En réponse aux menaces, les organisations maritimes internationales (ICS, BIMCO, Intercargo, Intertanko, OCIMF, CLIA, IMCA) ont actualisé, le 5 février 2024, leurs conseils pour les transits en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, à la suite des opérations militaires américaines et britanniques. Leurs recommandations, portant sur les itinéraires, la sécurité des navires, et l’usage de gardes armés, visent à renforcer la sécurité maritime dans ces zones critiques.
Des marchés perturbés
de longue date
Alors que les années 2008-2015 ont vu le nombre d’actes de piraterie exploser, surtout dans le golfe d’Aden et le nord-est de l’océan Indien, la situation s’est améliorée, même si le golfe de Guinée et le détroit de Malacca ont conservé des niveaux de risque élevés.
Il semble que la piraterie venant de Somalie s’active à nouveau, ce qui ajoute un danger supplémentaire pour le trafic entre Europe et Asie. Le marché des hydrocarbures subit également de nombreuses turbulences ces dernières années, d’origines géopolitiques ou sanitaires :
– 2018 (nov.) : retrait des États-Unis de l’accord nucléaire Iranien et remise en place des sanctions interdisant l’achat de pétrole Iranien ;
– 2019 (juin) : deux tankers, japonais et norvégien (Kokuka Courageous et Front Altair), sont attaqués dans le Golfe arabo-persique ;
– 2020 : mise sous cloche mondiale en raison de la pandémie, provoquant une chute vertigineuse des cours du brut avec des prix négatifs temporaires à terme et l’entrée dans un contango ;
– 2022 (févr.) : invasion russe de l’Ukraine. Suivront de nombreuses sanctions visant la Russie et la mise en place, sous l’impulsion du G7 et de l’UE, des accords « Cap Price » sur les produits raffinés et le brut d’origine russe ;
– 2023 : attaques des Houtis en mer Rouge.
Ces événements marquent le besoin pour un producteur et/ou négociant de s’adapter extrêmement rapidement aux différents changements mais représentent également des opportunités ainsi que de la volatilité propice au dynamisme commercial.
Stratégies d’évitement
et de protection
Le premier moyen de prévention de ce type de risque est l’évitement. Mais éviter la mer Rouge, une route cruciale concernant 12 % du commerce mondial et 30 % du trafic conteneurisé, selon l’organisation BIMCO, n’est pas aisé. 70 % des porte-conteneurs ont choisi de contourner l’Afrique, malgré les surcoûts et 15 jours supplémentaires de navigation.
Pour minimiser les dangers, une coalition de dix pays, États-Unis en tête, a déployé une force navale commune en mer Rouge. Malgré les frappes américaines et britanniques, des navires continuent à être attaqués par les Houtis.
L’attaque du « Marlin Luanda », affrété par Trafigura et atteint par un missile le 26 janvier 2024, remet en question la sécurité des tankers et vraquiers, changeant la perception des risques. Les maisons de négoce et compagnies pétrolières évaluent quotidiennement la sécurité, décidant parfois de détourner leurs cargaisons via le cap de Bonne-Espérance. Cette situation souligne l’importance de stratégies adaptatives face aux menaces maritimes, alliant prévention, coopération internationale, et mesures de sécurité renforcées pour protéger les navires et leurs cargaisons.
Contre la piraterie, les navires de commerces se protègent grâce à des dispositifs physiques, des systèmes sonores, et certains armateurs engagent même des gardes armés, même si cela peut présenter des problèmes en termes de réglementation ou de législation.
Devant ces risques, l’assurance maritime propose des solutions de protection financière, que ce soit pour garantir les dommages aux navires ou à la marchandise transportée, les marchés d’assurance maritime disposent de couvertures aptes à couvrir les risques de guerre et assimilés.
Les polices d’assurance maritime couvrent les dommages résultant de conflits (guerres civiles ou étrangères), émeutes, mouvements populaires, grèves, ainsi que ceux causés par les armes, munitions (y compris celles abandonnées après conflits), sabotage, et terrorisme lié à la guerre. Elles protègent également contre les pertes liées à des actions gouvernementales comme les captures, saisies, ou détentions découlant de ces mêmes situations de conflit, avec indemnisation après une période définie dans le contrat.
Le risque de piraterie peut être dissocié en deux catégories :
– d’un côté, la piraterie ayant un caractère politique ou se rattachant à la guerre, garantie via les imprimés risque de guerre du marché français ;
– de l’autre, la piraterie d’ordre lucrative, couverte via les imprimés risques ordinaires des polices d’assurance « marchandises transportées ».
Surprimes « risques de guerre »
Les assureurs de risques de guerre subordonnent leur garantie et leur tarification à un zonage du monde en fonction de la dangerosité des secteurs dans lesquels navire et marchandise vont naviguer. Ainsi la prime « risques de guerre » d’un navire pour une escale de sept jours dans un port ukrainien peut coûter bien plus que sa prime annuelle tous risques confondus.
Les surprimes « risques de guerre » sur les assurances de marchandises transportées sont de plus en plus fréquentes. Des pays comme la Libye et le Yémen, habituellement soumis aux surprimes, sont rejoints par le Golfe arabo-persique pour le transport de pétrole et gaz depuis 2019, puis la mer Noire avec la mer d’Azov depuis février 2022. Depuis récemment, le sud de la mer Rouge et le golfe d’Aden sont concernés.
Les assureurs du marché français se montrent actuellement pragmatiques et souhaitent accompagner leurs clients. Le rachat de la garantie « risques de guerre » est effectué, basée sur une prédéclaration précise du risque et des surprimes applicables.
Le marché anglais, fidèle à lui-même, alliant pragmatisme et opportunisme, propose également des solutions compétitives pour ces zones à haut risque.
Dans ce contexte de risques maritimes croissants, marqué par la résurgence de la piraterie, des tensions géopolitiques et des attaques ciblées, l’assurance maritime joue un rôle crucial. Elle offre une protection financière essentielle contre les dommages liés à la guerre, à la piraterie et aux autres menaces sécuritaires. Les assureurs adaptent leurs couvertures et leurs tarifications en fonction des zones de danger, reflétant la volatilité et les spécificités des risques encourus. Les surprimes et les conditions spécifiques à certaines régions soulignent l’importance d’une évaluation précise du risque. Cette dynamique du marché de l’assurance maritime illustre sa capacité à fournir des solutions de gestion des risques adaptées, permettant ainsi aux acteurs du commerce mondial de naviguer dans un environnement incertain tout en minimisant les impacts financiers des incidents sécuritaires.