Irina Zviadadze : « Le risque non systématique
joue aussi un rôle important sur les marchés d’actifs »

Créé le

13.06.2023

-

Mis à jour le

15.06.2023

Le Prix 2023 du Meilleur Jeune Chercheur en Finance et Assurance IEF/Fondation Scor pour la Science a été attribué à Irina Zviadadze, professeure associée à HEC Paris. Ses recherches portent sur l’évaluation des actifs et les compensations des risques auxquels ils sont exposés.

Quel est votre sentiment à la suite de votre remise du prix du Meilleur Jeune Chercheur en Finance et Assurance IEF/Fondation SCOR pour la Science ?

Irina Zviadadze : J’ai été ravie d’apprendre que j’allais recevoir cette année le prix du Meilleur Jeune Chercheur en Finance et en Assurance. Je suis très reconnaissante envers les organisateurs que sont la Fondation SCOR pour la Science, l’Institut Europlace de Finance et l’Institut Louis Bachelier de m’avoir offert cette opportunité. Je considère ce prix comme très précieux, en particulier parce qu’il a été décerné auparavant à plusieurs de mes collègues qui sont des modèles pour moi.

Quels sont vos principaux domaines de recherche ?

I. Z. : Mes recherches portent sur l’évaluation des actifs. Je réfléchis aux risques auxquels les investisseurs sont exposés lorsqu’ils achètent différents actifs (actions, obligations, qui peuvent être libellées dans différentes devises) et à la manière dont ces expositions aux risques sont compensées.

Dans le cadre de mes travaux, j’ai examiné les opérations de portage de devises (carry-trade), le risque extrême sur le marché des changes et la manière dont la politique monétaire interagit avec la dynamique de l’économie et des marchés d’actifs. J’ai également développé des méthodes de diagnostic de modèles pour identifier les modèles économiques les plus précis qui décrivent l’évolution des marchés d’actifs et les risques compensés sur ces marchés.

Pouvez-vous mentionner les résultats notables de vos recherches sur l’évaluation des actifs ?

I. Z. : En ce moment, j’étudie l’importance du risque non systématique sur les marchés d’actifs, qui a donné lieu à un document de travail intitulé « What is Missing in Asset Pricing Factor Models », co-écrit avec Massimo Dello Preite, Raman Uppal et Paolo Zaffaroni. Une croyance populaire en économie financière estime que les investisseurs exigent une compensation pour l’exposition au seul risque systématique. Ce dernier représente les chocs communs auxquels tous les actifs sont exposés. Un exemple de ce type de choc est l’arrivée d’une récession économique. Lorsqu’un choc économique négatif se produit, le prix des actifs a tendance à baisser et un investisseur subit une perte dans son portefeuille d’investissement précisément lorsque l’inflation augmente, que la croissance économique ralentit et que le chômage s’accroît. Comme les investisseurs n’aiment pas perdre de l’argent, en particulier lorsque l’économie est en récession, ils exigent une compensation pour le risque incorporé dans les rendements des actifs. Cette compensation se traduit par des rendements attendus positifs. Le rendement attendu est censé être plus élevé pour un actif plus exposé au risque systématique.

En revanche, le risque non systématique représente les chocs idiosyncrasiques entre l’actif et le rendement. Par exemple, ces chocs surviennent en raison d’un changement dans la gouvernance ou d’une innovation technologique au sein d’une entreprise donnée. Le point de vue économique conventionnel est que les investisseurs ne sont pas indemnisés pour ce type de risque parce qu’ils peuvent l’atténuer en investissant dans de nombreux actifs.

Mes co-auteurs et moi-même remettons en cause cette vision et démontrons empiriquement que le risque non systématique joue un rôle important sur les marchés d’actifs : les investisseurs ont besoin d’une compensation significative pour l’exposition au risque non systématique. Nous établissons un lien entre ce résultat et les frictions du marché (par exemple, certaines restrictions réglementaires et contraintes financières) qui empêchent les investisseurs de constituer des portefeuilles bien diversifiés et les biais comportementaux. Nos conclusions sont importantes pour comprendre et évaluer les rendements des stratégies d’investissement.

