Les salaires des banquiers européens largement revalorisés

Créé le

11.03.2026

-

Mis à jour le

12.03.2026

La différence des émoluments avec les patrons de banques américaines reste néanmoins colossale.

L’année 2025 s’est finalement imposée comme un bon millésime pour le secteur bancaire international. « La guerre tarifaire avec les États-Unis au début de l’année 2025 a boosté les résultats du premier trimestre des banques dans les activités de marchés de capitaux, ce qui a permis de dégager un premier semestre excellent, suivi d’une deuxième partie d’exercice plutôt bon », explique Diane Segalen, fondatrice du cabinet de recrutement Segalen+Associés.

Les profits record ont dopé
les
packages

Du nord au sud de l’Europe, les rémunérations s’en font sentir. La palme de la banquière la mieux payée revient à la présidente du numéro un de la banque espagnole Santander. Avec 18,54 millions d’euros, Ana Botin voit ses émoluments grimper de 34,6 % sur une année. Cette augmentation significative intervient alors que la première capitalisation bancaire européenne (137,6 milliards d’euros) a dégagé des profits record de 14,1 milliards d’euros l’an dernier. Ana Botin fait donc mieux que l’ensemble de la classe dirigeante bancaire espagnole, y compris le directeur général de sa concurrente, la numéro deux BBVA : la rétribution totale du président Carlos Torres Vila a atteint 8,1 millions d’euros en 2025, tandis que celle du DG, Onur Genç, est ressortie à 6,97 millions, selon des données fournies par l’entreprise.

Surtout, la présidente fait mieux que le directeur général d’UBS, Sergio Ermotti, dont la rémunération a stagné l’an dernier, recevant tout de même un montant total de 14,9 millions de francs suisses, soit 16,54 millions d’euros.

Du côté italien, le directeur général du numéro deux bancaire UniCredit, Andrea Orcel, a enregistré une rémunération totale en hausse de 30 %, à 13,2 millions d’euros. Son enveloppe recouvre un salaire de 3,6 millions d’euros, auquel s’ajoutent 0,2 million d’autres éléments fixes et un bonus de 9,4 millions d’euros, dont une prime exceptionnelle de 2,2 millions d’euros payée en actions.

Fin des indemnités complémentaires au Royaume-Uni

À l’image du reste de l’Europe, les patrons de banque britanniques sont également parvenus à tirer leur épingle du jeu. Georges Elhedery, qui a pris la relève en tant que DG d’HSBC en 2024, a reçu une enveloppe totale de 14,4 millions de livres sterling pour 2025, en hausse de 9 % sur un an. Même constat pour le directeur général de Barclays, Coimbatore Sundararajan Venkatakrishnan, dont l’enveloppe de rémunération est passée de 11,6 millions de livres en 2024 à 15 millions de livres en 2025, soit 17,31 millions d’euros. Avec un package de 6,6 millions de livres (7,62 millions d’euros), le directeur général de Natwest, Paul Thwaite a reçu l’enveloppe de rémunération la plus élevée de l’ensemble des DG de la banque anciennement quasi nationalisée depuis le tristement célèbre Fred Goodwin, en 2006.

Conséquence du Brexit, la suppression du plafonnement des bonus dans la banque au Royaume-Uni a redistribué les cartes, tout particulièrement pour les profils se situant en dessous de la direction générale : « Ces profils avaient jusqu’à présent bénéficié d’indemnités complémentaires (allowances), ce qui avait pour effet de donner une plus grande flexibilité dans le montant des salaires », explique Stéphane Rambosson, co-fondateur et directeur général de Vici Advisory, une société britannique de conseil et d’executive search. « Avec la disparition du plafonnement sur les bonus, le recours à ces indemnités au Royaume-Uni a diminué voire complètement disparu dans certains cas. »

En France, le Conseil d’administration de Société Générale a proposé, fin février, une hausse de 45 % de la rémunération fixe du directeur général, Slawomir Krupa, à quelque 2,4 millions d’euros par an à partir de 2026, en raison d’« une performance exceptionnelle » du groupe depuis son arrivée.

Différence d’approche

De façon générale, les niveaux de rémunération des dirigeants bancaires européens n’ont aucune commune mesure avec ceux des patrons de banques américaines, qui s’échelonnent cette année entre 40 et 47 millions de dollars, la palme revenant à David Solomon, P-DG de Goldman Sachs. « Les niveaux de rentabilité des banques américaines ont toujours été plus élevés que ceux des banques européennes », explique Diane Segalen, « la part des actions dans leur enveloppe de rémunération est particulièrement élevée et représente un différentiel de deux à trois comparé aux banques européennes ».

La ventilation des bonus est aussi très différente en fonction de l’origine géographique des banques. Selon Stéphane Rambosson, « les banques américaines ont concédé cette année des enveloppes de bonus en hausse dans une fourchette allant de 4 à 10 % ; au sein des banques européennes, les bonus sont restés stables ou en très légère augmentation ».

Cet écart s’explique par une différence d’approche majeure entre les deux continents. Si les banques américaines récompensent largement les financiers lors de bonnes années, à l’inverse, elles les rétribuent beaucoup moins en cas de mauvais résultats. Les banques européennes essaient de répliquer ce schéma mais dans une bien moindre mesure.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº915
Les 5 dirigeants de banque européenne les mieux rémunérés
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