Dans le secteur financier (banque, assurance, asset management et banque d’investissement), le marché de l’emploi traverse une transformation significative. Si le taux de chômage reste stable, à 7,5 %, les métiers évoluent rapidement. La digitalisation des services financiers, amplifiée par l’introduction d’outils tels que l’intelligence artificielle (IA) et la blockchain, redéfinira les processus de gestion dans le secteur. Parallèlement, la pression des régulations financières – Bâle III, Solvency II – et l’adoption des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) modifient les stratégies d’investissement et les pratiques des institutions financières. Paris, première place financière européenne depuis le Brexit, doit désormais relever le défi de l’innovation technologique et de régulations toujours plus strictes.
Les institutions doivent aussi traiter le sujet de l’engagement des collaborateurs, essentiel pour maintenir la productivité et la compétitivité dans un environnement en constante mutation. Sans oublier l’évolution rapide des attentes des consommateurs, plus exigeants sur les services numériques et la nécessité d’adopter des pratiques plus transparentes et durables.
À chaque segment sa révolution
L’arrivée de nouveaux acteurs a provoqué un déplacement significatif du marché, avec des solutions nouvelles, à l’instar de Revolut pour les particuliers, Qonto chez les pro ou Keewe dans les paiements. Ces créations bousculent les modèles traditionnels. Ces institutions numériques offrent des services toujours plus rapides et plus personnalisés, souvent perçus comme plus agiles et plus transparents. En réponse, les établissements historiques investissent massivement dans la digitalisation et l’automatisation de leurs processus, avec une conséquence : une partie de leurs effectifs traditionnels, notamment dans les fonctions de guichet, sont remplacés par des solutions en ligne.
Les métiers de la banque d’investissement, du trading et de la gestion d’actifs sont, quant à eux, de plus en plus influencés par l’IA : elle aide à prédire les tendances du marché et à automatiser une grande partie des analyses financières. L’automatisation des processus devient également essentielle dans l’assurance, où les technologies sont utilisées pour l’évaluation des risques et la gestion des sinistres.
Quant aux gestionnaires d’actifs, ils sont contraints d’intégrer des critères ESG dans leurs stratégies d’investissement, modifiant ainsi la nature même des métiers dans le secteur. Ces évolutions nécessitent une montée en compétences des professionnels, qui doivent allier expertise technique, maîtrise des nouvelles technologies et compréhension des enjeux environnementaux et sociaux.
À chaque entreprise sa stratégie
Face à ces mutations, les grandes institutions bancaires réévaluent leurs stratégies pour s’adapter aux nouvelles réalités du marché. Par exemple, le groupe BPCE a récemment dévoilé un plan stratégique visant à améliorer sa rentabilité et à diversifier ses activités d’ici 2030. Ce plan inclut l’expansion de sa gamme de produits d’assurance et l’augmentation des partenariats, comme celui avec Verisure pour la télésurveillance. Le groupe prévoit également de recruter deux millions de nouveaux clients en six ans, en renforçant son réseau de 6 000 agences et en intégrant des avancées technologiques, dont l’IA, pour optimiser ses services.
Cette stratégie est totalement différente de la trajectoire de la Société Générale imaginée par Slawomir Krupa ou de celle de HSBC. Le groupe s’est séparé de son réseau d’agences en France au profit de My Money Bank, qui lui-même a prévu des fermetures d’agences sur la nouvelle marque CCF. Dans leur diversité, ces initiatives visent à répondre aux défis d’une concurrence accrue, de la digitalisation et des nouvelles attentes des consommateurs, tout en assurant une croissance durable et une meilleure rentabilité.
Les entreprises font évoluer leur stratégie. Les métiers de la finance, eux-mêmes, subissent la transformation d’un marché qui se digitalise enfin. De quoi donner plus d’opportunités à certains profils qu’à d’autres. Dans une logique de gain de productivité et d’amélioration de la robustesse de leur processus, les acteurs introduisent de nouvelles technologies comme l’IA et la blockchain, par exemple, qui impactent des activités poussiéreuses comme la gestion des portefeuilles et par là même la manière dont les décisions d’investissement sont prises. Les entreprises du secteur financier doivent donc adopter des stratégies novatrices pour repérer, former et fidéliser les talents nécessaires à leur transformation. Une révision des processus de recrutement est nécessaire pour attirer des profils à la fois techniques et agiles, capables de naviguer au sein d’organisations de plus en plus complexes.
Miser sur l’innovation et le digital
Les institutions financières doivent également renforcer leur culture de l’innovation, en favorisant la créativité et en soutenant la mise en place de solutions en phase avec les attentes des consommateurs actuels. Parallèlement, un autre enjeu majeur est l’image des banques traditionnelles, souvent perçue comme conservatrice et figée. Pour attirer les jeunes talents, elles doivent se réinventer, non seulement en modernisant leurs infrastructures, mais aussi en adaptant leur organisation et leur manière de manager. Cela passe par la création d’un environnement de travail flexible, centré sur la collaboration et l’inclusivité, afin de répondre aux attentes des nouvelles générations.
L’agilité des collaborateurs comme point clef
À l’horizon 2030, les compétences techniques et transversales seront au cœur des métiers financiers. La digitalisation, en particulier l’intelligence artificielle et le big data, autrement dit, la gestion des données massives, sera incontournable. Les professionnels devront être capables d’analyser et de protéger des données complexes et de prédire des tendances de marché à l’aide de ces technologies. La cybersécurité sera également cruciale, à mesure que les risques liés aux cyberattaques se multiplient. En parallèle, les compétences transversales telles que l’agilité, la capacité à intégrer des technologies émergentes et la gestion du changement seront primordiales. L’adaptabilité des professionnels sera testée face à des transformations rapides, que ce soit sur le plan technologique ou réglementaire.
Utile maîtrise des enjeux ESG
Enfin, la compréhension des enjeux ESG deviendra essentielle pour les gestionnaires d’actifs et les institutions financières, car elles devront répondre à des exigences de plus en plus fortes en matière de durabilité.
Le secteur financier se tient sur une ligne de crête, certes, mais il dispose de nombreux atouts pour innover et créer de la valeur à tous les étages de la fusée. La digitalisation, les nouvelles régulations et la montée en puissance des critères ESG imposent une adaptation rapide de la part des entreprises et des professionnels de la finance. Les institutions financières capables de transformer ces défis en opportunités, en anticipant ces évolutions, seront bien positionnées pour faire face à l’avenir.
La finance durable doit être l’objectif et le point cardinal des grandes transformations à venir au sein des organisations. À n’en pas douter, le sujet sera sur toutes les tables des prochains boards. Ce virage permettra d’innover et de renforcer la compétitivité, ainsi que la crédibilité d’un secteur de plus en plus en décalage avec les nouvelles générations.