Juillet 2026 sera un mois décisif pour l’épargne réglementée en France. Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique fixera les nouveaux taux du Livret A, du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) et du Livret d’épargne populaire (LEP) à partir du 1er août 2026 et pendant les six prochains mois. Bercy peut choisir d’appliquer la formule légale ou, si la Banque de France le recommande, de s’en écarter.
Les taux impliqués
selon les formules légales
Les modalités de détermination du taux du Livret A sont indiquées sur l’arrêté du 27 janvier 2021 relatif aux taux d’intérêt des produits d’épargne réglementée. Normalement, lorsqu’il est modifié, le taux du Livret A doit être égal au maximum entre 0,5 % et la moyenne arithmétique de la moyenne semestrielle du taux à court terme en euros (€STR) et de la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac en France. Le résultat est arrondi au dixième de point le plus proche ou, à défaut, au dixième de point supérieur. Ces moyennes sont calculées sur le semestre qui précède le mois de décision. Pour le taux du Livret A à partir d’août 2026, la formule doit être calculée en juillet 2026 sur base des moyennes du taux €STR et de l’inflation hors tabac de janvier 2026 à juin 2026. Sur base de données encore partielles, il est nécessaire d’estimer quelles seront ces moyennes, et le taux du Livret A qui en résulte.
Moyenne du taux €STR
au premier semestre
Le taux €STR est presque parfaitement corrélé au taux de la facilité de dépôt de la BCE. Or, depuis juin 2025, ce dernier s’élève à 2 %. La BCE pourrait le réviser à la hausse lors de sa prochaine réunion de politique monétaire qui a lieu le 11 juin, avec application à partir du 17 juin. À partir de cette date, le taux €STR augmenterait alors mécaniquement. Mais, même en cas de hausse au 17 juin, celle-ci ne concernerait que quelques jours sur le semestre retenu et n’aurait donc qu’un effet marginal. Concrètement, si le taux de facilité de dépôt reste inchangé lors de la prochaine réunion, la moyenne du taux €STR de janvier 2026 à juin 2026 sera de 1,931 %. Si le taux de la facilité de dépôt est augmenté à 2,25 %, la moyenne du taux €STR sur ce semestre sera de 1,951 %. Si le taux de la facilité de dépôt est augmenté à 2,5 %, la moyenne du taux €STR sur ce semestre sera de 1,971 %.
Quid de l’inflation ?
L’INSEE a déjà publié les taux d’inflation hors tabac des mois de janvier (0,25 %), février (0,88 %) et mars (1,67 %). L’Institut a aussi publié le taux d’inflation global et le taux de croissance annuelle des prix du tabac pour avril 2026. Cela permet, sur base des coefficients de pondération, de calculer que le taux d’inflation hors tabac de ce mois a été de 2,15 %. Il reste donc à utiliser des hypothèses à propos de l’inflation hors tabac des mois de mai et juin. Les scénarios considérés ici sont d’abord que ce taux reste inchangé à 2,15 % en mai et juin, ensuite que ce taux soit de 2,5 % en mai et juin, et puis que ce taux soit de 2,5 % en mai et 3 % en juin. Pour ces différents scénarios, la moyenne de l’inflation hors tabac de janvier 2026 à juin 2026 serait alors de 1,5418 %, 1,6579 % ou 1,7412 %.
Les hypothèses sur le taux €STR et l’inflation hors tabac peuvent être combinées sous la forme de plusieurs scénarios, qui produisent chacun un taux du Livret A impliqué par la formule légale.
Pour les combinaisons d’hypothèses très plausibles, la formule légale impliquerait donc un taux d’intérêt du Livret A et du LDDS de 1,8 % à partir d’août. Pour le LEP la formule légale impliquerait alors un taux d’intérêt de 2,3 % à partir d’août.
Application stricte de la formule ou dérogation ?
Toutefois, l’arrêté précise que si la Banque de France estime que des circonstances exceptionnelles justifient une dérogation à l’application de cette formule, elle peut transmettre une autre proposition au ministre de l’Économie, qui décide.
Plusieurs types de dérogation sont possibles, avec des plausibilités différentes.
Les autorités pourraient décider de maintenir inchangé le taux du Livret A et du LDDS, sur base de l’hypothèse que la crise est temporaire et va se résoudre très vite et que l’inflation va donc se normaliser très bientôt. C’est toutefois très peu plausible.
Une autre possibilité, en sens contraire, serait que les autorités souhaitent protéger mieux le rendement réel de l’épargne contre une poursuite de la crise inflationniste, et décident d’offrir un taux du Livret A et du LDDS supérieur au résultat de la formule, et par exemple arrondir à 2 %. Cette option a une meilleure plausibilité qu’un maintien des taux inchangés.
En ce qui concerne le taux du LEP, qui est déjà à 2,5 %, supérieur au résultat potentiel de la formule, les autorités sont très susceptibles de déroger et le maintenir au moins inchangé.