La jeune fille de la petite ville de Montmorillon, dans la Vienne, aspirait à devenir journaliste. Mais la trajectoire de Priscille Szeradzki a finalement pris une tout autre direction : elle vient d’être élue directrice générale de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM). « À l’unanimité », a tenu à préciser Daniel Baal, président de l’organe central du Groupe Crédit Mutuel, lors de la présentation des résultats 2025.
Des « chemins de traverse »
Cette promotion intervient trois ans seulement après son entrée au Crédit Mutuel, en 2023, en tant que directrice générale adjointe. Âgée d’une quarantaine d’années, cette énarque paraît avancer vite. « La curiosité est vraiment un moteur essentiel pour moi », explique-t-elle. L’international a tout d’abord eu ses faveurs. L’étudiante en « prépa » littéraire, passée ensuite par Sciences Po Lille, découvre l’univers de la diplomatie à la faveur d’un stage au ministère des Affaires étrangères en Afrique australe.
Une « littéraire » à la tête d’un groupe de banques ? « J’ai pris beaucoup de chemins de traverse », commente-t-elle. Une expérience au sein de Reporters sans frontières la rapproche de la presse, avant de revenir au quai d’Orsay. S’enchaînent ainsi des postes au sud d’Israël, au centre de crise du ministère des Affaires étrangères, comme auprès de personnes réfugiées à l’Ofpra, en prise avec des situations complexes, puisqu’elle a également fait partie du corps diplomatique français participant au processus de paix au Proche-Orient.
L’expérience de la solidarité
Fonctionnaire d’État, ses pas la conduisent au ministère de l’Économie et des Finances. Impliquée à la Direction générale du Trésor sur des questions de lutte antiblanchiment, elle découvre le dialogue avec les institutions financières. Nommée rapporteure au Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), en charge de restructurations d’entreprises en difficulté, Priscille Szeradzki y retrouve la confrontation à des situations difficiles qu’elle doit dénouer.
Ces années ont semble-t-il laisser une empreinte forte en elle. Sa voix se teinte d’émotion lorsqu’elle les évoque : « C’était un collectif très fort, très soudé. » Parmi ses valeurs cardinales figure d’ailleurs aujourd’hui le triptyque « solidarité, utilité, collectif ».
La quête d’utilité paraît un motif récurrent de son parcours, comme si elle s’était prise au jeu de ces situations. Loin de tout cynisme cependant : « Lorsqu’on a en face de soi des personnes en grande difficulté, il s’agit d’être très concret et en capacité d’apporter des solutions rapidement. ». Rester dans le concret, une approche que la désormais directrice générale de la CNCM place comme prioritaire : « Je fais vraiment attention à ne pas être déconnectée du terrain. »
Avant tout, prendre l’autre en compte
Quant à estimer qu’elle a tiré de ses expériences passées une expertise de négociatrice, Priscille Szeradzki apporte des nuances : « L’idée, pour moi, c’est plutôt d’être dans l’écoute pour trouver des solutions. Si l’on ne prend pas le temps de comprendre le parcours et le cheminement de chacun, il est difficile d’avancer collectivement. » Présidente du Groupement européen des banques coopératives (EACB) depuis 2024, elle précise d’ailleurs à ce sujet : « Au-delà de la dimension de lobbying, l’objectif est avant tout de porter une voix commune pour l’ensemble des banques coopératives européennes. »
Cette posture fait écho au récit d’Isabelle Ferrand, à ses côtés en tant que directrice générale de la CNCM, lorsque Priscille Szeradzki y a fait son entrée : « Ce qui a été vraiment marquant, c’est sa qualité d’écoute et ses capacités d’adaptation », des traits de comportement de la première importance, selon la prédécesseure de Priscille Szeradzki : « Au sein d’un groupe coopératif, ses qualités relationnelles et son management résolument humain sont des atouts majeurs. Elles lui permettent d’incarner et de défendre nos valeurs avec conviction. »
Relevons au passage que, même si la situation est apaisée aujourd’hui au sein de la CNCM, les qualités de diplomatie et d’écoute demeurent essentielles au sein du groupe mutualiste.