La transformation des services financiers par les fintechs représente actuellement un ensemble complexe d’enjeux qui façonnent cette industrie, et à l’heure de l’IA, de l’essor de la blockchain et des stablecoins, les sujets de transformation sont encore nombreux dans les services financiers.
Nous avons pris conscience il y a plusieurs années, avec l’équipe de l’Observatoire, qu’il était primordial, pour stimuler cette dynamique d’innovation, que ses fondements soient intégrés par les générations à venir dès le démarrage de leur carrière professionnelle. Nous avons alors conçu un programme de formation complet, sur 15 séances de 3 heures, que nous enseignons en écoles et universités comme Dauphine, HEC ou Polytechnique.
À l’issue de ce programme de formation, les étudiants, par groupe de 5, doivent présenter un projet complet de start-up fintech avec les dimensions produit, réglementaire, tech, RH et financière.
Le 13 décembre dernier, ce Fintech Innovation Challenge s’est tenu avec les étudiants du Master Entrepreneurs de l’École Polytechnique et de HEC et a permis à quatre groupes de présenter leurs projets de start-up devant un jury composé d’experts de la finance, de la technologie et de l’entrepreneuriat. Au-delà d’un exercice académique où ces étudiants devaient présenter leurs projets de fin de semestre, cette compétition a été un catalyseur pour l’avenir de l’industrie financière, avec un aperçu de ses tendances.
Le Master X-HEC Entrepreneurs
Composé d’un tiers de polytechniciens, d’un tiers d’HEC et d’un tiers d’externes, ce Master se compose de 120 étudiants venus rechercher une immersion dans des missions entrepreneuriales concrètes, sur le terrain, qui les amènent à développer leur état d’esprit entrepreneurial, avant de travailler sur leur projet. Sihem Jouini et Bruno Martinaud le codirigent, respectivement sur le volet académique et innovation, et se sont adjoint les forces de l’Observatoire de la Fintech en proposant à Mikaël Ptachek de prendre la responsabilité de l’option de spécialisation fintech.
Avec les experts et le réseau de l’Observatoire de la Fintech, c’est un programme de plus de 50 heures d’immersion dans la Fintech, qui est dispensé chaque année, pour offrir aux étudiants le plus large panorama des sujets, métiers, technologies, contraintes et enjeux que l’on croise dans la Fintech, avec la constitution d’un réseau professionnel de 50 experts de renom.
Aujourd’hui, le Master peut se prévaloir de nombreux projets entrepreneuriaux lancés dans tout type de secteurs et en particulier dans la Fintech. Cette année encore, les étudiants du Master se sont montrés inspirés par la fintech, avec pour cette année 2023-2024 une forte dimension « impact » et une sensibilisation « intelligence artificielle » (IA).
Les étudiants ont bénéficié de trois mois pour préparer leur projet de fintech, en étant accompagné par des mentors qui les ont rencontrés à intervalles réguliers pour encadrer leur travail. Leur étude de marché préalable a pu se nourrir des données mises à disposition par l’Observatoire de la Fintech cet par Mind fintech avec son outil d’intelligence économique.
Les projets en compétition
Ce matin-là au 13 décembre, quatre groupes de cinq étudiants se succèdent pour présenter leur projet, sur des thèmes allant de la recherche automatisée au financement en Afrique, en passant par le financement de la transition énergétique et la tokenisation de parts d’objet de collection de prestige.
Le premier groupe « pitche » son projet durant 10 minutes. Les rôles sont bien répartis, les slides animées, les punchlines fusent. Puis une séquence de questions-réponses à bâtons rompus s’engage avec les membres du jury. Les étudiants répondent au fur et à mesure, se lancent parfois des regards inquiets mais soutiennent avec assurance leur projet, et argumentent pour répondre à chaque critique. Leurs idées sont construites, preuve qu’ils ont travaillé et maturé leur sujet.
Cette première équipe à entrer dans la compétition avait choisi de combiner crédit et IA à travers le projet « Imbuto », une plateforme de microcrédit qui s’appuie sur l’IA pour permettre aux fermiers par leur coopérative agricole de bénéficier de crédits d’une façon innovante et simple, via WhatsApp. Le projet vise à améliorer l’inclusion financière des agriculteurs au Rwanda dans un premier temps, puis dans un périmètre géographique plus large en Afrique. Cette idée de repenser les systèmes de financement traditionnels a suscité des discussions animées avec le jury et les porteurs du projet, Martin Badoil, Simon Beguin, Oscar Benoit, Élise Descamps et Maxime Le Berre.
Le second groupe vient ensuite se proposer, avec « Green3 », d’apporter des éléments de réponse à l’un des défis majeurs du siècle, la transition énergétique, en proposant une plateforme qui en permet le financement en crypto. Des débats techniques s’ouvrent alors avec le jury sur ces notions, l’intérêt de ce mode de financement et les aspects réglementaires qui en découlent. L’équipe composée de Paul-Aimé Bouton, Alexis Grandet, Hugo Polizzi et Emmanuel Schmidt-Le Roi répond tour à tour pour démontrer sa conviction.
