Six lettres : EUROPE... L’Union européenne est au cœur de ces deux sujets. Pour l’identité numérique, il est question aujourd’hui de la mise en application de la seconde version du règlement eIDAS. Chaque pays a encore un an pour mettre en une place des systèmes de portefeuille d’identité, interopérables en Europe, et les acteurs privés concernés, grandes plateformes et acteurs du secteur financier entre autres, auront ensuite un an pouvoir les accepter. Pour les marchés de capitaux, c’est à l’Union de l’épargne et des investissements (UEI) qu’il faut s’intéresser.
Disons-le tout de go : aucun de ces sujets ne fait consensus. Le débat sur l’identité numérique ? Il porte d’abord sur les choix stratégiques à faire. Notre dossier explique ainsi les différences majeures entre la France et l’Allemagne en la matière. Mais d’aucuns s’interrogent aussi sur la pertinence de nouveaux développements, à l’heure où beaucoup de capitaux ont déjà été engagés sur d’autres dossiers, par exemple la lutte contre la fraude, alors que l’identité numérique peut avoir aussi cette fonction. D’autres jugent qu’il s’agit là d’une véritable révolution, avec la nécessité d’agir vite pour prendre des positions fortes.
Un projet ? Mieux vaut en avoir un pour générer une dynamique. Encore faut-il qu’il soit un minimum consensuel... Sinon, il est certes possible d’avancer, mais le lièvre se muera en escargot, prêt à rentrer dans sa coquille au moindre rayon de soleil. Le projet européen est par définition engoncé dans le cadre institutionnel des traités. Aujourd’hui force est de constater que l’Europe nous abreuve de mots susceptibles de fédérer. Mais tous les projets ont du mal à être accepter, à créer une dynamique. L’Europe produit du marketing linguistique : le remplacement de l’Union des marchés de capitaux (UMC) par l’UEI en est le plus bel exemple. Certes, c’est plus joli. Mais plus efficace ? Permettez à l’observateur que je suis d’en douter, constatant que, selon les contacts, l’UEI est présentée comme la remplaçante de l’UMC chez certains, ou comme une partie de l’UMC chez d’autres. Projet il y a, peut-être, mais apparemment tout n’est pas parfaitement compris...
D’autres débats autour du projet européen se trouvent dans ce numéro. En particulier, sur l’euro numérique de détail. Vivien Levy-Garboua et Gérard Maarek se sont livrés à une analyse comparative des stratégies des États-Unis et de la zone euro, en termes de pilotage de la monnaie. Laurent Quignon, lui, analyse la dernière note de la Banque Centrale Européenne sur les effets de l’euro numérique sur la stabilité financière. Et il demande à ce que les calculs soient refaits ! Quant à EPI et ses actionnaires, ils ont décidé d’interpeller publiquement la place.
Si l’Europe a des projets claudicants, la France, elle, n’a plus vraiment de projet. La première semaine de décembre sera l’occasion de voir l’état politique du pays. En jeu : le vote ou non du projet de financement de la Sécurité Sociale. On se rappelle que Michel Barnier était tombé sur ce sujet, en 2024. Une fois encore, nous avons fait le choix de ne traiter aucun sujet budgétaire et fiscal dans ce numéro. Mais histoire de ne pas totalement éluder les débats qui agitent les élites du pays, nous sommes allés à la rencontre de François Ecalle, pour mieux comprendre le fonctionnement et les problématiques des dépenses publiques.
Bonne lecture à vous. C’est notre projet ! n