Quels enseignements tirez-vous de l’édition 2026 de votre Students Challenge ?
Au total, une centaine d’équipes se sont portées candidates, chacune réunissant cinq à six participants, soit environ 600 étudiants concernés. Un nombre remarquable pour cette sixième édition, en progression par rapport aux années précédentes. Nous avons donc réussi à attirer davantage d’étudiants, grâce à une campagne de communication plus active auprès des clubs d’investissement des grandes écoles et universités, partout dans le monde.
L’autre enseignement concerne l’élévation du niveau, particulièrement notable lors de cette édition. Pour être compétitifs, les étudiants, qui ont tous une très bonne culture financière, doivent savoir la mettre en pratique. Or nous constatons que, en la matière, les enseignements reçus vont dans le bon sens. L’objectif du concours consiste à gérer pendant trois mois un portefeuille fictif de 100 millions de dollars avec les mêmes contraintes qu’un gérant, tant en termes de passage d’ordres que de respect de critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et de gestion du risque. Les étudiants ne sont pas jugés sur le seul critère de la performance, mais aussi sur leur capacité à défendre leur stratégie d’investissement devant un jury.
Comment la dimension durable est-elle perçue par les étudiants ?
La dimension ESG correspond à l’ADN de Natixis Investment Managers et s’inscrit, depuis le début du concours, comme un critère déterminant. Les équipes en lice doivent toutes s’emparer de ce sujet. D’ailleurs, les gagnants de l’édition 2026 l’étaient d’autant plus qu’ils s’étaient donné pour nom Green Folio. Nous constatons que les étudiants en finance sont désormais parfaitement à l’aise avec les principes de l’investissement durable, tant au regard de leur compréhension de la nomenclature SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) que de leur connaissance des enjeux, qui depuis deux ans se diffusent de l’impact vers le financement de la transition. Ils savent aussi inscrire leur réflexion dans l’actualité. Cette année, la souveraineté est ainsi ressortie fortement dans leurs scénarios macroéconomiques. Depuis deux ans, il leur est par ailleurs demandé d’intégrer une réflexion sur les actifs privés (private equity, dette privée, immobilier, infrastructures...). Leur raisonnement stratégique doit donc prendre en compte ces dimensions de long terme.
Le gérant de demain devra-t-il maîtriser l’IA ?
C’est un passage obligé que les étudiants ont bien intégré. Les trois équipes finalistes du Students Challenge comptaient toutes au moins un profil « quant » et possédaient des compétences data très solides. Mais leurs usages de l’IA se résumaient surtout à une aide pour mieux structurer leur présentation devant le jury. Pour le moment, elles n’ont pas misé sur l’IA pour contribuer à leur décision d’investissement en tant que telle, mais nul doute que cela devrait être le cas prochainement.
Le recours à l’IA dans la gestion constitue un enjeu majeur, d’autant plus pour un gestionnaire actif comme Natixis Investment Managers, qui revendique une approche de conviction. À date, il n’existe pas encore de portefeuille généré par l’IA capable de battre durablement les indices. En revanche, l’IA s’inscrit pleinement dans ce que nous appelons « l’analyste augmenté ». Elle permet d’incorporer et d’étudier davantage de données, d’identifier un moment optimal d’achat ou de vente, et surtout de travailler avec le même degré de valeur ajoutée sur de la donnée non structurée, externe à l’entreprise, afin de détecter des signaux faibles sur les marchés. Le gérant de demain devra donc nécessairement incorporer l’IA dans son processus de décision d’investissement.
Concrètement, comment ce concours nourrit-il votre politique de recrutement ?
Ce concours nous permet d’accéder à des profils que nous aurions eu du mal à identifier autrement, et de nous faire déjà une idée de leur capacité de travail, notamment en équipe. Résultat : chaque année, nous récupérons 70 à 80 CV de bonne qualité que nous pouvons solliciter plus tard. Notre objectif ne consiste pas à les juger d’un point de vue RH pendant le concours, mais à observer les interactions, à la fois entre eux, avec leurs mentors et avec le jury. À la clef, un ou deux membres de l’équipe finaliste de ce concours se voient in fine proposer un contrat long terme au sein de l’une de nos sociétés de gestion affiliées. Au total, sur six ans, nous avons recruté une dizaine de jeunes directement issus du challenge.
Cette compétition est par ailleurs favorable pour notre marque employeur et pour nos collaborateurs en interne. Un grand nombre d’entre eux se portent candidats pour devenir mentors car, outre le challenge, ils apprennent eux aussi de ces échanges. Confrontés à des jeunes qui portent des visions différentes des leurs, ils sont amenés à s’interroger sur leur propre façon d’exercer le métier. Par exemple, les étudiants voient généralement l’IA comme une opportunité. Ils ont le sentiment d’un avantage réel en étant formés directement avec ces outils, ce qui rend l’accès à l’IA plus simple pour eux que pour les générations précédentes.
Comment les métiers de la gestion d’actifs évoluent-ils dans la banque ? Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui veut devenir gérant de portefeuille ?
Sur les métiers cœur, tels que gérants, analystes ou encore vendeurs, nous voyons moins d’évolution à très court terme. En revanche, certains métiers en support évoluent très rapidement, comme le marketing et la gestion de contenus, où il faut transmettre l’information sous des formats compréhensibles par les IA génératives, avec de nouvelles compétences de référencement associées.
De nouveaux métiers émergent aussi. Nous avons besoin, par exemple, de renforcer nos équipes en cybersécurité, et de recruter de nouveaux profils sur les infrastructures de marché en lien avec la tokenisation et la blockchain, deux évolutions technologiques particulièrement transformatrices pour notre métier.
Un jeune qui souhaite devenir gérant doit ensuite cibler ses candidatures et, surtout, éviter d’envoyer un CV ou une lettre de motivation rédigés par l’IA. Le nombre de courriers aujourd’hui presque interchangeables que nous recevons est considérable. Or un candidat doit continuer de se démarquer. Ensuite, les profils qui se distinguent sont ceux qui combinent culture scientifique et culture business, ou une connaissance ESG approfondie. L’expertise technique n’est plus à elle seule un élément différenciant et doit être aussi renforcée par des soft skills. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous limitons les entretiens virtuels dans notre politique de recrutement. Nous devons désormais davantage voir un candidat pour évaluer sa capacité à travailler collectivement, à opérer en réseau, à être agile et à adopter une posture proche du test and learn... Il faut aussi qu’il possède cette ouverture, presque cette insouciance, des jeunes générations face à la technologie.