par de nombreux jeunes. Des entreprises comme Siemens Finance ou Allianz Trade ont ainsi mis en place des bilans personnalisés de fin d’alternance en lien avec l’équipe Campus Management. Grâce à eux et aux retours des maîtres d’apprentissage, les profils à haut potentiel sont signalés aux équipes de recrutement et HR Business Partner (HRBP). Ces entreprises proposent un « off-boarding day », au cours duquel les alternants sont invités à des ateliers RH : revue de CV, simulation d’entretien, bonne utilisation des réseaux sociaux, etc.
Du premier pas jusqu’au dernier jour dans l’entreprise, l’alternant est soutenu, accompagné et conseillé. Et même ensuite, pour les entreprises qui utilisent Engagement Jeunes : la plateforme leur permet de construire leurs viviers de jeunes formés tout en les partageant avec leur écosystème en mode « recrutement circulaire ».
Les acteurs du secteur de la banque et de l’assurance sont conscients que les années à venir seront probablement un défi du point de vue des effectifs et des talents. Dans ce contexte, l’alternance se veut un dispositif particulièrement adapté auquel ces entreprises prêtent une attention particulière. Face à un marché de l’emploi en tension sur certaines poches de compétences, les organisations qui sauront proposer un accompagnement personnalisé auront tout à gagner dans cette guerre de l’attractivité.