Équipé de baskets reluisantes, le troisième groupe fait à son tour son entrée pour présenter « Sneak-E », une solution pour « rendre liquides des actifs illiquides ». Ces étudiants ont imaginé un exchange permettant d’acheter et vendre des objets de collection de valeur, à commencer par des sneakers. La technologie blockchain permettra la tokenisation des objets et assurera des transactions plus rapides, sécurisées et transparentes. Cette approche a soulevé des questions du jury à l’équipe formée par Clément Abiven, Nathan Ben Kemoun, Arthur Bloch, Alexandre Gommez et Alexis Moret sur la démocratisation de l’investissement et la collection d’articles rares, ainsi que la création de nouvelles opportunités pour les petits investisseurs.
Le dernier groupe présente « My Analyst : your virtual finance intern ». Le projet consiste à développer une solution de recherche et d’analyse de données issues des réseaux sociaux en utilisant l’IA pour assister dans le processus de research les banques, cabinets de conseil et aider à la prise de décision. Cette approche novatrice a suscité des questions du jury à l’équipe formée par Hugo Danet, Nicolas Domnesques, Selma Esqualli, Yassine Hargane et Karim Rkha-Chaham, en raison de son potentiel à transformer la manière dont les organisations gèrent leurs processus de recherche et l’évolution du travail de junior de la recherche vers l’analyse.
Délibération du jury
Une première synthèse, basée sur une grille de notation homogène, a suivi le passage de chaque groupe. Puis le jury a remis son appréciation en perspective après avoir auditionné l’ensemble des projets.
Les critères portaient sur l’innovation, la faisabilité, l’impact potentiel sur le marché et la capacité à résoudre des problèmes réels dans l’industrie financière.
Le jury était composé de dix membres sélectionnés pour la diversité et la complémentarité de leurs expériences et points de vue, professionnels de la Fintech, de la banque, de l’investissement, de la Tech, du conseil et de l’enseignement.
Autour de Mikaël Ptachek, Bruno Martinaud et Mia Chen, Emmanuel Papadacci-Stephanopoli (La Fabrique by Crédit Agricole), Antoine Fraysse-Soulier (eToro), Guillaume Marchal (Mastercard), François Assada (KPMG), Pierre-Yves Platini de (Mind Group), Alexandre Rispal (Sorius), Natasha Dimban (TECHFIN) et Hua Sun-Bai (Business Angel).
Sur la base des discussions et des grilles d’analyse, le classement du jury s’est opéré.
Le rapporteur du jury, Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, a détaillé pour chaque groupe la teneur des discussions, mettant en avant les points qui ont favorablement attitré l’attention du jury, mais aussi ceux que chaque équipe aurait à retravailler. Car même si chaque projet est prometteur, l’expérience montre que, même pour les projets entrepreneuriaux qui ont connu beaucoup de succès, la proposition de valeur qui a fonctionné a souvent été le fruit de nombreuses itérations et adaptations par rapport à la version initiale. Le travail commence donc à présent, en quelque sorte.
Enfin, le jury annonce la nouvelle : le projet Sneak-E remporte le trophée du Challenge, avec son exchange d’objets de collection tokenisés. L’équipe se verra ainsi accompagnée par un coaching et des mises en relation via les organisations de chacun des membres du jury (KPMG, Mastercard, eToro et TECHFIN), dès le démarrage du développement du projet.
Au-delà de la compétition, le Fintech Innovation Challenge a offert aux étudiants une occasion précieuse d’apprendre de l’expérience de l’entrepreneuriat fintech : les apports d’expérience et recommandations constructives du jury ont permis aux participants de perfectionner leur idéation et de mieux appréhender les défis pratiques auxquels ils seront confrontés lors de la mise en œuvre.
Des enseignements profitables
Bien plus qu’une simple compétition étudiante, le Fintech Innovation Challenge est un catalyseur et s’inscrit comme l’un des dispositifs vecteurs de l’innovation pour l’avenir des services financiers en favorisant l’innovation, l’entrepreneuriat et la collaboration entre les futurs leaders.
Ce challenge a également démontré que l’union de la technologie et de la finance peut conduire à des percées spectaculaires, ouvrant la voie à un avenir financier plus intelligent, plus efficace, plus inclusif et plus durable. Ces projets prometteurs pourraient bien être les prémisses de solutions qui façonneront le visage de la finance dans les années à venir. D’ailleurs, le Master se prévaut déjà de nombreux projets et success-stories lancés dans tout type de secteurs (Doctolib), et en particulier dans la fintech avec Goodvest (Joseph Choueifaty), Estaly (Mathis Batoul), Killbills (Sid-Ahmed Chikh-Bled), Lola Health (Claire Trescartes, Sixtine Deslandes), Lebma (Iman Mbaye, Alexandre Shadid), Karmen (Gabriel Thierry, Baptiste Wiel), REasy (Brice Mba) ou encore Aplo (Oliver Yates).
Prochaine étape pour les groupes en ce début d’année 2024 : un processus d’incubation avec le partenaire du programme, Platform58, l’incubateur de La Banque Postale, sous la direction d’Antoine Pichot et d’Anastacia Bertrand. Avant l’accueil de la prochaine promotion.