Comment vos travaux peuvent-ils s’appliquer au secteur financier ?

I. Z. : Les résultats de mes recherches pourraient être directement appliqués à l’élaboration de stratégies d’investissement. En ce qui concerne mes projets de recherche actuels mentionnés précédemment, mes coauteurs et moi-même pouvons montrer comment concevoir une stratégie d’investissement exposée uniquement au risque systématique ou non systématique. La première stratégie est exposée au risque lié au cycle économique, alors que la seconde ne l’est pas. Ainsi, les investisseurs pourraient bénéficier de la diversification et récolter des primes de risque supplémentaires.

Pour conclure, quels seront vos prochains sujets de recherche ?

J’aimerais poursuivre mon programme de recherche sur l’importance du risque non systématique. Il y a de nombreuses questions que mon équipe souhaite aborder à l’avenir. Par ailleurs, je suis actuellement très intéressée par la question de la viabilité de la dette publique, qui a augmenté dans de nombreux pays développés depuis la pandémie de Covid-19. Pourquoi les obligations souveraines sont-elles si spéciales pour les investisseurs, alors que leurs rendements ne dépendent pas seulement des cash-flows futurs ? Les obligations d’État ne sont pas des actifs classiques et nous comptons analyser sur le plan quantitatif si elles sont spéciales ou pas.

À retrouver dans la revue
Revue Banque HS-Stratégie-Nº6
Le prix IEF/SCOR 2023 du Meilleur Jeune Chercheur en Finance et en Assurance
Le Conseil scientifique de l’Institut Europlace de Finance (IEF) a décerné le prix 2023 du Meilleur Jeune Chercheur en Finance et Assurance à deux lauréats, arrivés ex æquo dans le processus de délibération. La cérémonie de remise de prix s’est déroulée le 21 mars, au cours de la seconde journée de la seizième édition du Risks Forum (Forum international des risques financiers), avec Philippe Trainar, directeur de la Fondation SCOR pour la Science, et Didier Valet, président de l’IEF et vice-président de l’Institut Louis Bachelier.
Cette année, les heureux élus sont Irina Zviadadze, professeure associée en finance à HEC Paris et chercheuse affiliée au CEPR (Centre for Economic Policy Research), et Olivier Guéant, chercheur en mathématiques appliquées et professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Afin de récompenser leurs travaux antérieurs et les encourager dans leurs recherches actuelles et à venir, les jeunes chercheurs ont chacun reçu un chèque de 7 500 euros.
Pour rappel, le prix a été créé en 2005 et est parrainé par la Fondation SCOR pour la Science depuis 2016. En 2017, le Conseil scientifique de l’IEF a décidé d’élargir ce prix à la recherche en assurance. Pour être éligible, les chercheurs doivent être âgés de 40 ans maximum et affiliés à une institution académique française.
Irina Zviadadze
Irina Zviadadze est professeur associé de finance à HEC Paris depuis 2019, où elle enseigne l’économie financière. Elle a obtenu un doctorat en finance en 2013 à la London Business School. Entre 2013 et 2019, elle a été professeur adjoint de finance à la Stockholm School of Economics.
Irina Zviadadze s’intéresse à la tarification des actifs. Elle étudie le couple rendement-risque sur différents marchés d’actifs (actions, obligations et marchés des changes) et à différents horizons. Ses articles ont été publiés dans le Journal of Finance, le Review of Financial Studies et le Journal of Financial and Quantitative Analysis. Ils ont également été présentés lors de nombreuses conférences et séminaires dans le monde entier. Irina a reçu plusieurs prix de recherche, dont le prix Hans Dalborg, récompensant l’excellence de la recherche en économie financière.