Mobilisation générale

Créé le

21.05.2024

Ce 2 juin à Strasbourg, le Parlement européen ouvre ses portes au public. Un dimanche, c’est exceptionnel. Mais durant l’année, chacun peut assister à ses douze sessions plénières. Faut-il rappeler que le Parlement européen est la seule assemblée transnationale au monde élue directement ? Il approuve le budget de l’Union européenne (UE) et contrôle la manière dont l’argent est dépensé. Il élit également, sur proposition du Conseil européen, le président de la Commission européenne, branche exécutive de l’UE, nomme ses commissaires et leur demande des comptes. Représentant les intérêts des citoyens de l’UE, les 720 députés qui vont prendre place à Strasbourg après les élections du 9 juin ont un rôle concret.

La nécessité de financements de long terme est un enjeu tout aussi concret pour l’avenir de l’UE. C’est l’objet de ce supplément proposé aux abonnés de Revue Banque en partenariat avec l’Association des marchés financiers (Amafi). Car l’UE doit faire face à des transitions majeures, rappelle le président de l’Amafi Stéphane Giordano, les « 5D » : digital, défense, décarbonation, démondialisation et démographie. Un défi, alors que les 27 États membres tentent de réduire leurs déficits budgétaires et endettements, sur fond d’inflation. Plus que jamais, l’union fera la force.

Un horizon partagé

S’unir pour financer les transitions et plus largement l’économie européenne, afin de soutenir la compétitivité et la croissance de l’UE, ainsi que le soulignait Patrick Artus dans Revue Banque le mois dernier1, voire sa souveraineté face à d’autres puissances (États-Unis, Chine...), dans un contexte de crises (Covid, inflation...) et même de guerre à nos portes, est une attente partagée. L’Union des marchés de capitaux (UMC), lancée il y a près de dix ans, en constituerait un socle solide si elle était menée à son terme.

Afin d’atteindre cet objectif, la Commission européenne (dans son dernier rapport annuel sur le marché unique et la compétitivité), les États membres et parties prenantes multiplient les propositions, pour l’essentiel convergentes. L’UMC devrait être l’une des priorités de la prochaine mandature européenne.

Dans cette perspective, le Conseil européen a demandé à Enrico Letta de recueillir les avis des différentes instances nationales et supranationales, du monde patronal et syndical ainsi que des associations de la société civile, afin de franchir une nouvelle étape de l’intégration européenne. L’ancien chef de gouvernement italien et président de l’Institut Jacques Delors leur a présenté ses conclusions lors d’un sommet extraordinaire. Dans la foulée, la France a partagé les « recommandations concrètes » du « rapport Noyer », remis par un comité d’experts présidé par le gouverneur honoraire Christian Noyer, au ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire.

Des rapports convergents

Après les élections, l’ancien président de la Banque Centrale Européenne puis du Conseil italien, Mario Draghi, publiera le sien. Il a déjà fait part de ses convictions, notamment sur la nécessité de mobiliser non « seulement l’argent public, mais aussi l’épargne privée ».

L’excédent d’épargne des citoyens européens serait une source de financement s’il était canalisé vers l’économie. Toutefois, depuis la crise financière de 2008, plutôt que d’être investi dans l’UE, il est placé sans risque ou exporté. Le constat fait l’unanimité. Créer un produit d’épargne européen pourrait être une piste. Favoriser la titrisation afin de libérer la capacité de financement des banques est une autre proposition concrète. Et l’Union bancaire pourrait constituer un prolongement de l’UMC. Sans omettre, pour renforcer les fonds propres des entreprises européennes, le capital-investissement et le rôle des investisseurs institutionnels tel que la France a su le valoriser.

Les nombreux articles de ce supplément démontrent l’importance d’une mobilisation de tous. Nous remercions chacun des auteurs pour leur contribution.

Bonne lecture

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº893bis
Notes :
1 « Il faut repenser la politique économique de l’Union européenne », n° 892, p. 22 : https://www.revue-banque.fr/lectures/patrick-artus-il-faut-repenser-la-politique-economique-de-l-union-europeenne-CD19291461.