Depuis quelques années, le secteur bancaire, comme tant d’autres, est impacté par une pénurie de talents. Chaque établissement tente désespérément d’attirer de nouveaux profils. Le constat est simple : leur population salariée vieillit et le secteur peine à recruter. Aujourd’hui, l’âge moyen des collaborateurs de la filière se situe entre 43 ans et 50 ans. Les entreprises misent donc sur l’alternance, portée par les derniers dispositifs d’aide, pour capter et fidéliser des jeunes recrues et rééquilibrer la moyenne d’âge des équipes.
En tant qu’experts de l’insertion professionnelle des jeunes, nous avons constaté cette explosion du nombre de formations en alternance. Beaucoup ont été créées mais que valent-elles vraiment ? Si certains centres de formation pour apprenti (CFA) ou organismes de formation s’engagent à améliorer leurs pratiques d’enseignement et d’accompagnement, afin de toujours mieux répondre aux attentes des entreprises accueillantes et aux besoins des étudiants, d’autres sont moins regardants sur la qualité des formations dispensées. Comment s’y retrouver ?
De nouveaux adeptes
de l’alternance
L’engouement autour de l’alternance s’est accéléré depuis 2020 et la mise en place de généreuses aides à l’embauche pour les entreprises. Les établissements du secteur bancaire ne passent pas à côté de cette évolution et se sont adaptés à ce changement.
Au vu de l’actuelle pénurie de talents et des difficultés de certains groupes à recruter depuis la crise de 2008, l’alternance reste une option de sourcing non négligeable. Ce type de formation professionnalisante plaît de plus en plus, notamment parce qu’il a déjà fait ses preuves. En 2023, 4 alternants sur 5 décrocheront un contrat à durée indéterminée à la suite de leur apprentissage dans le secteur de la banque. Recruter en alternance permet de dénicher des profils dans tous les métiers connexes au secteur, et ils sont nombreux. On trouve désormais des formations en alternance dans toutes les filières, de la finance à la comptabilité, en passant par la gestion, le droit, les ressources humaines, la relation client ou encore la communication. La prise de conscience va même plus loin : certains établissements s’associent à des organismes de formation pour créer des cursus spécifiques, d’autres développent même leurs propres établissements de formation.
La deuxième raison qui pousse le secteur vers l’alternance est que celle-ci favorise souvent la diversité et l’inclusion dans les organisations, des valeurs aujourd’hui essentielles aux yeux de la génération Z (nées entre 1997 et 2010) et décisives pour la bonne image de la marque employeur. Il est vrai que le système de l’alternance, au sein duquel l’étudiant est rémunéré et les coûts de la formation sont pris en charge par l’employeur, permet plus d’égalité. Les entreprises sont ainsi en mesure d’attirer des profils variés et de promouvoir la diversité au sein de leurs équipes, au-delà du rajeunissement des effectifs. Seul bémol, la grande majorité des recrutements d’alternants dans le domaine bancaire concernent des formations Bac+4 ou Bac+5. Les Bac+2 peinent encore à convaincre les recruteurs. Pourtant, une ouverture sur ces profils serait sans doute profitable aux équipes.
Les formations jaugées par
les étudiants et leurs tuteurs
Depuis 2014, nous accompagnons à la fois les étudiants (dans leur recherche de stage, alternances ou premier emploi), les entreprises (dans la gestion de leur vivier de talents), et les CFA et écoles (dans la valorisation de leurs cursus). Nous sommes les premiers à avoir créé, en 2016, un label décerné aux entreprises qui accueillent le mieux les jeunes, le « Label Engagement Jeunes ». Souhaitant valoriser les meilleures pratiques d’accueil, d’accompagnement, de tutorat, d’onboarding, nous nous sommes basés sur le témoignage des premiers intéressés : les étudiants eux-mêmes. Chaque année, nous valorisons les entreprises les plus engagées en la matière et nous avons le plaisir de retrouver au palmarès des acteurs importants des mondes de la banque et de l’assurance. Cette année encore, on retrouve parmi les entreprises labellisées Société Générale, AG2R La Mondiale ou Malakoff Humanis.
Devant le succès de ce premier label, de nombreuses formations ont souhaité, elles aussi, se confronter à l’avis de leurs alternants et de leurs tuteurs en entreprise. C’est sur leur demande que nous avons créé l’an dernier le « Label Alternance », pour valoriser les formations les plus performantes, innovantes, engagées et alignées avec les besoins de leurs étudiants et des entreprises. Ce label a rapidement été perçu comme un gage de qualité pour les établissements bancaires et assureurs, qui cherchaient à recruter des alternants. C’est une démarche constructive, car notre notation, basée sur les témoignages des jeunes, de leurs tuteurs et sur un certain nombre d’exigences de la certification Qualiopi, aide également les responsables de formations à améliorer leurs pratiques. Plusieurs items sont étudiés : contenus des enseignements, adéquation de ces derniers avec les besoins de l’entreprise, accompagnement du jeune dans sa recherche de poste, suivi et échange avec le tuteur tout au long de l’alternance. Bref, l’idée est de proposer des cursus alignés avec les besoins du marché. Dans le secteur de la banque ou de l’assurance, le besoin est bien présent. Les entreprises, en quête d’alternants performants, sont ravies généralement de pouvoir participer à l’amélioration des apprentissages.
De leur côté, les étudiants sont sensibles au fait d’être sollicités pour témoigner au cours de leur alternance. Et pour les jeunes qui seraient en cours de sélection de leur formation, la labellisation a une vraie valeur. Ils y voient une garantie de qualité de formation, de suivi et d’adéquation avec les attentes de leurs futurs recruteurs.
Si les entreprises sont prêtes à aller plus loin, à s’investir, et si elles ont semble-t-il bien compris les enjeux liés à l’alternance en termes de recrutement et de diversité, elles ne doivent pas en rester là. L’alternance dans le secteur bancaire ne doit pas être perçue comme une solution miracle. Les entreprises doivent s’engager à accompagner leurs jeunes tout au long de leur formation. Quand elles les accueillent, elles doivent pouvoir garantir leur employabilité à l’issue de leur formation. Le rôle du tuteur au sein des établissements bancaires est donc essentiel et central. Nous préconisons toujours que la personne soit formée à ce rôle, pour délivrer les bons messages et faire monter l’étudiant en compétences.